La Prisonnière du temps

Publié le 21 août 2019 par Adtraviata

Quatrième de couverture :

À l’été 1862, un groupe de jeunes peintres proches des Préraphaélites, menés par le talentueux Edward Radcliffe, s’installe à Birchwood Manor, sur les rives de la Tamise. Là, inspiré par sa muse, la sulfureuse Lily, Edward peint des toiles qui marqueront l’histoire de l’art. Mais à la fin de son séjour, une femme a été tuée, une autre a disparu, un inestimable diamant a été dérobé, et la vie d’Edward Radcliffe est en miettes.
2017. Elodie Winslow, jeune archiviste londonienne fiancée à un golden-boy ennuyeux, découvre dans une vieille sacoche deux objets sans lien apparent : le portrait sépia d’une femme à la beauté saisissante, en tenue victorienne, et un cahier de croquis contenant le dessin d’une demeure au bord de l’eau. Pourquoi cet endroit semble-t-il si familier à Elodie ? Et si son enquête l’aidait à percer le mystère de ses origines ?

Je n’ai pas pu résister à cette jolie couverture qui m’a permis de retrouver Kate Morton, dont j’avais beaucoup aimé Le jardin des secrets.

La Prisonnière du temps, c’est la narratrice de ce roman, du moins en partie : tandis qu’elle revient régulièrement nous conter son histoire, qui a commencé dans les années 1850 environ, et nous faire comprendre peu à peu le sens du titre, son récit est entrecoupé des histoires de Lucy, Ada, Leonard, Juliet, Tip, Elodie et bien sûr celle d’Edward Radcliffe, le peintre passionné qui a acheté Birchwood Manor. Cette maison est aussi l’héroïne du roman, une maison accueillante, lumineuse, remplie d’une secrète présence. Elle a marqué tous ceux qui l’ont habitée : le peintre et son modèle Lily Millington ; sa soeur Lucy qui en a hérité et en a fait un pensionnat pour jeunes filles, espérant élever leur condition par la science et la connaissance : Ada, une des pensionnaires venue d’Inde ; Leonard le biographe d’Edward Radcliffe ; Juliet, une journaliste qui s’est réfugiée à Birchwood Manor avec ses trois enfants suite au Blitz londonien ; Tip, son benjamin hypersensible ; et enfin Elodie, qui, en classant des archives reconnaît dans un carnet à dessin la maison dont sa mère (une violoncelliste célèbre morte tragiquement) peuplait les contes qu’elle offrait à sa fille le soir.

Dans ce nouveau roman, il y a tout ce qui fait la patte de Kate Morton : l’importance des lieux habités, les secrets de famille, les liens intergénérationnels, le voyage dans le temps, l’époque victorienne. J’avoue que ça aurait bien failli ne pas marcher cette fois car je sentais au début que la romancière était trop omnisciente, elle faisait un peu trop sentir que Elodie et la mystérieuse jeune femme dont elle trouve une photo ancienne étaient liées. Il me semblait aussi qu’elle voulait toucher à trop de sujets et qu’elle se dispersait. Mais je me suis laissée emporter finalement et j’ai dévoré le roman, appréciant particulièrement au passage le thème de la fratrie endeuillée et les destins d’Ada et de Juliet ainsi que les références artistiques aux débuts de la photographie.

« La nature, estimait Edward, devait être appréciée pour elle-même et non pas pour les richesses qu’elle procurait à ceux qui ne visaient qu’à l’exploiter. Opinion difficile à défendre, comme Thurston se plaisait à le souligner, pour un homme qui se préparait à jouir par le mariage d’une fortune amassée dans l’acier et les chemins de fer. L’ami de sa mère, M. John Ruskin, avait émis un avis plus sévère encore sur la question : la multiplication des chemins de fer dans les régions les plus reculées du monde était une folie bien digne des hommes. ‘Il faut être un idiot pour aimer à raccourcir le temps et l’espace, avait déclaré le grand homme en quittant la maison de Hampstead, quelques jours plus tôt. Le sage, lui, incline à les faire durer.’ « 

« Je me suis postée dans l’escalier, devant la fenêtre qui donne sur le marronnier et, au-delà, sur ma vieille amie la Tamise. Je ne m’attends pas à ce que mon jeune visiteur revienne par ce chemin : contrairement à nombre d’autres visiteurs de Birchwood, il n’a pas d’affection pour la rivière. Il la regarde de temps en temps, comme on le ferait d’un tableau, toujours à distance et sans grand plaisir, je le crois. Je ne l’ai pas encore vu emprunter une barque et voguer. Non, c’est pour moi-même que je contemple la Tamise. Elle a traversé ma vie comme le sang qui irrigua mon corps. « 

« La vérité dépend de la personne qui vous raconte l’histoire. »

Kate MORTON, La Prisonnière du temps, traduit de l’anglais (Australie) par Anne-Sylvie Homassel, Presses de la cité, 2019

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