Vie de poète, de Robert Walser

Par Etcetera


C’est en me renseignant sur Robert Walser, dont j’avais entendu parler par hasard, que je suis tombée sur ce titre Vie de poète, qui m’a intriguée, et que j’ai eu envie de lire.
Robert Walser (1878 – 1956) est un romancier et poète suisse de langue allemande, qui a suscité l’admiration des plus grands écrivains de son temps, comme Kafka ou Musil, et qui considérait « Vie de poète » comme son livre « le meilleur, le plus lumineux, le plus poétique ».

Ce livre, écrit en 1917, est un recueil de courtes proses qui n’ont pas forcément beaucoup de points communs entre elles, sinon d’être écrites par le même narrateur, dont on peut supposer qu’il ressemble beaucoup à l’auteur.
De petites touches en petites touches, nous suivons la progression et l’évolution de ce héros fantasque, au caractère affirmé et joyeux, qui aime vagabonder dans la nature même s’il se fait parfois arrêter à cause de ses accoutrements bizarres et débraillés, et qui tient plus que tout à sa liberté et à sa pauvreté qui, selon lui, va de pair avec la créativité poétique tandis que trop de confort coupe l’inspiration.
Il y a des thèmes parfois surprenants dans ces proses, ainsi quand il donne une leçon de savoir-vivre à un poêle auquel il reproche sa suffisance, ou lorsqu’il fait l’éloge d’un bouton pendant presque deux pages, mais on sent là toute la fantaisie amusée de l’auteur, qui s’appuie sur des objets quotidiens et apparemment insignifiants pour tirer de leur apparence une sorte de morale ou de ligne de conduite.
J’ai trouvé, surtout dans la première moitié du recueil, que la joie de vivre et l’enthousiasme l’emportaient sur tout autre sentiment, mais peu à peu on s’achemine vers une humeur plus mélancolique, moins exaltée, sans doute à mesure que le narrateur-auteur gagne en années et en expériences.
Une prose particulièrement émouvante, est celle que Walser consacre à Hölderlin, dans laquelle il tente d’expliquer pourquoi le grand poète romantique allemand est devenu fou, et il est difficile de ne pas y lire en filigrane une confession de Walser sur ses propres fêlures, lui qui sera également enfermé à l’asile à partir de 1929 mais qui souffrira de dépression déjà quelques années auparavant.
Quant au style, il se caractérise par d’assez longues phrases, souvent bourrées d’adjectifs (jusqu’à cinq ou six d’affilée !) et ne craignant pas les lourdeurs ou les appositions superflues, dans une exubérance généreuse qui témoigne du plaisir de Walser à écrire ces textes, et qui donne beaucoup de vie et de dynamisme à la lecture.

Un livre très agréable, sans temps mort, et riche en réflexions et en sentiments divers, sans compter un humour subtil – une découverte qui me donne très envie d’explorer plus avant l’oeuvre de cet écrivain.

C’étaient des gens parfaitement estimables, vraiment de braves et bonnes gens ; sauf que pour mon malheur, ils m’interrogeaient sans trêve sur mon nouveau roman et que c’était odieux.
Dans la rue, lorsque je tombais sur l’une de ces estimables connaissances, la question ne manquait jamais :  » Que devient votre nouveau roman ? De nombreuses personnes ont hâte de lire, et brûlent déjà de découvrir votre nouveau roman. N’est-ce pas, vous avez bien voulu insinuer que vous étiez en train d’écrire votre nouveau roman ? Ah, ce nouveau roman, espérons qu’il paraîtra bientôt. »
Malheureux que je suis, misérable que je suis !
Soit, j’avais fait toutes sortes d’allusions. C’est vrai. J’avais eu la sottise et l’imprudence d’insinuer qu’un nouveau grand roman me coulait sous la plume ou le stylo.
Et maintenant, je pouvais bien me faire un sang d’encre : j’étais perdu !