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Le droit comme instrument de contestation

Par Arnaudgossement

Je vous recommande la lecture de "L'arme du droit" de Liora Israel que je viens de lire d'une traite.

Je l'avais acheté pour deux raisons. La première : les Presses de Sciences Po publient généralement d'excellents ouvrages a fortiori dans cette collection "Contester" qui propose de réfléchir sur la remise en cause de nos modèles d'organisation.

Cette collection n'a qu'un inconvénient : les livres sont trop courts. La deuxième : je suis moi-même juriste, avocat et convaincu que le droit peut constituer un moyen de faire progresser la défense d'une cause, l'environnement me concernant.

Liora Israel, qui est maître de conférences en sociologie à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), a rédigé un texte précis sur cette question difficile : le droit peut il être un instrument de contestation de l'ordre établi alors qu'il a aussi pour fonction de garantir l'ordre établi ? Question essentielle à laquelle je suis confronté, comme bien d'autres juristes, presque chaque jour.

L'analyse est très juste. L'auteur a notamment raison de remettre en cause un certain nombre d'idées reçues notamment sur les "avocats engagés". Soyons clairs, si le personnel politique compte encore des membres du barreau, l'immense majorité de mes confrères n'est pas "engagée". Pourquoi ? Tout d'abord parce que les conditions d'exercice de la profession sont devenues infernales de telle sorte que le barreau est divisé entre une toute petite minorité très prospère et une immense majorité qui court après les honoraires pour boucler les fins de mois. Par ailleurs, s'engager n'est plus considéré comme une activité noble.

Je ne compte plus le nombre de fois où l'on me reproche de perdre mon temps en m'impliquant dans une association. Malheureusement, les avocats contribuent de moins en moins à l'élaboration de la règle de droit et sont de plus en plus souvent contraints de n'être que des lecteurs de codes. Et encore, pas de n'importe quel code !

Lorsque j'ai choisi de me spécialiser en droit de l'environnement lors de mon DEA de droit public et d'y consacrer mon sujet de thèse, un grand professeur de droit m'a demandé ce que j'allais "chercher dans les poubelles" et pour quelle raison je tenais tant à "sacrifier ma carrière"...

Malgré la multiplication des colloques, le droit de l'environnement est encore considéré comme une matière un peu folklorique et sans grand intérêt. Je ne parle même pas du droit des étrangers qui fait l'objet d'un mépris qui m'a toujours laissé songeur lorsque l'on connaît la complexité de cette branche du droit.

Je m'égare mais il est vrai que la lecture de cet ouvrage m'a amené à m'interroger sur mon propre métier dont je ne cesse de regretter les conditions d'exercice. Il serait possible d'ouvrir ici un immense débat ... Bref, dans une profession qui se déshumanise, où des responsables politiques prêtent serment dans le seul but de commercialiser leur carnet d'adresses, la place des avocats engagés est pour le moins réduite.

Heureusement le livre ne se réduit pas à la question des avocats, je vous rassure. En réalité, je ne peux que vous conseiller de l'acheter et de venir en débattre ou donner votre avis ici.

Voici la description de ce livre par son éditeur :

"De Gisèle Halimi défendant la légalisation de l'avortement aux procès des faucheurs d’OGM, du Tribunal pénal international pour le Rwanda à l’engagement de Chirine Ebadi en Iran, nombreux sont les combats politiques contemporains qui font intervenir le droit.

Outil de régulation ou de répression, le droit est aussi, sous certaines conditions, un registre d’action qui mérite d’être pleinement intégré au répertoire de la contestation. C’est ce que montre ce livre, à partir d’une synthèse inédite de travaux français et internationaux, au croisement de la sociologie, de l’histoire, du droit et de la science politique.

Le rôle des avocats, en particulier dans la défense des libertés ; le procès, comme arène publique ; le pouvoir du droit, au regard de ses évolutions les plus récentes notamment en matière de justice internationale, en sont les angles privilégiés, pour dépasser la vision simpliste de « l’arme » du droit et de la « judiciarisation » de nos sociétés".

Et la présentation de son auteure (que j'espère rencontrer) :

"Liora Israël est maître de conférences en sociologie à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), rattaché au centre Maurice Halbwachs. Spécialiste de sociologie du droit et d'analyse de l'action collective, elle travaille actuellement sur les mobilisations politiques du droit dans les années 1970".


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