Vitamine d: pas trop ni trop peu...

Publié le 28 novembre 2020 par Dominique Le Houézec

Une alerte vient d'être lancée par deux universitaires spécialistes des pathologies phospho-calciques à propos du risque actuel de surdosage en vitamine D et d'hypercalcémie chez le jeune enfant (1)


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Tout savoir sur la vitamine D

La vitamine D joue un rôle majeur dans l’absorption intestinale du calcium et sa fixation sur les os et la minéralisation des dents. Elle régule les taux de calcium sanguins et urinaires. La vitamine D est une vitamine liposoluble (soluble dans les graisses) particulière, par le fait qu'elle peut s'accumuler dans le foie et les graisses où elle est mise en réserve. Elle est donc essentielle lors des périodes de pics de croissance osseuse, en particulier chez le nourrisson et lors de la puberté. Il est de plus reconnu qu'elle a une action multiple, qu'elle participe à la régulation de la croissance et de la différenciation des cellules, de l’immunité et du métabolisme cellulaire. On trouve d'ailleurs des récepteurs de la vitamine D dans la plupart des tissus et des cellules de l’organisme.

Le calcium est présent avant tout dans le lait maternel et les laits pour nourrissons, les laitages, les fromages. Certaines eaux minérales (Hépar, Contrex, Salveta...) contiennent plus de calcium 

La vitamine D existe surtout dans les poissons gras (saumon, sardines, maquereau, thon, hareng, anchois…), le jaune d’œuf, les champignons, le beurre ou encore le lait. Elle est ensuite hydroxylée au niveau du foie, puis au niveau du rein où elle donne naissance au calcitriol, qui en est la forme active. Elle peut aussi être synthétisée lors d'une exposition aux rayons UV B. Cependant, l’exposition solaire varie considérablement et dépend de facteurs comme la saison, la latitude, la pigmentation de la peau, les habitudes familiales, les vêtements et l’utilisation d’écran solaire… 

C’est pourquoi les suppléments de vitamine D représentent en France la seule méthode fiable pour parvenir à un statut en vitamine D optimal chez le nourrisson. Les doses nécessaires actuellement recommandées (Société Française de Pédiatrie) sont de:

- 600 à 800 U.I. chez le nourrisson nourri avec un lait 1er et 2ème âge, enrichis en vitamine D (310 à 720 U.I. /L.) 

- 1000 à 1200 U.I chez le nourrisson alimenté avec du lait maternel (dont les taux en vitamine D sont insuffisants pour être pris en compte, du fait de carences maternelles en vitamine D fréquentes durant la grossesse et l'allaitement)

- Au-delà de 18 mois, 2 prises de charge d'une ampoule de 80.000 à 100.000 U.I., au début puis à la fin de la période hivernale (Novembre et Février par exemple) lorsque les enfants ne sont quasiment pas ou peu exposés au soleil.

Ce traitement préventif évite une maladie dénommée rachitisme qui occasionnait un ralentissement de la croissance des os, leur déformation dès le début de la marche, une mollesse des os du crane, une hypotonie des muscles, parfois des convulsions en cas d'hypocalcémie importante. Cette maladie a totalement disparu depuis la prescription systématique dès la naissance de vitamine D.

Trop de vitamine, ca ne donne pas bonne mine

Lors d'une exposition solaire, il ne peut pas y avoir de risque de surdosage, l'excès de vitamine D3 (cholécalciférol) étant transformé en métabolites inactifs. On peut par contre observer un surdosage suite à des erreurs de prise ou de dose de vitamine D en supplémentation. On voit apparaître un surdosage lorsque l'on absorbe plus de 1800 U.I. par jour pour un enfant. Quant au calcium, ses apports ne devraient jamais dépasser 2 g par jour

Un excès de vitamine D augmente l'absorption intestinale du calcium. Il en résulte une hypercalcémie (augmentation du calcium dans le sang) puis une hypercalciurie (excès de calcium dans les urines). Les premiers symptômes sont une anorexie, des vomissements, une soif importante avec des urines abondantes, une agitation, une hypertension. Des complications surviennent au niveau rénal avec l'apparition de calculs rénaux (cailloux de calcium), de dépôts de calcium dans les voies urinaires et les reins (néphrolithiase) voire d'une insuffisance rénale. Du fait de la demi-vie prolongée de la vitamine D circulante (3 à 4 semaines), les effets d'une intoxication persistent bien au-delà de l'arrêt de la consommation de vitamine D.

