#2020RacontePasTaVie - jour 252, le livre du mardi : Droit Naturel et Histoire de Leo Strauss

Publié le 08 septembre 2020 par Aymeric


Je ne sais plus si je vous en ai déjà parlé mais la lecture occupe quelque place dans ma vie. A l'intérieur de cette place trônent en majesté une cinquantaine de livres. Et parmi ceux-ci, Droit Naturel et Histoire de Leo Strauss.

Je me suis intéressé à Leo Strauss il y a un peu plus d’une quinzaine d’années à une période où je cherchais à penser contre moi.
Enfin, la formule est un peu vague et mériterait sans doute davantage de précisions. Je ne sais plus si je vous en ai déjà parlé mais si ce n’est pas le cas, il faudra que j’y revienne.

Mais dans l’immédiat, celui à qui nous allons revenir c’est Leo Strauss.
A l’époque – celle du contre moi, donc – de mes premiers intérêts, ce monsieur avait la réputation – un malentendu plutôt qu’autre chose me dis-je avec le recul – d’être l’inspirateur de la pensée néoconservatrice.
Il me fallait donc aller voir de son côté.

Quelques renseignements pris m’ont conforté dans ce choix ou bien plutôt l’ont appuyé de raisons plus personnelles :

- Son insistance sur la pensée classique avec laquelle je me suis toujours senti davantage d’affinités qu’avec celle des philosophes contemporains. Cela dit sans pouvoir vraiment le comprendre ni le justifier.
Comme l’écrivait Paul Veyne dans son autobiographie : "La philosophie est comme une langue que je comprends un peu, sans être capable de la parler."

- L’importance que revêtait pour lui Moïse Maïmonide, qui exerce sur moi une forme de fascination – à défaut de bien la cerner – depuis qu’à la fin des années 90 du siècle dernier, mon professeur de littérature médiévale à l'université de Nantes termina son cours pour les quelques dix personnes encore présentes en déplorant que l'enseignement ordinaire nous tienne le plus souvent éloignés d'importantes figures de la pensée comme par exemple Moïse Maïmonide, "un immense bonhomme". (Il ne saura sans doute jamais ce qui s'est ouvert pour moi avec ce sésame.)

Ma première lecture fut un court livre fait de trois conférences : Nihilisme et politique.
Brillant, limpide et dont je conseille la lecture à tout le monde (je l’ai moi-même relu deux fois ces 15 dernières années et en parler me donne envie d’y revenir très vite.)

Mais ma véritable entrée en Strauss fut avec le suivant, je vous le donne en mille : Droit Naturel et Histoire.

C’est avec lui que j’ai vraiment compris (et aimé) le tour de pensée de Leo Strauss, que j’ai été conquis par son exigence de comprendre les auteurs comme ils se comprenaient eux-mêmes en se débarrassant du méprisant surplomb moderne.
Surtout, lire Leo Strauss, au-delà du plaisir qu’on en retire immédiatement, c’est apprendre à lire mieux.

J’aime cette manière de prendre une des propositions de la phrase, d'en dérouler un certain nombre de conséquences, avant de revenir à la phrase et de s'étendre sur une autre proposition ou sur la phrase elle même. Produisant ainsi une sorte de vertige tout en donnant le sentiment, un peu faussé sans doute, d'en épuiser les sens potentiels.
J’admire sa façon de conduire des propos jusqu'à leurs impasses, tout en ménageant des ouvertures en les développant mais pas tant que ça.
Je me régale de ces incertitudes stimulantes, plus à mon goût que les assertions frustrantes (comme chez Aron malgré ou à cause de son intelligence brillante mais parfois définitive).

Bien que n’étant que rarement en plein accord avec Leo Strauss, j’adore sa compagnie.
Je ne parviens pas à retrouver la citation exacte mais il me semble qu’il avait coutume de dire que sans les violence de l’histoire qu’il a eu à subir il se serait volontiers contenté d’une vie de garde-barrière, simplement occupé, entre deux passages de train, à lire Platon au milieu des poules de sa cour.
Disons que Leo Strauss fait partie de la dizaine d’auteurs que j’imaginerais m’accompagner dans une vie semblable, indifférent au temps qui passe (ou qui presse pendant que votre patience s’use).