Naïveté ou machiavélisme?

Publié le 27 juillet 2008 par Magazinenagg
Un environnement économique libre est une condition incontournable à la création de richesse et à son corollaire la diminution de la pauvreté. Pourtant, tous les bien-pensants gauchistes qui prétendent défendre la cause de la veuve et de l’orphelin, continuent de réclamer plus d’intervention gouvernementale. Donc, il réclame exactement le contraire de l’objectif qu’ils visent : moins de liberté économique et plus de pauvreté.
Sont-ils vraiment naïfs ou sont-ils conscients qu’il leur faut plus de pauvres pour accéder au pouvoir?
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Une devise qui en dit long
Le Journal de Montréal, p. 27 Nathalie Elgrably, 20 mars 2008
Il est devenu fréquent d'entendre les Québécois jalouser les Albertains. On peut comprendre pourquoi.
L'Alberta ne recueille pas de taxe de vente, applique un impôt à taux unique de 10% sur tout revenu à partir de 15 435$, n'a pas de dette, entretient ses infrastructures, enregistre une croissance moyenne de 4,3% par année depuis 10 ans et affiche un taux de chômage enviable de 3,2%. Non seulement l'Alberta est-elle de loin la province canadienne la plus riche avec un revenu par habitant d'environ 70 000$, pratiquement le double du revenu des Québécois, mais, elle serait la 2e économie la plus riche au monde, après le Luxembourg, si elle était un pays.
Au Québec, par contre, le fardeau fiscal est parmi les plus lourds en Amérique du Nord, chaque citoyen doit supporter une dette provinciale d'environ 16 000$, le taux de chômage atteint 7%, la croissance gravite toujours autour d'un maigre 2%, la pauvreté continue d'affliger de 10 à 12% des Québécois et, pour couronner le tout, le niveau de vie du Québec arrive au 54e rang des 60 entités économiques nord-américaines. On peut bien se bercer d'illusions en se comparant fièrement à la moyenne des pays de l'OCDE, la réalité est simple: le Québec est pauvre!
Évidemment, on aime bien attribuer la richesse de l'Alberta au pétrole et la pauvreté du Québec à un mauvais tour du destin. On oublie alors que nous avons l'hydroélectricité, une richesse aussi considérable que le pétrole albertain, sinon plus.
Il est incontestable que le pétrole contribue à la prospérité de l'Alberta, mais à lui seul il n'explique pas tout. La Suisse, le Japon, le Luxembourg et Hong Kong ne disposent ni de pétrole ni de ressources naturelles, pourtant ils sont parmi les plus riches au monde. En revanche, le Niger a vu son niveau de vie diminuer de moitié au cours des quarante dernières années en dépit de la présence abondante d'énergie fossile.
Pour comprendre le succès de l'Alberta, il est intéressant de noter que sa devise est «Fortis et Liber», ce qui signifie «Forte et Libre». Et il faut surtout noter qu'elle est devenue un mode de vie pour les Albertains qui ont construit la 2e économie la plus libre de toute l'Amérique du Nord. Cette province met en évidence un phénomène que les preuves empiriques ne cessent de démontrer, mais que plusieurs refusent obstinément d'accepter, à savoir que les économies libres sont plus prospères que celles où l'État s'ingère dans la société civile. Que cela plaise ou non, si l'Alberta est si riche, c'est essentiellement parce que les gens y sont plus libres de faire leurs propres choix et de prendre leurs propres décisions.
La devise du Québec, «Je me souviens», peut également servir à comprendre notre pauvreté relative. Certes, il est honorable de garder en mémoire son histoire et ses racines. Or, certains interprètent cette devise comme une invitation à vivre dans le passé et continuent à idéaliser un État-nounou qui nous prend en charge du berceau au tombeau. Malheureusement, la poursuite de cet idéal nous a valu tant d'ingérence de l'État que le Québec est aujourd'hui la 2e économie la moins libre d'Amérique du Nord avec les conséquences que nous connaissons! Peut-être faudrait-il repenser notre devise. Pourquoi pas «Je me souviens… des erreurs du passé et je ne les répéterai pas»?

* Cette chronique a aussi été publiée dans Le Journal de Québec.
Nathalie Elgrably est économiste à l'Institut économique de Montréal et auteure du livre La face cachée des politiques publiques.