Album - KEYS - When Shadows Fall

Publié le 10 janvier 2023 par Concerts-Review

Cargo Records

NoPo

KEYS 2022
Qui? 'Keys'... j'ose à peine proposer une combinaison clé / serrure entre Mark Mangold (Michael Bolton, Cher, Paul Rodgers), à gauche aux claviers, et Jake E (Cyhra, Amaranthe) à droite au chant.
Une clé pendant le lockdown qui nous a enfermés... parfois dans nos têtes mais ici, comment dire? On pourrait avoir la sensation qu'elles ont gonflé les têtes ...
Faut écouter le résultat, le son créé, monstrueux, surprend, tout en se baignant dans un classique rock-prog rutilant (allant de Uriah Heep -remember Ken Hensley?- à Boston), le tout pétri (sans Julie) à la main.
Cyhra enregistrant dans le studio de Mark, présent pour un titre, à New York en 2019, les deux musiciens se mettent en cheville, écrivent et consignent (Mark à Stockholm, Jake à Göteborg).
Pour finaliser, le duo complète l'équipe avec Charlie Calv (ex.Angel, oups Charlie... angel non mais allo quoi!) aux claviers (y'en avait pas assez) et choeurs et Alex Landenburg (Kamelot, Cyhra, Rhapsody, Philosophobia) invité à la batterie, en live.
Pour avoir toutes les clés, on détaille la pochette en premier lieu.
Exubérant, l'artwork présente un cadenas surchargé scintillant sur un fond de nuit étoilée. Aucune présence de clé.
Les détails relèvent d'une architecture baroque avec la sculpture de 3 visages : 2 de profil, l'un tourné vers la gauche et l'autre vers la droite, celui de centre fait face sa bouche faisant office de serrure.
Les ornements, nombreux, s'insèrent un peu partout : en haut deux sphinx se regardant, 2 serpents à leurs pieds, cheveux et barbes sont flanqués d'enluminures.
Les personnages, soudés par leurs oreilles, semblent marquer les étapes de la vie : un visage de bébé, puis d'homme mûr et enfin de vieillard.
Les quatre lettres du nom surplombent l'anse, dessinées dans un assemblage de métaux précieux et de diamants pareils à des rotules (les 3 barres horizontales du 'E' n'étant pas connectées).
Comme la musique qui va suivre, ce côté pompeux et très travaillé reste aussi écrasant qu'impressionnant.
Tournons donc notre propre clé dans le cadenas pour ouvrir cette porte...
Dès les premières notes de 'When Shadows Fall', on se sent happé par ce son léché et ce sens de la mélodie. Les touches du synthé étincellent d'entrée de jeu.
La batterie numérique claque métalliquement, réverbérée très en avant, et le clavier en rajoute avec tellement de grandiloquence et de virtuosité qu'on ne peut s'empêcher de penser à Keith Emerson.
Jake E. chante superbement, en voix de tête, avec un neurotransmetteur d'émotions. Là aussi, s'empilent plusieurs couches.
Ben oui, mais en même temps, je n'entends que ces 2 instruments. Faut dire qu'ils s'y mettent à deux aux claviers et abandonnent les guitares.
A l'intro de 'Tear It Down', on croirait entendre la guitare de Mark Knopfler dans 'Money for nothing'.
Avec les pédales d'effet d'un côté et les émulations de l'autre, çà devient réellement difficile de séparer les sons de guitares et synthé.
Ici, les claviers font tout ou presque, marqués par une batterie rectiligne, puissante mais sans fioritures. Des choeurs, en ébullition, gonflent les lignes de chant déjà balaises.
J'ai vu le documentaire sur Arte 'Eric Clapton - Nothing but the Blues', je peux vous assurer que 'For Your Love' ne reprend pas les Yardbirds! Mais peut-être que Mangold is God...
Pas de guitare ni chaudron, les synthés tiennent le haut de la marmite fulminante. Derrière la solide voix tracée, les choeurs parsèment le morceau tels des nuages gorgés de pluie (l'eau de là-haut).
