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Anthologie permanente : André Pieyre de Mandiargues

Publié le 30 septembre 2009 par Florence Trocmé

 

 

De Jean Follain

Je me suis demandé souvent
Comment le simple langage
Ému à peine au toucher
D’un impalpable doigté
Sur le plus pur clavier
S’enfiévrait d’une ardeur étrange
L’appréhension poétique ?

Quelle crainte était-ce là
Qui glissait sous quelles eaux
Reflet de quelle ambiguïté
Ou quelle soif ou quels désirs
À l’espoir de qui jetés ?

Entre l’encre et le papier
Pourquoi le temps échappait-il
À toute inscription tenace
Si le songe du futur
Suivait les traces du passé
Depuis les siècles à dague
Ou ceux à pointes d’Obsidienne
Jusqu’aux intimités d’hier
Et si la mort incomparable
Filtrait sous l’actualité claire
En formidable stalactite
De sperme solidifié ?

Follain qui se fiait aux chiens
Lui que les chats tant effrayaient
Quel rendez-vous avait-il
Quelle assignation du sang
Au point où tout fut l’échafaud
Place de la Révolution ?


Son fantôme dernier fut-il
La femme au collier de velours ?


André Pieyre de Mandiargues, L’Ivre œil, suivi de Croiseur noir et de Passage de l’Égyptienne, Gallimard, 1979, p. 47-48.


Contribution de Tristan Hordé


André Pieyre de Mandiargues dans Poezibao : biobibliographie, extrait 1, notes sur la poésie

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