Fragments de nuit, inutiles et mal écrits (saison 2) : 7-8-9

Par Blackout @blackoutedition

Photo de Simon Woolf

Pour le livre de Richard Palachak, "Kalache", c'est par ici : KALACHE


Pour le livre de Richard Palachak, "Vodka Mafia", c'est par la : VODKA MAFIA

Fragments de Nuit, inutiles et mal écrits : 7

Les géorgiens. Des « vory v'zakone » selon les bruits qui courent. Ou la mafia russe si vous préférez, implantée en Slovaquie comme dans bien d'autres pays, qui recrute aussi bien au niveau local que dans les Balkans, le Caucase ou n'importe quel bled de l'ex URSS. Ce sont eux qui organisent le premier combat d'Ondro, avec une commission de vingt pour cent pour Pet'o si son grand frère gagne. Mais les vory restent prudents sur le pronostic des paris et se contentent de « voir le jeu », pour cette fois... Hors de question de miser tapis dans l'inconnu, surtout lorsqu'on n'a pas pris la précaution de truquer les cartes. Et la partie se déroule en extérieur, en plein milieu d'un square gravillonné où rouillent et se décomposent des structures de jeux pour enfants. La moitié des mâles de Petrzalka se pressent autour du cercle imperceptible de l'arène, à moitié bourrés, en train de brailler pour le poulain sur lequel ils ont misé leur falzar. En face du Robot', on a carré un Arménien catégorie super-lourd à la beigne sinistre et au torse couvert de tatouages : une dague sanguinolente avec autant de gouttes de marasquin que de meurtres commis en prison, une église avec autant de coupoles que d'incarcérations, puis tout un tas d'autres symboles parnassiens et romantiques. Pet'o reconnaît bien là les codes des vory v'zakone, sans avoir les colombins pour autant. Il sait que son benêt de frère ignore la signification de cette mascarade, qu'il s'en torche le cul et qu'il ne pleurera pas sa mère quand on lâchera sur lui ce tueur inhumain.

Fragments de Nuit, inutiles et mal écrits : 8

Les règles du jeu sont simples : tous les coups sont permis, hormis les tartines dans les balloches et les morsures. Ondro connaît parfaitement bien ce système, assimilé par automatisme durant cinq années d'entraînement. Le bulldozer est prêt, conditionné, robotisé. Un Géorgien, assis tout en haut d'une ossature métallique initialement vouée aux singeries des mioches, lance le début des hostilités par un coup de sifflet. Ce con n'est pas vraiment là pour superviser la bagarre, encore moins pour l'arbitrer, mais plutôt pour gérer les enjeux financiers d'un combat passionnant qui pourrait facilement se terminer par la mort de l'un des deux guerriers. Justement, le drame manque de se produire dès le premier échange de tampons. Le grand frère fonce tête baissée dans le lard de son adversaire, qui juste avant de s'effondrer sous la charge, parvient tout de même à placer un coup de genou sous le menton et un coup de coude derrière la nuque. Mais la partie est mal engagée pour l'Arménien. Ondro se retrouve à plat ventre sur lui et en moins de deux, replie son corps afin de se retrouver à califourchon sur le torse tatoué. C'est alors que Robot' se met à enchaîner les patates et les coups de coude en pleine garde, qui déguste sous la tempête de casse-museau et finit par céder sous son matraquage.

Fragments de Nuit, inutiles et mal écrits : 9

Après trente secondes de fight à peine, la poire de l'Arménien est réduite en bouillie. Une partie de la foule se retient de dégobiller en voyant les filets de sang gicler et les fragments de ratiches s'envoler. Un nouveau coup de sifflet retentit, plus fort que le premier, pour qu'un escadron de bodybuildeurs en tenues paramilitaires fasse cesser le massacre. Mais rien n'y fait, Robot' les envoie mordre la poussière à coups de battoirs, les uns après les autres. Seul Pet'o réussit à le raisonner en criant simplement son nom, tel un maître appelle son clébard. Un silence assourdissant règne dans l'assemblée, quelques secondes qui semblent durer une éternité, puis les spectateurs décanillent sans même réclamer leurs gains... bien trop balisés par ce qu'ils viennent de voir... la prise de conscience qu'un tel monstre puisse habiter le quartier... l'hypothèse d'être accusés de complicité de meurtre... etc. Pet'o de son côté, prend volontiers les deux cents euros qui lui sont dus, puis regagne ses pénates avec Ondro, dont la salopette n'a pas fini de virer du bleu céleste au rouge alizarine.

Richard Palachak

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