J'ai lu : je hais l'ete

Par Venezia

Je Hais l'EtéClaude-Henri BuffardEditions Mille et Une NuitsLittérature Française


Saison du prêt-à-suer, l'été transpire de promesses non tenues. Les matins enchanteurs ne débouchent que sur la laideur crue de la journée, les voluptueuses soirées n'ouvrant que sur des nuits d'insomnie, de sudation et de moustiques. 

L'été, les débordements de chair me font honte, la plage m'horripile, les maîtres-nageurs me font sourire, les body-buildés me font pouffer, les strings me font glousser, le farniente m'anéantit, la sieste me fait périr, la vacuité me fait mourir. On se regarde mollir ensemble, le cul sur la serviette ou le corps incurvé dans une chaise longue. On aime le mou que l'on devient. On est bien. On se veut mou, on se vautre mou, on se demande même à haute voix comment on a pu ne pas l'être plus tôt. On voudrait que ça ne s'arrête jamais. On se roule dans l'instant présent comme les chiens des villes dans le sable. On reviendra l'année prochaine... 
Je hais l'été. Belle saison, vos beaux jours me font mourir d'ennui. D'ennui, belle saison, vos beaux jours me font mourir. Me font mourir d'ennui, vos beaux jours, belle saison.


MON AVIS 

Cette pépite de drôlerie est de Claude-Henri Buffard, elle est parue aux Editions Mille et Une Nuits, le 16 mai 2007. Une toute petite pépite facétieuse de 111 pages et 146 grammes remplie de bonne humeur ! De quoi vous faire oublier un instant ces températures extrêmes, cloîtrée dans votre "home sweet home" (ou allongé sur une plage de sable brûlant si vous voulez), pour vous secouer de rire sous le souffle tiède du ventilo (malgré la bouteille de glaçons congelés posée devant), juste un peu vautré sur le canapé trop chaud... 

Si comme moi, vous détestez l'été, ou si au contraire, vous l'adorez, offrez vous cet ouvrage, juste pour rire, histoire de mette le doigt là où vous ne vous apercevez pas que cela craint, car c'est tellement ça l'été... 

J'adhère totalement avec ce livre et je vais vous expliquer pourquoi. Les non amoureux de la saison vivent cet enfer au quotidien : la suée chronique, rester propre et sentir bon revient à un combat permanent, sans oublier la vision des tongs en ville (quel chic !) et des gros bides, un tantinet mous, qui débordent sur les bermudas, qui eux-mêmes descendent trop bas sur les reins et laissent entrevoir des sourires de plombiers. 

Ne faisons pas l'impasse sur les personnes qui n'utilisent pas un déodorant, cela relève pourtant de la santé publique. J'ai horreur de sentir la sueur des autres, ne supportant pas moi-même de dégager un autre arôme qu'un effluve fleuri et léger.

Tout le monde se croit obligé de découvrir ses pieds, on vient à des rendez-vous administratifs ou autres, vêtu en tenue parfaite pour se balader sur la plage ou dans son jardin, on visite des musées et des monuments attifés comme des épouvantails. Adieu l'élégance, adieu raffinement, délicatesse et douce volupté d'une robe en soie (ou pas, mais quelque chose d'agréable) lol et le bermuda trop large et la tong, vous direz ce que vous voulez, ce n'est vraiment pas sexy, ni au masculin, ni au féminin.

Quant à la simple bienséance de se vêtir convenablement pour aller faire ses courses, on n'en parle même pas. D'où la demande expresse des supermarchés d'entrer le torse couvert et en chaussures. L'été est-il synonyme de laisser-aller permanent ? Certains se baladent comme s'ils sortaient de leur lit. 

N'oublions pas les talons, mesdames et messieurs, (oui, messieurs également) les talons fendillés, craquelés, non poncés, aussi doux qu'une toile émeri, le laisser-aller, l'été, ça se voit ! 

J'en ai assez aussi des diktats des revues et magazines d'une presse déchaînée, prête à vous donner tous les conseils pour vous faire maigrir, vous faire manger des fruits, vous muscler, vous tremper dans l'eau, vous tremper dans l'huile... 

Bonjour les moustiques, tiques, guêpes et autres machins qui piquent, qu'importe c'est en supplément gratuit, mycoses, coups de soleil, décibels de cris d'enfants, (l'été est-elle la saison du mal élevé ?) puanteur du barbecue des voisins, surpopulation touristique, feux d'artifice chaque fin de semaine. Et en cas de ville festivalière, comme ici à Aurillac : restez chez vous le temps que cela passe ! 

Bref, c'est l'Apocalypse.

Et tous les ans, je dis : vivement l'Automne, la vraie belle saison. 

Ce livre dit tout ce ras-le-bol bien mieux que moi, mais vous en conviendrez la moitié des désagréments est due à l'obscurantisme des gens. Moralité : restez éclairés, même en été ! 

Petite citation pour vous donner envie : 

"Qu'on me laisse m'amuser du spectacle de ces familles oisives et indolentes qui défilent par grappes désoeuvrées en bermuda et K-Way, le long des éventaires, le nez dans les bacs d'invendus bradés, ignorant derrière eux le formidable spectacle de la mer déchaînée sous les rafales irisantes du vent marin."