Brave Client

Publié le 20 octobre 2018 par Hunterjones
Non, je n'ai pas de raisons de me réveiller à 5h00 du matin les vendredis.
Mais comme les 4 jours précédents, je me lève à cette heure, hier matin, j'étais bien réveillé à cette heure.
Et, auditeurs de TVA, vous m'avez tous vu, moins d'une heure plus tard.
Je me suis levé et me suis rendu sur le Boulevard de l'Acadie, à 9 minutes de chez moi. Me suis dirigé à la porte du commerce, porte fermée, ça n'ouvrait qu'à 10 heures. J'étais seul dans le froid.
Seul avec le camion de TVA nouvelles devant moi. Un camion vide. Il était si tôt que même l'équipe de tournage était dans un resto pour se sustenter. Moi, je me tirais une chaise d'un resto avoisinant qui, en temps moins froid, aurait offert un service de terrasse. J'avais prévu attendre, j'avais donc un livre, j'ai pu avancer dedans de quelques centaines de pages.

Mais bien vite, la journaliste et son caméraman allaient se repointer. Cette fois, Miss Lapierre viendrait me voir pour me demander si j'attendais bien pour l'ouverture du magasin. Ce serait tout de même une attente de 4 heures. Oui, oui, madame, j'ai un bon livre. Parait qu'il n'y a plus beaucoup de stock, a-t-elle rajouté. Je ne sais pas, je ne suis pas du tout un spécialiste que j'ai menti. Fallait lui montrer assez vite que je ne serais pas matériel à télé.
Elle m'a laissé replonger dans mon livre, un peu gênée de me ne pas me demander ce qu'elle me demanderait plus tard. Pas d'histoires à faire ici, va jouer ailleurs la mouette.

J'étais assis le nez plongé dans mon livre et j'avais remonté ma cagoule sur ma tête, non seulement parce qu'il faisait froid, mais aussi (et surtout) parce que la caméra de TVA pointait, de loin, directement sur moi.
Miss Lapierre a fait un premier pied en direct pour l'émission Salut, Bonjour, faisait encore noir, avec moi derrière, au loin. J'ai relu trois fois le même passage de mon livre, la tête toujours plus basse sous mon capuchon, pour ne pas me faire voir les traits par la caméra. J'ai relu les mêmes passages parce que j'écoutais au loin ce qu'elle disait:
"...Comme vous pouvez le voir, il n'y a qu'un seul brave client qui ai daigné se rendre à la succursale ce matin, alors ce n'est pas la cohue..."

TVA, voir la nouvelle.
Éventuellement, probablement après une heure d'attente, un autre client est arrivé. Un jeune obèse de 35 ans. On a jasé un peu. Il est un réel habitué. Faisant le voyage à Ottawa quelques fois juste pour ça. Le regrettant. Ayant acheté non seulement en ligne, mais aussi dans des boutiques différentes mercredi, jeudi et maintenant aujourd'hui.
Il bullshittait aussi. Disant qu'il était allé à Amsterdam et que là-bas, c'était si légal que l'on fumait absolument partout.
Faux.
C'est légal dans des lieux précis. Comme des café, des pubs, des bars spécialisés sur la chose. Pas ailleurs. C'est resté criminel ailleurs. Seul l'Uruguay, outre nous maintenant, a décriminalisé l'usage du cannabis.
Le concierge du complexe commercial nous as lancé quelques menaces de loin, insulté que cet obèse eût pissé dans une bouteille qu'il avait laissé dans son bac à recyclage. Il réclamait de sa part qu'il revienne la chercher. En vain.

Étrangement, alors qu'il devait faire plus froid à mon arrivée, puisque c'était la nuit, plus le temps passait, plus j'étais gelé. Gelé sans avoir consommé. Et pourtant, les deux dernières heures, j'étais debout. Et bougeait en jasant avec le troisième qui s'était "joint" à nous. On faisait de la buée ou...? Volutes, j'cloue des clous sur des nuages, un marteau au fond du garage. 
Miss Lapierre est venu demander au trio que nous étions si on acceptait de faire un clip avec elle. Fuck no fût le résumé de nos réponses. Surtout l'obèse qui avait tout du revendeur. Même la tenue de pimp. Comme il avait déjà acheté, je lui ai demandé si on nous demandais nos identités ou si on prenait nos noms. Non, m'a-t-il dit. On te demandera ta carte pour valider ton âge, pas plus. Ce fût vrai.
Je ne tenais pas à être identifié de quelque manière que ce soit. Les infos perso, ce sont justement des infos, perso. Je viens acheter comme on achète une brosse à dents. Même détachement. Même indifférence. Même inutilité d'intérêt de la part du vendeur.
Il faudra que je sois privé partout ailleurs avec ça, alors aussi bien commencer par tout de suite., Laissez-moi me placer dans l'ombre tout de suite.
Miss Lapierre est finalement repartie avec son caméraman. Pas d'histoires à voir ici. Ni personne pour la raconter. Erreur. Dix minutes plus tard, j'étais le premier d'une file de 173 (J'ai pris le temps de les compter. Et beaucoup de belles femmes, j'en suis resté surpris.
Quand ils ont ouvert les portes, à 10 h, j'étais content de faire mon achat incognito.
Jusqu'à mon arrivée, le premier, hier, au comptoir de la succursale du Boulevard d'Acadie.

"JONES! HUNTER JONES!"
C'était Bob Bibeau, un pote avec qui j'avais déjà travaillé dans une ancienne vie. J'étais décagoulé.
"Qu'est-ce que tu fais de bon?"

"Je t'achètes un peu de joie de vivre"
"Je ne suis pas supposé mais je peux te demander pourquoi?"
"Vivre, juste au cas"
Brave client de la vie, dans les bois de St-Étienne-de-Lauzon ce soir, entre amis.
Sans échafaudage.