Il s'appelle Joseph Malan. Il est noir, et est né en plein apartheid ; son ascendance a connu un destin à la fois pathétique et fascinant, et s’il grandit à la ferme, c’est au théâtre plus tard qu’il découvre la liberté… jusqu’à devenir comédien et remporter à Londres un certain succès. Elle s'appelle Jessica et elle est blanche. Ils ont vécu, malgré les interdits, une passion amoureuse. Dans la nuit du 13 avril Joseph aurait été aperçu dans l'immeuble où résidait Jessica. Elle a été assassiné cette nuit là et il est accusé.
Aujourd’hui, depuis la cellule où il attend un procès qui le mènera à la mort, Joseph fait revivre son passé, convoque les figures marquantes de son destin et s’interroge : quelle fatalité, mais aussi quelle soif de liberté, quelle révolte mais aussi quelles passions et illusions l’ont fait plonger Au plus noir de la nuit ?
La condamnation est inévitable mais l'enjeu sera pour Joseph (magistralement interprété par Mexianu Medenou, formé notamment à l'école du TNS) sera de comprendre qui il est, de se définir grâce aux pourquoi et aux comment de sa mort à elle. Le comédien est animé par l"urgence à raconter, avant le lever du soleil. L'oeuvre d'André Brink, publiée en 1974, résonne toujours aujourd'hui, même si elle n'est plus censurée. On peut dire que l'apartheid existe en France actuellement, même s'il convient d'être nuancé. Né en 1935 dans une famille Afrikaner – descendant de colons européens arrivés trois siècles auparavant – il prend conscience, dans les années soixante, de l’ignominie du régime de l’apartheid : "Je découvrais avec horreur ce que les «miens» faisaient depuis toujours, sur quelles atrocités et perversions notre fière civilisation blanche avait construit son édifice de moralité et de lumière chrétienne."
Son oeuvre est immense. Nelson Mandela dira que ses livres l'ont aidé à tenir en prison.
Au plus noir de la nuit
d’après le roman Looking on Darkness de André Brink
Adaptation et mise en scène : Nelson-Rafaell Madel
Avec Adrien Bernard-Brunel Mexianu Medenou Gilles Nicolas, Ulrich N’toyo, Karine Pédurand et Claire Pouderoux
Dramaturgie Marie Ballet
Chorégraphie Jean-Hugues Mirédin
Scénographie et lumières Lucie Jolio
Costumes Alvie Bitémo, Emmanuelle Ramu
Musique Yiannis Plastiras
Son Pierre Tanguy
Du 21 septembre au 21 octobre 2018, du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h30
Au Théâtre de la Tempête
Cartoucherie de Vincennes
Route du Champ-de-Manœuvre - 75012 Paris - 01 43 28 36 36
Les photos sont de Lena Roche