Par contre, le rire étant présent, on ne s'inquiète pas plus que cela pour Nadir, électron libre balancé par le rythme des déclarations des uns et des autres. Ce personnage fait son apprentissage non de la vie mais de son pays d'origine. Et au travers de cet apprentissage, c'est le lecteur qui apprend. Quand la réalité rejoint la fiction... Car à l'image de ce pays qu'on peut voir et découvrir sous plusieurs angles, les intervenants de cette histoire ont chacun une version du récit, une partie de l'histoire, et une vision des événements, de la vie de Saïd, ce père en fuite. C'est là où le récit, selon moi, se révèle plus malin que prévu. Cette enquête oscille entre le présent et le passé, mais un passé déconstruit, éclaté dans les mémoires des uns et des autres, au fur et à mesure que Nadir progresse. Et finalement, on se demande s'il ne s'agit pas là d'un reflet de la situation actuelle, un pays dont chacun détient une partie de l'histoire, rendant toute reconstruction difficile. Mais je m'avance en terre inconnue. Ce qui est sûr, c'est que ce récit vous apprendra des choses. Et grâce au contraste des remarques de premier plan et des événements de second plan, vous aurez différentes occasions de rire. Plutôt de sourire, car on ne rit jamais à gorge déployée. On sourit des situations et du regard des uns sur les autres, des Algériens sur Nadir, de Nadir sur les Algériens. Tout cela montre une incompréhension dû à une méconnaissance de l'autre. Mais dans la bonne humeur. Et il est assez difficile d'aborder l'horreur dans la bonne humeur. Là, Gyps s'en sort bien, car derrière une blague, les crimes de sang ne sont jamais loin. Et les antagonistes de Nadir, quatre frères quasi-semblables différenciables par leur taille et menés par un petit nerveux, vous rappelleront sans doute un autre quatuor légendaire de la BD. Cette petite troupe, qui semble plus comique que dangereuse, se dévoile soudain au détour d'une case comme ce qu'ils sont, des criminels.
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