Quand la bêtise des hommes détruit la nature....(petit exemple)

Publié le 11 août 2018 par Brunetisa

Aujourd'hui je voudrais vous proposer un extrait d'un livre que je viens de terminer Wild Idea.

En faisant ma demi-heure de vélo d'appartement quotidienne, j'aime bien lire des livres de témoignages et d'aventures, pour faire passer le temps plus vite.

Ce livre, écrit par Dan O'Brian, éleveur de bisons, fauconnier, enseignant (en littérature et en écologie des Grandes Plaines) et auteur emblématique du Grand Ouest Américain, est un passionnant témoignage sur la réintroduction des bisons dans les Grandes Plaines Américaines.

L'extrait que je vous propose ne concerne pas les bisons, mais la bêtise humaine. J'avais la larme à l'œil en lisant ce passage :

"Je savais que Mike Forsberg était en expédition dans la Prairie pour photographier des espèces menacées ou en voie de disparition : à la recherche d'orchidées platanthères blanchâtres dans le Minnesota, puis le long du Missouri pour capturer l'éclosion de petites sternes et de pluviers siffleurs. Parmi les naturalistes que je connais, Mike est un des plus optimistes et encourageants. D'année en année, il a toujours été là pour contrebalancer mon cynisme mais, à sa façon de dire "Allo", j'ai tout de suite su que quelque chose était arrivé. J'avais l'impression qu'il retenait ses larmes.
Mike avait passé plusieurs nuits d'affilée en embuscade à côté de quelques platanthères dans l'espoir de les photographier au cours de leur processus de pollinisation. Cette espèce particulière d'orchidée n'est fécondée que la nuit et il avait dormi dans un fossé en attendant qu'elles attirent des insectes nocturnes. Après avoir réussi, Mike s'est retrouvé sale et fatigué mais il avait rendez-vous le même jour près du fleuve Missouri avec des biologistes spécialistes des sternes et des pluviers. A midi, il pataugeait au milieu des bancs de sable fragiles dont ces oiseaux ont besoin pour se reproduire. Le fleuve Missouri pourrait être considéré comme la frontière entre les prairies d'herbes hautes et celles d'herbes mixtes mais il n'est pratiquement plus un fleuve, à force d'avoir été endigué et canalisé pour l'irrigation, le contrôle des crues et le trafic fluvial. La plupart des bancs de sable ayant été détruits, le gouvernement fédéral s'est vu obligé de construire des bancs artificiels pour assurer la survie des sternes et des pluviers. Mike avait soigneusement planifié sa visite afin d'obtenir des photos de minuscules oisillons, à peine éclos et encore incapables de voler, en train de courir sur les bancs de sable. Les clichés devaient être pleins de joie et de célébration de la vie, mais les choses se sont passées autrement. Mike a découvert que le corps des ingénieurs avait libéré une énorme quantité d'eau du premier barrage en amont le matin même afin d'élever le niveau du fleuve et permettre le passage d'une unique péniche qui descendait le courant emplie d'un chargement de nourriture pour dindons à destination d'une ferme du Tennessee. la scène avait été atroce : des biologistes frénétiques faisant tout leur possible pour sauver des oisillons d'un jour tandis que l'eau montait. "Ils ont presque tous été noyés" a dit Mike. Son enthousiasme habituel s'était envolé. Au moment où il était retourné à son véhicule pour se remettre, il avait reçu un coup de fil lui annonçant qu'une équipe de maintenance venait de passer sur la route où il avait campé les nuits précédentes. "Ils ont tondu le fossé, a-t-il dit. Les orchidées ont disparu."
Nos voix se sont éteintes des deux côtés de la ligne."


(source image wikipédia : Par Enrico Blasutto - Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8524341)