Pierre Jean Jouve – Beauté

Par Stéphane Chabrières @schabrieres

Que Dieu me donne encore le pouvoir d’écrire
La proportion merveilleuse de beauté
Libre des tenailles de chair où sexe et larmes
Se mélangent pour enfanter le mélancolique passé ;

Que Dieu m’accorde encor le secret de beaux vers
Qui soient le pain le vin contre le diable triste
Ô belle souviens-toi, la morte, reviens vers
Ton pauvre messager guéri de sa misère ;

Ô Beauté toujours seule au milieu de l’esprit
Que nul dessein ne peut posséder ni atteindre
Tu connais mon soupir

l’ignorance m’a pris
Le jour où par hasard je te rendis mes armes,
Et depuis à t’aimer je me suis épuisé.

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Pierre Jean Jouve (1887-1976)Ténèbre (Mercure de France, 1965)