Les poupées de chiffon, de Nadia Boehlen

Publié le 21 février 2019 par Francisrichard @francisrichard

Seize des dix-sept nouvelles qui composent le recueil de Nadia Boehlen, ont paru en revue - Amnesty, Journal des Bains, terra cognita. Une seule donc est inédite et se laisse découvrir par le lecteur.

Dans la nouvelle-titre du recueil, Les poupées de chiffon, la narratrice raconte sa mère, une orpheline, élevée chez des religieuses, et qui a toujours refusé de se plier aux conventions:

Elle n'a jamais cherché à correspondre à l'image d'une bonne mère ou d'une épouse modèle. Elle a toujours conservé des goûts simples détachés de toute référence culturelle.

Dans Lucio (le prénom de son cousin, futur possédant), la narratrice parle de sa mère, élevée au Tessin, un monde de dureté, mais non sans joies, avec [des] rires et [des] jeux simples 

Les filles ne faisaient pas d'études. Elle, elle en a fait. Elle enseigne même à Lausanne et se demande ce que deviennent les valeurs issues des Lumières quand il s'agit de migrants.

Dans Le bruit des tirs et l'odeur des roses, la narratrice est une réfugiée de Syrie en Suisse: son mari a disparu vingt jours plus tôt. Elle découvre qu'elle est enceinte juste avant de s'en aller.

Au début, médecin, Nizan a volontairement disparu pour prodiguer des soins aux civils pris au piège du conflit. Puis il a disparu pour de bon. Les choses ont mal tourné. Elle est partie, comme convenu.

Dans "Inscris toi au gymnase", elle et son frère Marcio sont café au lait. Ils ont quitté Salvador de Bahia avec leur mère pour la Suisse, laissant au Brésil, leur père, un musicien noir.

S'ils travaillent bien en classe, ils pourront s'inscrire au gymnase: cette voie secondaire, dans le canton de Vaud, n'est pas comme l'apprentissage soumise à autorisation; elle est donc sans risque.

Ces premières nouvelles du recueil, parues dans Amnesty, indiquent bien quels sont les sujets humains qui tiennent à coeur à l'auteure: les migrants, les mariages mixtes, les différences sociales, la condition féminine.

Dans celles parues dans le Journal des bains, le rejet des convenances est présent dans les trois histoires: un pied de nez à la vertu, une place acquise sans manoeuvrer, un goût à la vie donné par l'eau.   

C'est peut-être, Recommencer, la nouvelle inédite, qui est la plus aboutie du recueil, sans doute parce qu'elle est plus intime et que la narratrice y cherche à ne plus penser à Eric, s'y efforce de rencontrer un autre:  

Pour déplacer les sentiments.

Mais lui est-il vraiment possible de recommencer et de ne pas s'ennuyer avec un autre que lui?

Francis Richard

Les poupées de chiffon, Nadia Boehlen, 128 pages, Slatkine