Les Cinq du 5, peinture Moyoshi, vidéo Saturne Action – Le Plessis-Robinson, 2021.

Publié le 20 juin 2023 par Paristonkar @ParisTonkar

Le 2 juillet sera l’anniversaire de la publication de l’unique témoignage d’un projet graffiti, hommage intime à cette même date, réalisé par Moyoshi. Ce projet est né d’une initiative lancée par Ash Kha et a été mis en image par Patrick Beun, de Saturne Action. À l’occasion d’une rencontre avec ce vidéaste, je retranscris notre échange pour une présentation du projet.

 À l’origine du projet, Ash Kha, voulait rendre hommage au lieu où il a grandi, et vivait encore, quand il a appris que l’immeuble allait être rasé. Après chaque départ de locataire la porte en était mûrée, et après son propre départ en 2021 a germée l’idée d’avoir un symbole pour se souvenir de ce lieu. Etant d’une famille à la fibre artistique, il était logique que le projet le soit.   

 Sans le connaître, il suivait sur les réseaux le travail de Moyoshi, dont il avait  vu dans la rue les Yeux : « La Rue te Regarde ». Ces peintures lui ont parlé et il a imaginé le graffiti sur les portes murées, pour ne pas les laisser blanches et stériles, pour « ouvrir une porte ». Contacté, l’artiste a été botté par le projet, qui lui laissait carte blanche. L’immeuble était en partie occupé, Ash a discuté avec tous les locataires et a eu l’accord de tous. Et a proposé à Saturne Action, asso de mise en image qu’il connaissait déjà, de participer à ce projet qui reste, pour eux, le plus singulier et le plus fort à ce jour.

 Enthousiasme pour le projet, oui, mais inquiétude dans un premier temps par méconnaissance du graffiti (peur de la violence, du vandale), et donc Patrick choisit de s’équiper de matériel léger et d’y aller seul. Ce sera aussi l’occasion d’essayer de nouvelles choses en GoPro, d’être lui aussi créatif. Une journée de repérage puis c’est la rencontre, et pour lui la découverte de la qualité du travail de Moyoshi, la sympathie, une belle rencontre. Pour lui encore, c’était 3 volontés qui s’assemblaient, sans léser personne, l’aspect créatif du projet leur appartenait à tous les 3.

 Une journée d’échange. Moyoshi a eu l’idée de commencer par sonner à la porte murée, qui amorce l’histoire du film. Ash Kha avait choisi les cinq portes, Moyoshi a conçu ses œuvres seul, mais Ash proposait des couleurs différentes pour chaque porte, et sur celle de ses souvenirs, il a eu son mot à dire. Moyoshi travaillait en couleur directe et cherchait autant d’énergie pour chaque, sans pathos, c’est l’ensemble du projet qui faisait sens.

 Patrick a fixé ses caméras pour avoir toujours les portes en visuel, tirant partie des formats d’image : plan fixe avec les portes en vertical, et en 360° pour avoir un panoramique long d’une porte à l’autre. La porte se sent au travers de l’orientation de la caméra. Il pensait réaliser un montage très simple, mais la beauté de ce qu’il filmait l’a boosté. Le dispositif plus léger a amené de la créativité, avec du matériel plus lourd il aurait fait plus conventionnel. Et au montage, un décalage dans le codec (30 im/s monté à 29,9 im/s) du logiciel a amené un effet qu’il a découvert sans l’avoir préparé, mais dont il a joué : un effet inattendu de mosaïque surnaturelle qui colle ces images toutes entre elles. Entouré d’un rappel du cadre de masquage des bords de porte dans la vidéo, le clip trouvera sa musique dictée par le rythme des cuts. Publiée sans fanfare, la vidéo est en ligne le 02/07, date symbolique pour Ash Kha, et marque la mémoire de ce lieu, de cette rencontre, de cet hommage.

 C’était une initiative cadeau, pour « ouvrir une porte sur quelque chose d’autre ». Il ne sais pas si le site est encore accessible aujourd’hui. Il n’a pas eu d’autre projet comparable avec l’asso depuis. Mais il suit toujours Moyoshi sur les réseaux, le trouve formidable et serait heureux d’un autre projet.

http://www.moyoshi.com/

https://www.saturne-action.com/

Camille Thé