[Critique] 90’S

Par Onrembobine @OnRembobinefr

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Titre original : Mid90s

Note:

Origine : États-Unis

Réalisateur : Jonah Hill

Distribution : Sunny Suljic, Katherine Waterston, Lucas Hedges, Na-kel Smith, Olan Prenatt, Gio Galicia, Ryder McLaughlin, Alexa Demie, Harmony Korine…

Genre : Drame

Date de sortie : 24 avril 2019

Le Pitch :

À Los Angeles, en 1995, Stevie, 13 ans, se passionne pour le skate. Quand il parvient enfin à traîner avec des adolescents pour la plupart plus âgés que lui, le garçon se trouve un but et par là même un échappatoire à un quotidien devenu trop morne à son goût…

La Critique de 90’s :

Pour ses débuts à la réalisation, Jonah Hill n’a pas souhaité imiter son ami Seth Rogen, passé pour sa part de l’autre côté depuis quelques années déjà. Ainsi, 90’s n’a rien d’une comédie à la Supergrave ni d’un film méta délirant. Plutôt influencé par son expérience avec des réalisateurs plus « sérieux » comme Bennett Miller (avec lequel il a tourné Le Stratège), Hill a souhaité se rapprocher d’œuvres plus douce-amères et livre avec 90’s un conte initiatique qui lorgne plutôt du côté de Larry Clark et d’Harmony Korine (qui tient un petit rôle). Pas vraiment étonnant quand on voit la façon dont a évolué Jonah Hill l’acteur, lui qui n’a désormais plus aucun scrupules à affirmer son côté tout de même un peu plus élitiste que les comédiens avec lesquels il a fait ses débuts (on a désormais du mal à l’imaginer dans un film comme C’est la fin)…

Kids2

Jonah Hill a écrit 90’s en s’inspirant de ses jeunes années sur les skate parks de Los Angeles, allant même jusqu’à construire à l’identique un spot sur lequel il passait le plus clair de son temps à essayer, à l’instar de son personnage principal, de progresser en skate, mais surtout de se faire des amis. Comme Larry Clark avec Kids, le sulfureux manifeste resté dans les mémoires, Hill n’a pas souhaité s’entourer de stars ou d’enfants trop expérimentés et a donc recruté des skateurs chevronnés pour la plupart débutants devant la caméra. Seul le jeune Sunny Suljic avait déjà fait du cinéma avant de tourner dans 90’s. Bien sûr, Lucas Hedges qui joue son frère, et Katherine Waterston, qui interprète sa mère, aussi, mais sinon, tous les autres, ses potes, sont de parfaits novices. À l’écran, cette audace paye rapidement. 90’s sonne avec une authenticité déjà présente dans Kids mais Jonah Hill n’a pourtant pas souhaité assombrir de façon trop appuyée son propos comme peut le faire Larry Clark, qui essaye bien souvent de choquer pour choquer alors qu’au fond, nul besoin de convoquer la dope et le cul pour raconter l’histoire de jeunes qui se cherchent des repères. Bon, cela dit, si Hill esquive la plupart des pièges, ne copie pas Clark et reste plus lisible et modeste que le parfois insupportable Harmony Korine, il ne peut s’empêcher de parfois effectivement tomber dans les pièges relatifs à un certain cinéma indépendant américain. Comme si, la famille un peu dysfonctionnelle, ces longs plans sur les visages, cette économie de mots et cette violence pas toujours expliquée et explicable étaient obligatoires quand on veut se frotter à ce genre de sujet.

Small lords of L.A

Pour autant, s’il n’est pas parfait et ressemble bel et bien à un premier essai, 90’s sait aussi viser juste plus qu’à son tour. Quand il s’agit de diriger ses acteurs, Jonah Hill fait preuve de beaucoup de sensibilité. Certaines scènes, à peu près toutes avec le remarquable Na-Ke Smith d’ailleurs, font vraiment mouche alors que certains dialogues charrient une belle émotion. Plutôt court, 90’s évite aussi de trop faire de sur-place et sait saisir l’essence de la culture qu’il entend traiter de manière sous-jacente. La reconstitution du Los Angeles des années 90 étant discrète mais de belle facture. Tout comme la B.O., efficace, même si parfois, certains choix semblent un peu curieux. Niveau mise en scène, Jonah Hill parvient là aussi à convaincre. Malgré les tics et cette propension à se réfugier derrière des gimmicks un peu trop voyants. 90’s évolue quoi qu’il en soit avec un naturel souvent confondant, porté par les performances très spontanée de ses comédiens, arrivant, bien plus que la plupart des longs-métrages de Clark ou Korine, à se montrer attachant. Tout particulièrement à la fin, quand Hill met définitivement de côté le misérabilisme avec lequel il n’a cessé de flirté depuis la première minute.

En Bref…

Un premier film réussi pour Jonah Hill qui fait preuve de beaucoup de sensibilité, malgré sa propension à embraser certains clichés propres au cinéma indépendant américain. On attend ses prochaines réalisations avec impatience.

@ Gilles Rolland

Crédits photos : Diaphana Distribution