294. Renoir : La grande illusion

Par Mouflon

1001 films de Schneider : La grande illusion

Au 44ème rang de la liste des films de They Shoot Pictures...

Film français réalisé en 1937 par Jean Renoir
Jean Gabin, Dita Parlo, Pierre Fresnay, Erich von Stroheim, Marcel Dalio, Julien Carette, 

1937. 
Le Front populaire est au pouvoir. Les classes sociales sont-elles finalement abolies ?
Les bottes du nazisme piétinent d'impatience pour venger la défaite de 14-18. Mais les Français, et bien d'autres, détournent la tête.

Au beau mitan de cette période équivoque, Renoir réalise un grand film humaniste, pacifiste et transnational. "Les frontières, c'est une invention des hommes. La nature, elle s'en fout." (Rosenthal-Dalio)

Alors, oui, un film d'espoir mais bâti sur des illusions. 
1. Des prisonniers pensent que la guerre finira bientôt (on est en 1914!) 
2. On pense que ce sera la der des der
3. L'amitié judéo-britanno-russo-franco-allemande transcende la guerre. On est presqu'heureux dans ce camp de prisonniers. On est souvent à la fête. Imaginez, même Erich von Stroheim, qui a toujours incarné les Allemands les plus honnis, est un directeur de camp sympathique.
En 1945, suite à la découverte des camps de la mort, la gauche et les résistants ne pardonneront pas à Renoir de nous avoir présenté ce camp de prisonniers.

4. Mais la plus grande des illusions c'est ce camp de prisonniers qui est une oasis, un mirage qui nous cache le plus grand carnage guerrier de l'histoire. 

Ce film, à sa sortie, devint un événement politique. Les foules accoururent pour voir ce film anti-guerre qui semait l'espoir. Mais le gouvernement d'Hitler interdit illico la diffusion de ce film dans lequel Allemands et Français fraternisaient. (Je pense au film Joyeux Noel de Christian Carion). De l'autre côté de l'Atlantique, Franklin Roosevelt défendit le film en disant que tout démocrate devait le voir.  

Love Story : La relation entre Rauffenstein-Von Stroheim et Boieldieu-Fresnay  est exagérément pathétique. La scène de la mort de Boieldieu nous plonge en plein mélodrame.  Renoir transpose-t-il une expérience vécue lors de la première guerre ?

Séquence émouvante : Les prisonniers ébahis et silencieux à l'apparition d'un de leur co-détenu déguisé en femme. 

Censure : Le baiser de Jean Gabin et de Dita Parlo (la sonorité de ce nom me remue à chaque fois) ne retrouvera sa place que dans la nouvelle version de 1958.

Chemin de traverse
La grande illusion de quelques millions de Québécois : L'élection du Parti Québécois en novembre 1976 qui devait mener le Québec à l'indépendance. Cinquante sept ans plus tard, le Québec attend toujours pour obtenir un siège à l'ONU entre le Qatar et la République arabe syrienne.
Le Canadien-français est une ethnie en voie de disparition sous le regard indifférent de la communauté internationale. Seul un Québec souverain pourrait empêcher cette disparition.

Critique. Cahiers du Cinéma. Novembre 1958. Numéro 89. Où est la liberté ? par Claude Beylie. 
Les 300 premiers numéros des Cahiers du Cinéma sur Archive.org

Venise 1937. La meilleure contribution artistique

Visionné, la première fois, le 7 février 1991, à la télévision à Montréal.
Mon 294ème film visionné de la liste des 1001 films du livre de Schneider