La Mauritanie victime d'un putsch : L'Union européenne menace de suspendre son aide

Publié le 06 août 2008 par Danielriot - Www.relatio-Europe.com
Mercredi, 06 Août 2008 19:06

Une synthèse de  William PETITJEAN

L'armée avait redonné le pouvoir aux civils en 2007 en Mauritanie. Elle le reprend. Un défi. Pour les démocrates mauritaniens, bien sûr. Pour l'Union africaine. Et pour l'Union européenne qui lie ses aides au respect de certaines règles dont l'une, essentielle, vise à éviter que les militaires utilisent leurs armes pour s'accaparer du pouvoir. Le défi est d'autant plus difficile à relever que dans ce pays officiellement islamique la présence d'Al Qaïda n'est pas un fantasme...

Après la tentative de coup d'Etat en Mauritanie, c'est l'alerte rouge dans les services spécialisés de la Commission européenne, chez Javier Solana et bien sûr dans les chancelleries des pays de l'Union, à commencer par les françaises. Le coup d'Etat s'est déroulé sans effusion de sang (pour l'instant) mais il s'agit bel et bien d'un putsch...

Les FAITS : Le président mauritanien, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, et son Premier ministre, Yahya Ould Ahmed Waghf, ont été arrêtés mercredi 6 août en fin de matinée à Nouakchott par des militaires lors d'un coup d'Etat, qui s'est effectué sans effusion de sang.

Cette  information a été confirmée par la fille du président, Amal Mint Cheikh Abdallahi, qui a dénoncé un "coup d'Etat en bonne et due forme", dans un entretien à la radio RFI."Le président vient d'être arrêté par un commando qui sont venus le chercher, l'arrêter ici et l'emmener", a-t-elle déclaré depuis la présidence à Nouakchott."C'est un coup d'Etat en bonne et due forme", a-t-elle ajouté.

Plusieurs ministres mauritaniens, dont celui de l'Intérieur, ainsi que des proches du président, ont également été arrêtés.Le ministre de l'Intérieur, Mohamed Ould R'Zeizi, est aux arrêts, ainsi que plusieurs autres ministres.Deux hommes considérés comme proches du président ont également été arrêtés: le directeur de l'agence nationale pour l'accueil et l'insertion des réfugiés rapatriés du Sénégal et du Mali (ANEIR), Moussa Fall, et le vice-président du parti au pouvoir (PNDD), Ahmed Ould Sidi Baba, qui dirigeait également le Conseil économique et social.

L'armée a bloqué dans la matinée les accès à la présidence, empêchant les fonctionnaires d'y accéder, selon des témoins cités par les agences de presse..La radio et la télévision nationale mauritanienne ont par ailleurs cessé d'émettre après que des militaires en eurent chassé le personnel, ont également indiqué des témoins.L'aéroport international de Nouakchott a été fermé après le coup d'EtatDe nouveaux directeurs ont d'autre part été nommés à la tête de la télévision nationale et de Radio Mauritanie, a-t-on appris auprès de ces deux médias publics.


LE CONTEXTE Ce coup d'Etat intervient au lendemain d'un appel à la démission lancé au président mauritanien par Mohamed Abdallahi Ould Dellahi, président des Partis de la convergence nationale (PCN), une coalition de 7 partis politiques mauritaniens. Sidi Ould Cheikh Abdallahi se serait « révélé incapable de mettre en œuvre le programme pour lequel il a été élu », rapporte Panapress.

Aussi, les Mauritaniens « continuent de souffrir de misère, de marginalisation, de chômage, et des effets néfastes de la hausse des prix des denrées ». Mohamed Abdallahi Ould Dellahi a également accusé le pouvoir en place d'avoir détourné les deniers publics, notamment « les fonds de solidarité destinés aux sinistrés de la ville de Tintane (suite aux inondations de septembre 2007) » et ceux « consacrés au Programme spécial d'intervention (PSI), destiné à atténuer les effets de la hausse des prix des denrées alimentaires ».

Des raisons similaires avaient été évoquées par les 25 députés et 23 sénateurs qui ont démissionné lundi du Pacte national pour la démocratie et le développement (PNDD), parti au pouvoir. Les parlementaires avaient notamment affirmé leur intention de créer une autre formation politique à même d'apporter « le changement escompté », rapporte l'AFP. En juillet, le chef de l'Etat avait menacé de dissoudre le Parlement suite à la motion de censure déposée contre le gouvernement par 39 députés de la formation présidentielle.

