Une fenêtre un auteur… Sophie Divry

Par Antigone

Pendant cette période spéciale de confinement et d’annulations de salons littéraires, j’ai eu l’idée d’interviewer quelques auteurs. De quoi nous changer les idées et leur donner une visibilité supplémentaire.

Sophie Divry a bien voulu répondre à quelques questions pour le club des lecteurs yonnais.

       

Antigone : Bonjour Sophie Divry,
Votre premier roman, La cote 400, publié chez Les Allusifs a marqué votre entrée dans le monde de l’édition. Vous étiez venue, en 2012, à la médiathèque Benjamin Rabier (La Roche sur Yon), présenter ce livre. J’avais assisté à la rencontre. Vous étiez alors la seule auteure française du catalogue de cette maison d’édition canadienne, qui se consacrait surtout à la littérature étrangère. Pouvez-vous nous raconter en quelques mots le sujet de ce premier roman, que j’ai personnellement beaucoup aimé, qui raconte l’histoire d’une bibliothécaire, et l’aventure de cette publication ? Est-ce que la publication de ce livre a changé votre vie ?

Sophie Divry : La Cote 400, c’est le monologue un peu déjanté d’une bibliothécaire enfermée dans son sous-sol au rayon géographie, et qui est prise entre son besoin d’ordre et son besoin d’amour. Ce premier livre ne m’a pas fait devenir riche, si c’est ça la question, mais il a changé ma vie quotidienne, l’orientation que je donnais à mon existence. Même si je crois que c’est plutôt au deuxième roman qu’on devient écrivain.

   

Antigone : Vous avez ensuite publié plusieurs titres chez Noir sur blanc, par exemple Quand le diable sortit de la salle de bain ou La Condition pavillonnaire. Dans vos romans, vos personnages sont souvent contraints, enfermés, empêchés. Pouvez-vous nous dire comment naît, chez vous, l’idée d’un nouveau roman ?
Sophie Divry : J’ai des idées, des valeurs, des thèmes, des mythes, qui sont dans ma tête, et c’est comme une graine qui cherche un terreau : à un moment, ça rencontre l’idée d’une forme, une forme littéraire, et la graine va y pousser. Mais il peut se passer du temps et les graines disparaissent. Par exemple pour le Diable, je voulais parler du chômage, et c’est en lisant Federman que j’ai trouvé la forme.

Antigone : Lors de la rentrée littéraire de 2018, vous aviez publié un roman intitulé Trois fois la fin du monde, un gros coup de coeur de lecture pour moi. En ces temps particuliers, ce souvenir de lecture provoque un drôle d’écho. Dans votre roman en effet, une explosion nucléaire dévaste la France. Les survivants partent à l’abri des radiations, dans la zone sécurisée, tandis que votre personnage principal, Joseph Kamal, qui en a profité pour s’enfuir de prison, choisit de rester seul et de s’inventer une nouvelle vie, loin de tous, dans une petite ferme abandonnée. Pouvez-vous nous raconter comment est né ce personnage, les sentiments que vous aviez pour lui en cours d’écriture ?
Sophie Divry : J’ai eu envie d’écrire un Robinson Crusoé contemporain. Récrire un mythe avec toute son actualité et son côté universel. Mais avec un Robinson normal, qui ne sait pas faire du feu avec deux bouts de bois… Mais bon, moi les personnages ce n’est jamais le départ d’un livre. Ce sont plutôt les lieux : ici la nature, comme ouverture, en demi-teinte, et la prison, comme contraire, la fermeture. Après, Joseph, c’est un peu le premier homme. Une sorte d’Adam.

Antigone : Je vous suis depuis le début du confinement, via votre page facebook. Vous publiez chaque jour un billet sur votre journée, sans rien édulcorer de la difficulté de ce moment, et sans chercher non plus à construire ainsi un objet littéraire. Est-ce qu’au-delà de la création d’un roman, l’écriture peut jouer un rôle pour vous dans la vie quotidienne, de soutien et d’échange avec les autres ?
Sophie Divry : L’écriture a une vertu thérapeutique et j’avais urgemment besoin de cette vertu, dès le 16 mars. Tous les psy ont inventé les Français à faire un journal, après le chat, le chien et l’alcool, ça aide. Ce journal me donne un but, chaque jour, ça me structure. Ça fait appel à la fois à mes qualités d’écrivaine et de journaliste. Je ne cherche pas à jouer à l’écrivaine, en effet, même si je pense que sauver des anecdotes de la vie à Lyon à cette période, et tenter de voir clair dans ce qui nous agite intérieurement, je peux le faire mieux que d’autres, parce que justement, c’est une autre des vertus du métier de l’écrivain de savoir éclaircir ce qui nous agite obscurément. Mais dès que le confinement finira, j’arrêterai. Et, c’est du boulot mine de rien …

Antigone : J’ai hâte de vous lire de nouveau. Vous avez indiqué être entre deux romans en ce moment, en pause d’écriture. Pouvez-vous nous dire quelque chose de votre prochaine actualité littéraire ?
Sophie Divry : Je travaille à une non-fiction, un recueil de témoignages de mutilés pendant les manifestations des gilets jaunes, ainsi qu’à une petite fiction qui se passe très loin de tout cela, sur une autre planète. Mais j’ai peur qu’il vous faille attendre encore six mois pour me lire, au moins !

Un grand merci à vous Sophie Divry.