"Bestial" d'Anouk Shutterberg

Par Cassiopea

Bestial
Auteur : Anouk Shutterberg
Éditions : Plon (12 Mai 2022)
ISBN : 978-2259307536
434 pages

Quatrième de couverture

La première c'était Fanny en 2007, puis ce fut le tour de Pénélope, Jessica, Ambre et Agnès. Treize ans plus tard, la même chose arriva à Elena, Candice, Inès, Sophia et maintenant Mathilde. Même profil : jolies et toutes âgées de 12 ans. Toutes volatilisées du jour au lendemain dans le même quartier parisien. Les " Disparues du 9e ", une affaire qui piétine depuis des années. Ils ont dû manquer quelque chose, le commissaire Jourdain en est certain, mais quoi ?

Mon avis

2007 des adolescentes sans histoire disparaissent. Jolies, douze ans, sages, pas de mauvaise fréquentation, elles sont introuvables. Rien, pas un indice. Les parents désespérés pensent au pire. Les policiers sont dans le flou, totalement impuissants. L’enquête est au point mort et elle y reste. Le genre d’affaire qui laisse une pointe d’amertume à tout le monde.

2020, une famille se promène dans Paris. Tout à coup, Mathilde manque à l’appel. C’est une jeune fille de douze ans, mignonne et obéissante…. Son père et sa mère se rendent au commissariat. Elle n’a pas pu fuguer, ce n’est pas son genre. Le commissaire écoute, s’interroge et finit par faire le lien avec d’autres collégiennes dont on est sans nouvelles. Cette histoire ne sent pas bon et n’est pas sans rappeler les difficultés rencontrées treize ans auparavant.

Il faut une équipe de choc pour espérer comprendre cette affaire et sauver celles qui peuvent l’être. Aidés de Lucie, qui est de retour, malgré son côté « électron libre » et guidé par quelques textos mystérieux, les hommes et les femmes de la PJ prennent les choses en main. Leurs investigations vont les amener à côtoyer l’horreur, à aller dans des lieux où le mot humanité n’existe plus….

Le lecteur reste scotché aux pages, l’atmosphère est anxiogène, on souffre, on espère, on s’accroche, on serre les poings, on a le souffle court…. L’angoisse nous prend aux tripes. L’auteur joue avec nos nerfs d’une façon magistrale.

L’écriture est totalement en phase avec les scènes décrites.Des phrases minimales et des chapitres courts lorsqu’on est dans l’action et que l’on passe d’un lieu à l’autre ou du passé au présent. Le lecteur est dans le mouvement, récupérant toutes les informations possibles, visualisant chaque fait, parfois la peur au ventre en imaginant ce qui s’est déroulé. Et puis, de temps en temps, c’est plus calme, plus descriptif pour qu’on s’imprègne de ce que l’auteur évoque.

Il y a également une playlist inspirée très agréable à écouter et très significative pour certains titres.

Anouk Shutterberg aborde des thèmes d’actualité, notamment sur les dérives que permettent le Dark Web mais pas seulement. Ces sujets ont déjà été traités dans d’autres romans bien sûr. Mais astucieusement, elle unit plusieurs problématiques et elle le fait avec brio. Les protagonistes (dont certains sont présents dans son premier livre « Jeux de peaux » mais ce n’est pas gênant) sont réellement approfondis tant au niveau du caractère que du cheminement personnel (je pense notamment à Louka et Lina, devenus ce qu’ils sont parce que leur enfance a été détruite). On peut (presque, j’ai écrit presque) comprendre les pulsions dévastatrices de quelques-uns. De plus, la construction, non linéaire, permet de comprendre l’évolution des individus et c’est intéressant de constater à quel point l’enfance, le vécu peuvent transformer un être humain en monstre. Cela n’explique pas tout mais que serait-on devenus si on avait vécu des situations identiques ?

Anouk Shutterberg nous donne à voir le côté sombre des hommes, leur perversité, la noirceur de leur âme, leur bestialité. Elle ne nous épargne rien.

On peut se demander pourquoi on apprécie des récits où la violence des uns croise la détresse des autres. Sans doute parce qu’on sait que ça reste un roman, donc de la fiction enfin je croise les doigts pour que ça le reste……