Chroniques d’un anthropologue au Japon (59)

Publié le 25 mai 2022 par Antropologia

Crustacés

Lundi 23 mai 2022. 8 heures. Sur la ligne Hankyu Takarazuka. Une femme entre dans le train. Tailleur noir, propre. Elle regarde une affiche en face d’elle, puis détourne rapidement le regard pour se concentrer sur son IPhone. Je regarde à mon tour le poster sur lequel on peut voir en gros plan un dessin d’écrevisse.

L’écrevisse transpire à grosses gouttes, et clame dans une bulle : Ah ! Ça fait du bien ! C’est une publicité pour un livre. Dictionnaire des animaux qui n’ont pas de chance. A côté de l’écrevisse, phrase descriptive, ton sérieux, encyclopédique. L’écrevisse urine par la tête. Surpris, je relis le texte plusieurs fois, pour m’assurer que je ne me trompe pas sur le sens du japonais. Mais la simplicité de la phrase empêche toute méprise. Et permet d’expliquer la réaction de la femme en noir. Dégoutée. Cela donne du sens aussi aux gouttes que la crevette laisse échapper sur l’illustration. Ah ! Ça fait du bien ! J’esquisse un sourire.

Je suis plutôt amateur d’humour pipi caca, et assez résistant dans le domaine des horreurs visuelles et langagières. Mais ce matin, le petit déjeuner encore dans le ventre et l’ambiance lourde du train bondé, fatigué, j’atteins mes limites. L’odeur âcre de la crevette me revient, et je lui reconnais soudainement une similitude avec celle de l’urine. Légère sensation de nausée. Je détourne le regard de l’affiche et essaye de m’endormir.

Rémi Brun