(Notes sur la création) Jacques Barbaut, C'est du propre

Par Florence Trocmé


Comment décririez-vous votre méthode ?
La première étape, la plus pénible, c'est attendre qu'un thème cristallise et s'impose sans plus aucun doute possible. Le nom propre, je tournais donc autour, plus ou moins consciemment, depuis bien des années. Jusqu'au moment où l'évidence s'est imposée. Ensuite, c'est de la cuisine : rassembler, récolter, accueillir, agencer, couper, titrer, soupeser, faire correspondre, choisir un rythme, des nombres. Chercher. Compter, peser, diviser.
Dans ce livre-ci, il y a une vraie composition en symétrie ou en miroir, chaque élément possède un écho, il se reflète ailleurs, à un autre endroit, avec une variante, une résonance. Un seul exemple :
Un privé à Tanger, d'Emmanuel Hocquard, a attiré Un privé à Babylone, de Richard Brautigan.
Pourquoi la mise en page, avec des jeux typographiques,  est-elle si importante dans vos livres ?
Pour moi, chaque page constitue une unité spatiale qui possède son autonomie—sémantique, typographique, visuelle — mais, rassemblées, toutes les pages constitueront évidemment quelque chose comme un livre. Pourquoi se priver des possibilités « typoétiques » qu'une mise en page ou en espace permet ? Laurence Sterne — un nom d'oiseau — introduisit des pages noires, blanches, marbrées, des essais de quasi-calligrammes, dans son Tristram Shandy. Le centre de mon livre, sur quelques pages, est aussi Dada : un signifiant absurde mais pourtant majeur. Introduire ici ou là un dessin, une illustration, un schéma, une image: j'adore. Comme une respiration.
La rencontre avec les livres de Maurice Roche — Compact, Cirais, CodeX, notamment—fut un événement sans doute aussi très important. Je dois pourtant préciser que je suis beaucoup plus « sage » ou modéré que ce qu'un Jean-François Bory, un Jacques Demarcq, un Philippe Jaffeux ou un Hubert Lucot première manière proposèrent ou proposent dans leurs propres créations littéraires..
Entretien de Christophe Kantcheff avec Jacques Barbaut, paru dans Politis, n° 1635, 7 janvier 2021. A l’occasion de la publication de c’est du propre, aux éditions Nous.