« J'accuse » : certes polémique, mais indispensable.

Par Hectorvadair @hectorvadair

Vu hier au soir « J’accuse », de Roman Polanski. Beaucoup apprécié ce film, d’une histoire vraie : « L’Affaire Dreyfus » que la plupart d’entre nous, (de plus de vingt ans), connaissent normalement par le lycée. C’est tout d’abord un réel plaisir que de voir reconstitué avec talent cette époque de la fin XIXeme siècle, (nous sommes en 1894), à Paris. Pas de chichi, peut-être manque t-il, sur certaines scènes un chouilla de population dans les rues, mais le film se situe assez souvent dans des bâtiments militaires ou dans des beaux quartiers (officiers obligent). Néanmoins, Polanski, se basant sur le roman « D. » de Robert Harris (2013), parvient à instaurer un ton sombre et dramatique (il valait mieux), sur l’ensemble du film, évitant tout mélodrame et tout sensationnalisme. Il apparaît, soit dit en passant, dans un caméo, en spectateur aux rouflaquettes, d’un concert privé dans un salon. Jean Dujardin interprète un colonel Picard, découvrant la « machination », avec un brio, que l’on lui reconnait sans problème, au moins depuis 2011 et « The Artist » . Il s’agit d’un acteur parvenant à interpréter à la fois les rôles comique et dramatiques, comme peu savent le faire. Louis Garel, pour sa part, se glisse avec une prestance incroyable dans la peau du capitaine stagiaire Alfred Dreyfus, lui conférant une tenue et et une froideur impressionnante. La ressemblance entre les deux hommes, acteur et vrai Dreyfus, et d’ailleurs frappante.

Ce que je reteindrai de ce film, en dehors de cette reconstitution assez agréable et « sonore » - les pas sur les parquets des immeubles d’époques restent gravés -, et ces autres petits détails, comme cette fenêtre qui ne s’ouvrira pas, dans le bureau du renseignement du colonel, décrivant à sa manière, le manque de moyens de structures administratives fantoches, ou bien encore les prémices de l’espionnage en France…c’est une leçon. Comment un homme, et presque un seul, par le seul biais de son éducation, parvient à accéder à une somme de valeurs qui vont lui permettre de se placer en rempart unique face à une machination ourdie par une communauté entière (la grande muette pour le coup, c’est à dire l’armée), plus une partie de la population,au risque de sa vie. Certes il va être aidé, lorsqu’il comprendra que seul il ne pourra arriver à ses fins, mais le prix à payer restera élevé.

Il faudra bien une longue vue pour décrypter la machination...
mais l'intelligence jouera un meilleur rôle cependant.


Aujourd’hui, on parle de héros lorsqu’un citoyen saute à l’eau ou monte à mains nues le long d’un immeuble pour sauver un enfant en détresse, mais alors, comme appeler un militaire qui accepte de faire un an de prison pour défendre la justice, « sa » conception de la justice, que l’on n’hésitera pas à tenter d’assassiner d’ailleurs. Même Zola, qui écrit ce fameux édito « J’accuse » dans le journal l’Aurore, sera condamné à de la prison. Cela, je l’avais zappé, imaginant bêtement q’un auteur de cette notoriété aurait été suivi par tous. C’est loin d’être le cas, et la scène d’autodafé de ses livres en pleine rue de Paris, par les partisans du « lobbying juif » est à cet égard assez perturbant. Il renvoie d’ailleurs à un certain nombre d’affaires récentes, basée sur cette notion de complot, mais on ne peut évidemment s’empêcher de penser aussi à la monté du nazisme quelques années plus tard en Europe, et surtout au conflit 14-18, qui verra ces beaux militaires droits dans leurs bottes, subir une invasion honteuse durant toute la première partie de la guerre. Celle-ci amenant d’ailleurs cela… L’engagement et la perspicacité, la droiture et la foi en la justice.. sont les maîtres mots de ce film historique percutant. Il faut aller le voir, au delà des polémiques. Il pourrait bien servir à pas mal d’entre-nous, dans la vie d’aujourd’hui. FG