Mars de Fritz Zorn

Par Etcetera

Couverture


Fritz Zorn (1945-1977) découvre à l’âge de trente ans qu’il est atteint d’un cancer, ce qui l’amène à remettre en cause toute son existence passée et particulièrement l’éducation qu’il a reçue et qui, selon lui, a causé une profonde dépression puis finalement ce cancer dont il ne sait pas encore qu’il lui sera fatal. C’est donc une dénonciation de la société bourgeoise et de l’habitude qu’elle a de « manger ses enfants » en leur inculquant des principes mortifères de haine de la sexualité et de répression des sentiments. Chez ses parents, en effet, tout le monde vivait en « harmonie » c’est-à-dire qu’on n’exprimait jamais une seule opinion discordante et qu’on était tenu de ne pas déranger les autres, d’avoir les mêmes goûts que le père de famille, d’être conformiste et « de droite », sans remise en cause possible car les choses étaient toujours « compliquées » et « pas comparables » donc on ne pouvait pas réfléchir à leur propos.
Fritz Zorn nous décrit sa jeunesse triste et frustrée, ses névroses et ses habitudes de vie d’une manière extrêmement lucide et aussi avec un humour ravageur qui n’épargne ni les autres ni lui-même.
Ce livre troublera et bouleversera sans aucun doute les lecteurs qui ont eu une éducation bourgeoise et traditionnaliste car il décortique des modes de pensées et des principes qui étaient très courants dans les années 1950-60 et même encore dans les décennies suivantes.
Dans ce livre transparait une souffrance et une révolte énormes, qui m’ont beaucoup touchée voire un peu déprimée.
Un livre à la fois analytique, politique, psychologique, qui restera une de mes lectures les plus marquantes de cette année !

Extrait page 75

A celui qui ne joue pas au football il parait ridicule de courir pendant des heures après un petit ballon de cuir ; il ne se demande pas si ce jeu ne serait pas follement amusant, il ne voit que le côté ridicule de ces hommes adultes qui jouent comme des petits garçons. Sans doute celui qui fait quelque chose se rend-il toujours ridicule aux yeux de celui qui ne fait rien. Celui qui agit peut toujours prêter le flanc ; celui qui n’agit pas ne prend même pas ce risque. On pourrait dire que ce qui est vivant est toujours ridicule car seul ce qui est mort ne l’est pas du tout.