C'est , un changement à la tête de l'armée qui a mis   le feu aux poudres. Le président mauritanien a procédé mercredi à des changements à la tête de l'armée, de la gendarmerie et de la garde nationale marqués par le départ de généraux accusés d'être derrière la crise politique en Mauritanie.

Selon un décret lu mercredi matin sur la radio nationale, le colonel Abdarrahmane Ould Boubacar a été nommé chef d'état-major de l'armée et le colonel Mohamed Ahmed Ould Ismail chef d'état-major particulier du président mauritanien.

Ces deux colonels devaient remplacer respectivement les généraux Ould Cheikh Mohamed Ahmed et Mohamed Ould Abdel Aziz, deux membres du conseil militaire de transition qui avaient conduit de 2005 à 2007 la transition démocratique en Mauritanie. Mais qui seraient la fronde des députés et sénateurs qui ont claqué la porte du parti au pouvoir.

LES RÉACTIONS EUROPÉENNES ;

La menace d'une suspension des aides

La Commission européenne a condamné sans  tarder ce le coup d'Etat"Cette situation risque de remettre en question notre politique de coopération avec la Mauritanie dans le cadre de laquelle nous venons de finaliser avec le gouvernement mauritanien un programme d'appui de 156 millions d'Euro pour la période 2008 - 2013 en complément de l'assistance déjà en cours", a prévenu Louis Michel., le commissaire européen en condamnant «fermement cette action militaire et appelé au respect de la démocratie et du cadre institutionnel légal mis en place depuis 2007 en Mauritanie.

De son coté, Javier SOLANA, Haut Représentant de l'Union européenne pour la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC), s'inquiète vivement des développements politiques en Mauritanie, où le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, démocratiquement élu, fait l'objet d'une tentative de renversement. Le Haut Représentant appelle au rétablissement intégral de la légalité institutionnelle, conformément à l'acte constitutif de l'Union Africaine, lequel rejette toute tentative de prise de pouvoir par la force. Javier Solana appuie sans réserve les efforts en cours de l'Union Africaine, qui visent à résoudre cette crise par la voie de la raison et du dialogue.Le Haut Représentant continue à suivre de très près l'évolution de la situation.

A Paris le Quai d'Orsay a rappelé l'hostilité de la France à la prise du pouvoir par la force
« Nous sommes en contact avec notre ambassade à Nouakchott et suivons la situation avec la plus grande attention en liaison avec l'ensemble de nos partenaires. Des mesures sont prises localement pour veiller à la sécurité des ressortissants français. Des recommandations de sécurité vont être diffusées en fonction de l'évolution de la situation.
La France est attachée à la stabilité de la Mauritanie. Il est trop tôt pour qualifier cette situation. Nous rappelons néanmoins l'attachement de la France à la préservation de l'Etat de droit en toute circonstance et son hostilité à la prise du pouvoir par la force.'

LE POINT SUR LES RELATIONS FRANCO-MAURITANIENNES

(texte repris sur le site du Quai d'Orsay)

« Les relations franco-mauritaniennes, très étroites, se sont dégradées en juin 1999, du fait de l'affaire Ould Dah (mise en examen en France d'un stagiaire militaire mauritanien, qui est finalement retourné sans autorisation en Mauritanie). En 2001, la nomination d'un ambassadeur à Paris et d'un ministre des Affaires étrangères, tous deux réputés francophiles, a marqué un très net réchauffement de nos relations. La visite de notre ministre de la Défense à Nouakchott, le 6 septembre 2002, a ouvert la voie à une reprise de la coopération militaire, dont les autorités mauritaniennes ont pris l'initiative.

Le ministre des Affaires étrangères, M. de Villepin, s'est rendu à Nouakchott le 17 juin 2003 et le ministre mauritanien des Affaires étrangères et de la Coopération, M. Ould Bellal, a effectué, le 10 juin 2004, une mission à Paris afin de faire le point avec M. Xavier Darcos, ministre de la Coopération et de la Francophonie, sur la coopération bilatérale franco-mauritanienne.

Le ministre délégué aux Anciens combattants, M. Hamlaoui MEKACHERA, s'est rendu à son tour à Nouakchott, en décembre 2004. Le secrétaire d'Etat à l'Agriculture, M. Nicolas FORISSIER, s'est quant à lui rendu en Mauritanie, en mars 2005, afin de signer l'accord-cadre relatif à l'aide française d'un montant de 2 M€, en réponse à la situation d'urgence alimentaire.

La ministre déléguée à la Coopération, au Développement et à la Francophonie, MmeBrigitte GIRARDIN, s'est rendue en visite en Mauritanie les 15 et 16 juin 2005 et y est retournée le 31 août 2006.

