Ben Sidran de retour au Sunside avec Rick Margitza

Publié le 29 mai 2022 par Assurbanipal

Paris, Ile de France, France

Jeudi 27 mai 2022, 20h30

Concert de sortie de l'album " Swing State "

Ben Sidran: piano, chant, MC

Alan Hampton: contrebasse

Leo SIdran: batterie

Rick Margitza: saxophone ténor

J'étais au Sunside le 1er novembre 2019 pour un précédent concert de Ben Sidran en 4tet avec Rick Margitza. Depuis, il n'était pas revenu jouer à Paris en raison du Covid.

Les musiciens sont tellement contents de retrouver le public du Sunside qu'ils sont sur scène à 20h32. Professionnalisme américain. Respect. Un petit air funky pour commencer. Je bats la mesure du pied droit. Leo Sidran, fils de Ben Sidran, joue avec une baguette dans la main gauche et un balai dans la main droite. Ca groove tranquille et c'est très bon. Ben Sidran vient de sortir son premier album instrumental " Swing State". Il aura 79 ans cette année 2022. C'est dire si cet homme vieillit bien. C'est d'ailleurs le titre album qu'ils jouent. Un morceau qui se moque du golf, sport que je ne pratique pas. Cf audio au dessus et vidéo en dessous de cet article.

S'ensuit une chanson dédiée à 58 de ses pianistes préférés (sic). Ben Sidran est un grand pédagogue du Jazz. Docteur ès lettres avec une thèse sur l'histoire du Jazz. Animateur et producteur d'émissions de radio et de télévision. Journaliste de la presse musicale. Quand il joue et chante, il enseigne encore. Le jeu consiste à noter les 58 pianistes de Jazz dont il chante les louanges. Je n'y ai pas joué mais j'ai apprécié cet hommage bluesy à ses Maîtres, tous Américains je présume.

Puis " I must be wrong ", une chanson philosophique, pleine de syllogismes.

Puis un des classiques de Ben Sidran, " Don't cry for no hipster ". Une chanson qui se moque gentiment des branchés de New York. Intro en piano solo. Une ballade. Batteur aux balais. Intro en solo piano & voix. Un classique de Ben Sidran. Rick Margitza nous sort un solo chaud, viril, charpenté dans la droite lignée de Dexter Gordon.

Une chanson existentialiste qui rend hommage à Albert Camus, écrivain français, prix Nobel de littérature, qui fréquentait les clubs de Jazz en son temps. Le mythe de Sisyphe cher à Camus correspond bien à la vie du jazzman selon Ben Sidran. Se lever le matin, trouver un concert, le répéter, le jouer, se faire payer puis recommencer. La bonne nouvelle, c'est qu'il est musicien de Jazz. En effet, je l'entends chanter l'homme qui pousse son rocher en haut de la colline. Un autre classique de Ben Sidran. Cette chanson est un excellent anti dépresseur, sans effet secondaire. Gros son du ténor qui s'envole au dessus de la rythmique qui chauffe sans pollution.

Une chanson philosophique sur la vieillesse. Ben Sidran est né en 1943. " Si nous ne devenons pas vieux, nous ne devenons rien ". Logique car, si nous ne devenons pas vieux, c'est que nous sommes morts. Il se rappelle sa jeunesse du temps où il respectait les Anciens. Qui est le vieux gars maintenant? Who is the old guy now?

PAUSE

Démarrage sur un Blues funky. Leo Sidran tient un balai dans la main droite et une baguette dans la main gauche. Rick Margitza vient ajouter la flamme du sax ténor. Instrumental. Ca groove bien. Rick étire les sons, arrête, reprend, attise notre appétit de musique.

Une composition qui a valu à Ben Sidran son entrée dans les 850 000 membres de the American Society of Authors Composers and Publishers. Est-il vraiment un compositeur? Lui même semble en douter. Batteur aux baguettes.

Ben Sidran nous présente la chanson suivante. La philosophie du Jazz est amusante. Il faut de l'humour pour jouer du Jazz. Bonne chance pour trouver de l'humour dans cette chanson. Tiré du recueil " Poeta en Nueva York " écrit en 1929- 1930 quand Garcia Lorca était étudiant à la Columbia University. " Le grand homard arsenical a ffinlement appris à voler ". Je traduis de l'anglais un vers que j'ai entendu traduit de l'espagnol. Bref, ma version n'est pas fiable. Ben Sidran a consacré un album à Garcia Lorca et a rendu visite au Musée Garcia Lorca à Grenade, Andalousie, Espagne. Il a demandé à la conservatrice du musée ce que signifiait ce vers surréaliste. Après une nuit de réflexion, elle lui a répondu le lendemain " Le grand homard arsenical a appris à voler ". Merci, Madame. Le batteur est aux baguettes. Chanson sur le goût de New York. Nous y sommes. Un Blues évidemment qui décrit la ville et son ambiance. Margitza ajoute un solo poignant.

Une composition de Duke Ellington à laquelle Ben Sidran a ajouté des paroles. Il a ensuite découvert qu'il existait déjà des paroles sur ce thème mais il les a trouvé ringardes. Peut-être que ses paroles sont ringardes aussi avoue t-il. " Drop me off in Harlem ". Quand Louis Armstrong enregistra la chanson avec Duke Ellington, il créa ses propres paroles. Ca swingue bien. Batteur aux balais. Solo swinguant de Rick Margitza. Bien entendu, Rick Margitza ne joue pas comme Ben Webster mais il l'a en mémoire.

" New York New york! The city so nice that they named it twice ". Ben Sidran est arrivé à New York en 1965, depouis Chicago, par un Greyhound bus. Il est arrivé dans la 52e rue à 11h . Il s'est planté devant le Birdland et il a attendu l'heure d'ouveture soit 19h. C'est dire sa motivation. Une chanson de Bob Dylan. Grâce à Ben Sidran, enfin nous pouvons comprendre les paroles de Bob Dylan! Prix Nobel de littérature. Il n'a pas été chercher le Prix mais il a accepté le chèque. Un air de Jazz funky. " Tangled up in blue ". Un des premiers classiques de Bob Dylan en effet. Batteur aux baguettes. Dans son solo de sax ténor, Rick Margitza rend hommage à son ancien patron, Miles Davis, avec une courte citation de " Jean-Pierre ", ballade de Miles elle même tirée de la mélodie d'une vieille berceuse française " Do do l'enfant do ". Ca balance sévère. Je bats la mesure du pied droit.

Ben Sidran entame un petit Blues. Batteur aux balais. C'est le morceau de fin du 2e set. Une chanson philosophique de nouveau. " Don't worry about a thing cause nothing's gonna be alright ". Ne vous inquiétez de rien car rien ne se passera bien. Malgré le titre, la chanson n'a rien de pessimiste du tout. Elle est même franchement joyeuse.

PAUSE

Ben Sidran nous donne toujours une cure de bonne humeur et d'énergie mais je suis fatigué tout de même et il y a école demain. Pour moi, le concert est donc fini.