Chronique : "Dîner à Montréal"

Par Mateiva
*** COUP DE COEUR ***


Auteur : Philippe BessonÉditeur : éditions JulliardDate de sortie : mai 2019
~ RESUME ~Ils se sont aimés, à l'âge des possibles, puis quittés, sans réelle explication. Dix-huit ans plus tard, ils se croisent, presque par hasard, à Montréal. Qui sont-ils devenus ? Qu'ont-ils fait de leur jeunesse et de leurs promesses ? Sont-ils heureux, aujourd'hui, avec la personne qui partage désormais leur vie ?
Le temps d'un dîner de retrouvailles – à quatre – chaque mot, chaque regard, chaque geste est scruté, pesé, interprété. Tout remonte à la surface : les non-dits, les regrets, la course du temps, mais aussi l'espérance et les fantômes du désir.
À leurs risques et périls.
~ MA CHRONIQUE ~
Encore une fois sous le charme de la plume de Philippe Besson avec cette suite à "UN CERTAIN PAUL DARRIGRAND", suite parfaite qui nous montre, dû aux années écoulées surement, une autre vision de cette relation particulière entre Philippe et Paul.
Cette fois, une plume un peu moins poétique, un peu plus tranchante, plus incisive… finalement en total adéquation avec les sentiments ressentis par nos protagonistes lors de ce dîner très spécial.
J'ai adoré ce roman qui nous raconte, le temps d'un dîner, les retrouvailles avec Paul. Ce texte nous offre une autre perspective de ce qu'a pu être cette relation, peut-être trop fantasmée, et ce, vu par nos deux protagonistes. Une vision plus étoffée, plus réfléchi, après 20 ans, après la vie qui a continué, qui a changé, tout comme les envies et les besoins.
Ici, nous retrouvons donc Philippe et Paul dans un dîner à quatre, un dîner aussi désagréable que fascinant. Il est drôle de voir les 4 personnages interagir entre eux. Isabelle, toujours fidèle à elle-même, mais surtout, toujours un peu cette peur au fond d'elle de perdre Paul, et tout ses privilèges  avec... et Antoine, l'ami de Philippe, un ami que j'ai beaucoup apprécié pour sa justesse, sa jeunesse, sa fougue et surtout sa vision très réaliste de cette relation qu'il entrevoit entre Philippe, Paul et Isabelle. Il a toujours le mot qui fait mouche, la question pertinente et surtout cette faculté à deviner qu'il faut un peu d'intimité entre Paul et Philippe pour tout clarifier, pour expliquer, pour pardonner et en garder un beau souvenir. Ces apartés entre Philippe et Paul que nous offre Antoine sont un régal. Si aux départs elles peuvent paraître en retenues, en indécisions, elles deviennent vite indispensables et surtout libératrices d'un fardeau, d'un secret, de paroles pour délier la vérité, les sentiments, les questions.
Une biographie reste toujours difficile à interpréter, à analyser, car au final c'est l'homme que l'on juge, que l'on blesse ou encense. Une biographie vous donne un sentiment de voyeurisme mais aussi une sorte de complicité avec l'auteur, un peu de lui, de son âme, de son cœur.Ici, la plume de Philippe Besson ne transcende pas les mots, elle devient les mots, elle devient l'humeur, le sentiment, la sensation. Tranchante, parfois dure, mais teintée d'une vérité en rapport avec ses sentiments. Du doux, du piquant, du poétique (très peu), du cru : un beau cocktail pour une envie de lire renouvelée à chaque page.
Ce roman nous offre aussi la vision que peut avoir l'auteur de lui-même comme une sorte de manque de confiance, un sentiment de mal-être, et ceci malgré les années, malgré les amours, malgré les corps.
En bref, un grand bravo à l'auteur pour avoir réussi à faire de ce roman de 191 pages un plaisir et tout cela juste avec un dîner. Une sorte de huit clos où nous sentons la gêne, le faux-semblant, le pédant, la sincérité peut-être, mais surtout une décortication des paroles, des gestes, des regards. Et l'amour, toujours.