Le colonel Ould Vall, président du CMJD, a été reçu à l'Elysée le 26 septembre 2006. Mme Michèle ALLIOT-MARIE, Ministre de la Défense, a représenté le gouvernement français à la cérémonie d'investiture du Président Sidi Ould Cheikh ABDALLAHI au Palais des Congrès de Nouakchott, le 19 avril 2007.

Le ministre mauritanien des Affaires étrangères et de la Coopération, M. Mohamed Saleck Ould Mohamed LEMINE, s'est rendu à Paris les 2 et 3 août 2007.

Le Président Sidi Mohamed Ould Cheikh ABDALLAHI s'est rendu à Paris du 27 au 30 octobre 2007. Il a été reçu à l'Elysée le 29 octobre 2007.

M. Jean-Marie BOCKEL, Secrétaire d'Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie s'est entretenu le 6 décembre 2007 avec le Premier Ministre mauritanien, M. Zeine Ould ZEIDANE, à Paris à l'occasion du Groupe Consultatif pour la Mauritanie.

Le ministre des Affaires étrangères et européennes, M. Bernard Kouchner, s'est rendu en Mauritanie les 7 et 8 février 2008. Lors de ce déplacement, le ministre a été reçu par le président de la République islamique de Mauritanie, M. Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Il s'est entretenu avec le ministre mauritanien des Affaires étrangères et de la Coopération, M. Mohamed Saleck Ould Mohamed Lemine.

Ces entretiens ont permis notamment d'aborder les questions bilatérales et la coopération entre la France et la Mauritanie. Le ministre a participé ensuite à une réunion sur le processus de retour des réfugiés mauritaniens avec l'Agence nationale d'appui et d'insertion des réfugiés et le Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés ainsi que le président de la Commission nationale des Droits de l'Homme. Le ministre a rencontré également la communauté française. »

LE POINT SUR LES RELATIONS ENTRE L'UNION EUROPEENNE ET LA MAURITANIE

(texte repris sur le site de la Commision)

« La Mauritanie est un pays d'Afrique, longeant, à l'ouest, le désert du Sahara et la côte Atlantique, sur 754 km. Ce très vaste pays de plus d'un million de km² compte environ 3,3 millions d'habitants. Ceux-ci se concentrent dans la capitale Nouakchott et ses alentours.

Depuis son indépendance en 1960, sa physionomie sociale s'est profondément modifiée, sa population essentiellement nomade s'étant en effet largement sédentarisée. L'économie mauritanienne repose sur les exportations de minerai de fer et les gisements pétroliers de l'océan Atlantique bien que des difficultés techniques en aient ralenti l'exploitation et fortement réduit la production. La majorité des habitants vivent encore d'une économie de subsistance, et la mauvaise gestion des finances publiques dans le passé a aggravé l'endettement du pays. Suite à un coup d'état en 2005, la Mauritanie a réussi un retour à la démocratie exemplaire à la suite d'élections libres et transparentes en 2006-2007. Le nouveau Gouvernement à présenté un plan triennal de développement crédible qui a été bien reçu par les bailleurs de fonds. Les eaux côtières, qui comptent parmi les zones de pêche les plus poissonneuses du monde, sont, pour certaines espèces, aujourd'hui menacées par la surpêche.

Le niveau élevé de pauvreté et les difficiles conditions climatiques expliquent le niveau de vie assez faible des habitants. On peut espérer que les politiques de développement, plans et reformes initiées par le nouveau gouvernement pourront apporter une réduction substantielle de la pauvreté. A la suite de l'élection d'un nouveau gouvernement démocratique, les attentes de la population en termes de résultats tangibles et rapides sont élevées mais des revenues pétrolière bien moindres que celle attendues et les récentes augmentations des produits importés pourraient affecter négativement les résultats en terme de réduction de la pauvreté. La Mauritanie, tout en restant un pays ACP, vient de rejoindre le partenariat Euro Med. La Mauritanie est membre de l'Union du Maghreb Arabe et a, depuis 1973, rejoint la Ligue des États arabes.

L'Union européenne soutient les objectifs de développement de la Mauritanie en accordant une attention particulière au secteur des transports en vue d'améliorer l'intégration régionale et les liens avec la région et l'arrière-pays. La réduction du coût des transports et une sécurité accrue sont également au cœur des efforts car elles doivent permettre d'améliorer l'infrastructure des transports et de lutter contre la pauvreté. Un autre secteur focal de support de la Commission, aussi dans le cadre du Programme Indicatif National du 10ème FED (156 M€), est l'appui à l'amélioration de la gouvernance et, en particulier, la décentralisation, le développement local, la modernisation de l'Etat, la justice et la société civile. Ceci est complété par la programmation d'un Appui Budgétaire pour la lutte contre la pauvreté.

