Ce voleur qui a arraché mon âme

Publié le 26 avril 2019 par Dress @lamouka_blog

En grandissant ma mère me disait toujours qu’il n y avait aucune différence entre un sorcier et un voleur, les deux prennent la vie, les deux prennent l’âme, je n’avais pas encore perçu son réel sens jusqu’à hier, 25 avril 2019.

Les faits : aux alentours de 2 heures du matin je suis prise de sueurs froides et de douleurs abdominales, j’appelle une amie proche qui vient me chercher, direction l’hôpital. Après une perfusion rapide je décide de rentrer chez moi vers 8 h afin de m’apprêter pour le boulot.
A peine descendue de sa voiture j’ai le cœur qui s’emballe, ma maison perchée de la haut est grande ouverte, la grille est bien ouverte, mais je sais, je sais que je l’ai bien fermé avant de partir. J’ai du mal à monter, elle me devance, monte et me dit : « Dave on a volé chez toi monte »; en fait jusque là je me sens prise au piège dans un mauvais cauchemar. Quand je rentre je tombe sur mon charmant coin zen et là je constate que ma télé n ‘y est plus, mon cœur tremble je me rends dans ma chambre, je la découvre saccagée mes sacs mes sous vêtements rien n’est épargné, je comprends qu’il cherchait l’argent, le seul hic c’est depuis très longtemps je ne garde que le minimum dans mon porte monnaie à part ces quelques foutus pièces que je garde dans une boite blanche à trois compartiments, que le voleur a pris le soin d’emmener avec 3 000 en pièce de 100 frs CFA. La cuisine est intacte ainsi que la 2ème chambre qui ne contient elle qu’un matelas. Ce n’est qu’une télé je me suis dit, d’autant plus que je ne la suis jamais. 


Les faits annoncés, laissez moi vous parler de mon âme, mon appareil photo qui a été volé par un homme sans âme qui ignore la valeur sentimentale de ce bien si cher.
La vulnérabilité est l’un des sentiments que j’ai toujours violemment repoussé depuis l’âge adulte, je n’aime pas me sentir vulnérable c’est peut être la raison pour laquelle je déteste qu’on me regarde quand je dors (ce que beaucoup trouveraient paraît il romantique). En pénétrant chez moi en mon absence et surtout en laissant ma chère maison mon havre de paix grand ouvert cet Homme a violé mon intimité, m’a mise à nue et a blessé mon être.
Généralement dans ce genre d’événements les biens matériels n’ont aucune valeur, aucune, la vie compte plus que tout, oui je sais, mais soyons clairs il y a des choses qui font mal et la société nous interdit de le dire, je remercie le ciel et la terre de ne pas avoir été là au moment du forfait, Dieu seul sait ce qui aurait pu s’y passer si la tête de mule que je suis avait été dans cette maison.


Ce n’est que beaucoup d’heures plus tard que je me suis rendue compte que mon appareil photo n’était plus là, en l’espace d’une seconde j’ai réalisé l’ampleur des dégâts sur mon âme, si quelques heures avant j’étais persuadée que ce n’était qu’un petit vol de rien du tout, là à l’instant où j’écris ce texte je me sens épuisée, fatiguée et aberré par l’être humain.
La phrase de ma mère prend tout sons sens, ils sont pareils, ils te tue et te dévaste, dérobe des objets irremplaçables dont ils ignorent complètement la valeur émotionnelle sentimentale et tout ce qui va avec.
Ceux qui me connaissent savent à quel point cet appareil photo est l’objet matériel le plus cher que j’estime dans ma vie dont il fait partie intégrante, je l’ai eu à mes début dans la photographie d’une manière tellement inattendue que je l’ai chéri tous les jours, il est l’essence même de la photographie et moi, si j’aime capturer les âmes c’est parce que mon œil étiré s’accordait très bien à l’objectif de ce canon.


Je l’ai eu à une période de ma vie où je ne travaillais pas encore, je ne rêvais pas d’avoir un vrai appareil photo avant au moins 2 ans, je n’avais aucun sous en poche et il m’est tombé dessus comme la manne.
Quelques années plus tard je me suis installé seule à Pointe-Noire sans famille ni boulot convenable. Dans les jours où rien n’allait je ne compte plus le nombre de fois où j’ai été tentée de vendre des choses, mon canon y compris pour pouvoir m’offrir les taxis du mois et du pain pour le soir. 

Je descendais chez le westaf du coin, empruntait 1 pain au beurre avec du jus vitaa et allumait mon canon pour filmer ma maison ou les fleurs devant chez moi, ça me réconfortait et je réalisais à quel point je ne pouvais pas m’en séparer. Il était l’histoire d’une vie, la mienne et le voir loin de moi était la chose la plus dure à imaginer, maintenant c’est la chose la plus dure à supporter. 

Faire de la photo n’est pas un luxe pour ma personne, ce n’est pas par hype que je le fais, je suis sincère quand je dis que je suis à la recherche de l’émotion, quand je dis que la photo me fait sentir vivante, artiste, elle fait figer le temps, mon temps, un temps qui a été mais qui ne sera plus. je peux vous parler de la photo des journées entirères, je peux vous dire exactement dans quelles circonstances ont été prises chacune de mes photos et les émotions ressenties lors de chaque prise, oui je peux, parce que c’est vrai.

Ma chaînette porte bonheur appareil photo

Porter mon appareil photo au cou me procurait le même effet qu’ont certaines femmes lorsqu’elles portent des chaussures et sacs de marque. Ça me rendait fière et j’aimais tirer sur tout ce qui bouge.

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Il y a quelques heures, je me suis rendue compte que je n’avais plus d’appareil photo, je me suis demandée ce que j’allais devenir, comment j’allais faire sans mon carburant de vie. Je me suis assise, et j’ai commencé à écrire ce texte.
Je ne comprends pas comment les êtres sur terre peuvent être si diamétralement opposés, comment certains se contentent de vivre, de faire du bien et d’autres tout le contraire ? Je n’arrive pas à le comprendre, aujourd’hui encore plus.

Si pour certains ce n’était qu’un appareil photo, pour moi c’était l’histoire d’une vie, la mienne!

Ces photos ne sont que l’infime partie du bonheur réalisé avec mon canon.

Dave , Citoyenne du monde