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fin de vendange 2009 - et ma réponse à Michel Bettane

Par Irislisson

Vous allez l'avoir, ce rapport des vendanges 2009 à Lisson, qui se sont terminées avec la mise en cuve des derniers Mourvèdres hier... laissez moi encore un peu de temps, pour mon remettre - moins physiquemrnt que moralement - malheureusement...

En attendant, je vous copie (avec quelques liens en plus, comme le permet le blog) ma réponse par mail privée à Michel Bettane, qui venait de m'expliquer sa position dans la polémique, qui fait rage ces derniers jours et semaines un peu partout sur la toile. J'aime d'ailleurs aussi beaucoup la réaction de ma consoeur Isabelle de hier.

Cher Michel Bettane,

je vous crois bien, que vous êtes un défenseur de perfectionnisme dans le vin – j’étais lectrice abonnée de la RVF pendant presque 20 ans (donc longtemps avant de défricher ma colline et planter ma vigne à Lisson) et la lecture de vos articles a longtemps fait parti de mes nuits dans la cave, en train de surveiller le pressoir et les fermentations dans les cuves.

Mon souvenir le plus personnel lié à votre personne est cette fameuse anecdote d’un ami (Philippe Catusse de Béziers, entre temps un excellent caviste), qui m’avait fait la blague de me présenter son beau-frère comme « Michel Bettane » lors d’une visite de nos jeunes plantiers début des années 90 – j’en avais le souffle coupé – mais j’ai marché dans la blague, tout en me disant, que ce miracle arrivait 10 ans trop tôt – et j’ai fait le tour du vignoble à votre « sosie », en essayant, de rester cool et professionnelle. Quand il a dévoilé la supercherie, je me suis dit, que c’était bien fait pour ma gueule, d’avoir manqué de modestie au point d’y avoir cru – même – ou justement parce que notre idée de départ était, d’arriver à faire un vin, qui un jour pourrait s’approcher de l’excellence…

J’en suis encore loin :-), mais je persiste dans la quête – à ma manière et avec des choix, qui me semblent adaptés à ce but. Et quand je « rate » une cuve, je l’écarte de la mise en bouteille – là, je pense qu’on est tout à fait d’accord sur la charlatanerie au nom du « naturel », qu’il faut combattre et je comprends votre engagement – c’est le même effet que celui qu’on reproche aux buveurs d’étiquettes classiques – les habits de l’empereur, qui se promène tout nu, mais personne n’ose le dire.

Comme vous, je trouve que c’est regrettable, qu’on se targue d’un label bio, qui ne couvre que la production du raisin et ne garanti que peu de choses sur la vinification. Qu’au passage, cette labellisation, que je comprends pour des circuits anonymes de distribution, qui nécessitent une garantie surveillée, a enlevé le droit d’utiliser le mot « bio » à ceux, qui n’adhèrent pas aux organismes certificateurs et a probablement amené à la prolifération et confusion de toute les variantes d’adjectifs style naturel, authentique (chez Slow Food, on m’avait même collé « sauvage » à un salon), c'est regrettable.  Comme le fait, que tout cela, une fois rentré dans les instruments du marketing et de la publicité, devient aussi opaque et abusif que le « raisonné » de l’autre côté…

Je me suis aussi déjà pris le choux avec les défenseur de la santé, qui essayent, d’en faire un argument principal de vente de vin – pour moi, c’est un produit culturel et de plaisir – si je veux vivre qu’en surveillant ma santé, je suis tout à fait d’accord là-dessus, il y aurait d’autres combats à mener et partout. (Je le fais, mais c’est mon affaire « personnelle » dans mon coin :-).

Qu’en tant que viticulteur, j’ai un autre regard sur les intrants chimiques dans la vigne (ce sont les gens, qui passent les produits sur les vignes et qui vivent et travaillent en contact étroit avec la terre et la végétation, qui sont en première ligne de danger) est un autre chapitre du débat. Il faut boire beaucoup de vin fini, avant d’accumuler autant de pesticides qu’un ouvrier agricole, qui passe cela à longueur de saisons… Malheureusement je crois, que là aussi, la règlementation de la protection au travail ne serait respectée, que si la pression du marché se fait sentir.

Pour la vinification, je suis peut-être passéiste – je préfère un vin « fait main », comme je préfère un beau meuble d’ébéniste à un produit conforama ou ikea, un steak d’un charolais, juste tourné dans du beure, qui me régale de sa saveur et sa texture à la cuisine moléculaire, un fromage affiné, qui me parle encore des herbes, sur lesquelles ont pâturé les bêtes à un produit standardisé.. . c’est du raccourci, cela cloche un peu dans la comparaison, mais je pense, que vous comprenez, ce que je veux dire quand même :-).

Pourquoi je m’insurge contre certains de vos interventions sur la toile donc ? Peut-être parce que je trouve, qu’il y a trop de raccourci, trop de « mise en forme », qui ne fait que servir ce manichéisme, que vous dénoncez et qui est publié à grand ramdam (comme dans L’Express), parce qu’on sait, que votre nom « fait vendre ».  À mon avis, cela vous charge d’une plus grande responsabilité dans vos interventions qu’un inconnu quidam dans un forum – c’est la rançonne de la gloire.

Mais j’apprécie cette prise de contact par mail personnel, qui permet peut être mieux de s’exprimer et comprendre et je vous souhaite dans l’avenir plein de tribunes, qui vous laissent la place de vous exprimer et expliquer in extenso, pour éviter des raccourcis, qui ne servent qu’à entretenir des polémiques, qui ne font pas avancer ni la discussion ni la recherche du meilleur vin possible dans les deux camps !

Bien cordialement

Iris Rutz-Rudel

PS : Je viens de terminer la vendange à Lisson – victime d’une « force naturel » à quatre pates, qui a décimé mes belles grappes au point que le millésime 2009 va être encore plus anecdotique que le 2006 – rien a voir avec bio ou conventionnel – mais à la longue mortel pour une petite exploitation…


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