Le secteur de la pêche mauritanien bénéficie également d'un soutien à grande échelle. En 2006, la CE et la Mauritanie ont ainsi signé un accord de pêche couvrant la période 2006-2012. L'accord, qui prévoit une aide communautaire de € 86 M par an en faveur du secteur en contrepartie de l'accès à la ressource tout en visant également à améliorer la gestion des ressources et à réduire l'impact environnemental des pratiques de pêche.

QUI EST LE PRESIDENT ARRETE ?

Sidi Ould Cheikh Abdallahi : le premier chef d'Etat démocratiquement élu

Renversé aujourd'huipar un coup d'Etat militaire après quinze mois à la tête de la Mauritanie, Sidi Ould Cheikh Abdallahi avait suscité l'espoir en devenant le premier président démocratiquement élu.Il fut pourtant rapidement critiqué pour sa "faiblesse" supposée.
La fin d'un processus exemplaire de restitution du pouvoir aux civils, après le coup d'Etat militaire de 2005, avait été consacrée par son investiture, en avril 2007.
Lorsqu'il devient président à 70 ans (52,85% des voix), "Sidi" est présenté comme un homme discret.
Formé au Sénégal puis en France, parti travailler pendant des années au Koweït et au Niger, il a longtemps vécu loin de son pays natal et des complexités de sa scène politique.
Dès les premiers temps, ses adversaires le jugent particulièrement "faible", tandis que ses sympathisants louent son tempérament modéré et son souci du consensus, dans un pays très marqué par le clivage entre Maures et "Négro-Mauritaniens".
Brèves expériences gouvernementales

Il se présente alors comme "le président qui rassure", voulant renforcer "l'unité" du pays.
Né à Aleg (centre-sud) en 1937, Sidi Ould Cheikh Abdallahi est issu de la communauté majoritaire des Arabes, d'une famille de marabouts de la confrérie des Tidjanes.
Au Sénégal, il mène à bien des études en mathématiques, physique et chimie à Dakar. En France, il obtient à Grenoble un diplôme d'études approfondies en économie.
De retour en Mauritanie, il devient directeur du Plan, puis ministre d'Etat à l'Economie dans le gouvernement du premier président Moktar Ould Daddah, renversé en 1978. Lui-même est alors jeté en prison pour plusieurs mois.
De 1982 à 1985, il travaille au Koweït comme conseiller économique au Fonds koweïtien pour le développement économique.
C'est en 1986 qu'il revient au gouvernement, deux ans après le coup d'Etat du président Maaouiya Ould Taya. Il détient jusqu'en 1987 le portefeuille de l'Hydraulique et de l'Energie puis celui des Pêches et de l'Economie maritime.
Ces brèves expériences gouvernementales sous Ould Taya (1984-2005) se terminent par un placement en résidence surveillée pendant un mois, à la suite d'une tentative du régime de l'impliquer dans un scandale politico-financier.
Il reprend alors le chemin de l'exil et est mis en 1989 au service du Niger par le Fonds koweïtien, conseillant des ministres.
Faiblesse politique

En 2003, il rentre en Mauritanie pour jouir de sa retraite de fonctionnaire et, en août 2005, opère son retour sur la scène politique à la faveur de la chute du régime d'Ould Taya.
Il a alors le soutien des généraux Ould Cheikh Mohamed Ahmed et Mohamed Ould Abdel Aziz, à qui il confie, une fois président, sa propre sécurité et celle du pays. Ce sont ces généraux qui l'ont renversé ce mercredi, après qu'il les eut démis de leurs fonctions.
Avec le temps, même ses amis se sont mis à critiquer sa "faiblesse", l'enjoignant à reprendre en main le pouvoir face aux militaires.
Ses détracteurs, eux, l'accusent de "dérive vers un pouvoir personnel" et lui reprochent de prendre conseil auprès de collaborateurs qualifiés de "gauchistes".
La fille du président, Amal, était à son côté en tant qu'attachée de presse. Et son épouse, Khattou Mint Boukhary, était présentée comme ayant une grande influence sur lui.
En 15 mois, le président s'est trouvé confronté à d'énormes difficultés économiques et sociales.
Surtout, son pays en grande partie désertique, réputé très calme, a souffert d'une crise sécuritaire inédite, avec notamment l'assassinat de quatre touristes français par des islamistes se réclamant de la mouvance d'Al-Qaïda et les meurtres de trois militaires mauritaniens.

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