A nouveau, le 1er synthé agit tel un riff vif de guitare. Le chant s'éclate à la (Drag) Queen, même pas peur de passer du rugueux colérique, aux aigus célestes, guttural en retour puis voix délirantes de cartoon en(dé)chainées.
Le second synthé vient rythmer divinement le morceau à en rendre jaloux la batterie qui ne rigole plus. Déstabilisé, Je ne sais plus quoi penser sauf que j'ai envie d'y revenir!
Emballant ce 'Feast of lies', une vraie symphonie!
Allez! Un clin d'oeil à 'Time' de Pink Floyd. Les réveils électroniques viennent buzzer l'entame de 'Angelfire'.
La trame au clavier, grandiose, séduit totalement et la voix prend des accents en distance décalée. Le mélange de sons clavier rétro/ clavier moderne régale.
Finalement, l'emphase arrive à créer l'émotion. On a envie de les suivre jusqu'au bout, curieux de savoir ce qui va bien pouvoir se passer.
'RIP' et son clavier bégayant entraine la batterie dans des assauts sur les cymbales et roulements aux toms (à tics). On atteint bien souvent la syncope rythmique.
Le chant touche jusqu'aux choeurs en soutien si épais sur le refrain 'How long'. Le synthé tournoie en dorures autour d'un autre clavier qui déroule un tapis onctueux.
On perçoit des petits bonds voir sifflements d'oiseaux au départ de 'Sparrow'. Les claviers sonnent plus légèrement et vivement.
Jake s'est senti inspiré par Ronnie James Dio. On ressent réellement un vol parsemé d'embûches et de vent sur une rythmique saccadée.
Un thème électro ouvre 'Goodtimes' mais on revient rapidement aux fondamentaux.
Les échanges se font entre des éclairs synthétiques et d'autres, électriques imitant un riff de guitare.
Le refrain s'habille de façon plus FM innée (AOR) et ose 'Good times roll'.
Les synthés finissent par craquer et se lâcher par moments mais le morceau se retient de dépasser les limites du sirupeux.
On dirait une basse... non, les claviers font tout même le café! 'Raise your head' s'avance en finesse et c'est touchant.
Le refrain arrive, carrément entêtant. On veut chanter en choeurs. Dérapage, les claviers friment et finalement, c'est beau, c'est bon!
Qui ose encore faire ça avec cette maitrise?
'Scathe' part sur des bases progressives avec des ornements plus baroques.
Le morceau s'enfonce un peu sombrement avec une voix d'abord basse puis montant au faîte des 4 octaves atteintes par Jake, semble-t-il.
Tourmenté, il finit par s'arrêter brutalement.
Roulements de batterie et riff lancent 'Cries and whispers'.
La mélodie déroule un mid-tempo enveloppant et chaleureux malgré un trait de mélancolie.
Les zébrures aux claviers lacèrent quelque peu la douce trame mais les envolées lyriques avec choeurs gardent la maitrise.
Un tournoiement de touches ouvrent pour des vocaux vindicatifs.
La rythmique perturbée confirme le ton cafardeux jusqu'au refrain à l'ambiance plus euphorique.
On alterne dans 'The World Can Wait' entre les deux avec quelques recherches jazz prog rock.
Mark, inlassable, participe aussi au nouvel album de House of Lords et nul doute qu'il y aura un autre jeu de 'Keys'.
Parti sur un a priori, je me suis laissé bluffer par cet album. Plus je l'écoute, plus j'y retourne.
La simplicité des mélodies et le nombre limité d'instruments contrastent avec la virtuosité et l'habilité.
Finalement, il sort des sentiers battus et ouvre des portes dégageant une vraie personnalité!
On pourrait penser qu'ils en font trop mais on se laisse emporter par cette vague de fraicheur, l'effet 'kiss cool'.
Ne laissez ce disque cadenassé!
Tracklisting:
1. When Shadows Fall
2. Tear It Down
3. For Your Love
4. Feast Of Lies
5. Angelfire
6. RIP
7. Sparrow
8. Goodtimes
9. Raise Your Head (Sky)
10. Scathe
11. Cries and Whispers
12. The World Can Wait
KEYS
Jake E - vocals
Mark Mangold - keyboards, backing vocals
Charlie Calv - keyboards, backing vocals
Alex Landenburg - drums