Pourquoi une alerte pour taux excessifs de vitamine D ?

Tout part probablement des échanges multiples sur les réseaux sociaux où tout le monde échange et partage ses connaissances et ses "news" avec tout le monde.

Cela débute ensuite par des informations douteuses ou excessives qui circulent sur la toile entre parents. Croyant bien faire, on pointe du doigt la dangerosité potentielle de certains excipients (colorants, conservateurs…) présents dans les flacons de vitamine D pour nourrissons qui sont prescrits sur ordonnance et délivrés en pharmacie (Stérogyl, Adrigyl, Zyma D) ou en parapharmacie (Ergy D3, Pediakid vitamine D3) 

L'épisode douloureux en 2016, du décès d’un très jeune nourrisson lors de l’ingestion d'une pipette d’Uvestérol D est venue probablement réanimer ces craintes. Alors que l'on sait que cet enfant de 10 jours était malheureusement décédé d'une fausse route avec apnée liée au conditionnement dangereux de la seringue avec laquelle on administrait cette vitamine D sous une forme trop liquide.

Ces rumeurs persistantes encouragent certains parents, voire certains professionnels de santé, à remplacer tous ces produits par des compléments alimentaires aux compositions disparates et incertaines. Ces substituts relevant d'un amateurisme certain sont susceptibles de déclencher un surdosage en vitamine D, voire en calcium. Ces compléments ont déjà occasionné quelques observations d'hypercalcémie sévère pouvant occasionner une néphrocalcinose comme en témoignent les deux spécialistes qui viennent de lancer cette alerte.

Si l'on veut faire le tri sereinement, en se renseignant sans passion ni conflit d'intérêts, quant à la composition de ces produits on peut effectivement mettre de côté deux produits:

- l'Adrigyl contient un conservateur anti-oxydant, le BHT (2, 3)(butylhydroxy-toluène). Cette molécule est assez suspecte d'être cancérigène, mutagène, reprotoxique, allergisante, plus un doute douteux sur ses propriétés de perturbateur endocrinien. Le principe de précaution rend donc logique d'écarter cette spécialité. 

- le Stérogyl, qui est l'ancêtre des présentations de vitamine D en France a fait son temps. Surtout son solvant est de l'alcool quasiment pur (92,6°) ce qui n'est pas forcément nécessaire chez un nourrisson.

- Le Zyma D est un choix très correct. J'ai lu certaines plaintes envers son huile essentielle d'orange qui entrainerait des troubles digestifs. J'ai un doute que simplement 2 gouttes de ce produit en soient tenues pour responsables. 

- Ergy D3 et Pediakid vitamine D3 sont acceptables en sachant qu'ils ne sont pas pris en  charge par l'assurance maladie.   

Il existe donc des solutions raisonnables à cet apport de vitamine D qui reste indispensable chez tous les nourrissons en utilisant des produits corrects et certifiés. Tout en se méfiant des compléments magiques et parfois dangereux que l'on découvre sur Internet.

Références

1. Pr BACHETTA J, Pr LINGLART A. Alerte prescription vitamine D en pédiatrie. Société Française de Pédiatrie. 26/11/2020

2. Additifs alimentaires  - La face cachée de l'alimentation transformée

3. ANSES Avis de l’Anses relatif à l’évaluation de 6 substances dans le cadre de la SNPE - 2016