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Anthologie permanente : Benjamin Fondane

Par Florence Trocmé

Vient de paraître de Benjamin Fondane (1898-1944) Poèmes d’autrefois, Le Reniement de Pierre aux éditions Le Temps qu’il fait. Livre qui rassemble des poèmes écrits en roumain par le jeune Fondane entre 1917 et 1923. Présentation de ce livre ici.
  
PLUIE
  
Il pleuvait hier au soir sur le toit.
Il pleuvait de la tôle, il pleuvait la pluie,
il pleuvait le moisi, il pleuvait l’automne,
il pleuvait l’automne !
  
Il pleuvait la tristesse, il pleuvait la grisaille, il pleuvait,
il pleuvait du vent dans les cheminées, soupirs et cris,
la pluie tourmentée battait du bec contre le carreau,
battait du bec sur les carreaux comme un oiseau de nuit,
le bec dur de pluie.
  
Les châtaigniers lourds de sanglots, maculés de feuillage,
grinçaient, les châtaigniers sanglotaient et poussaient des cris
sur l’asphalte mouillé de pluie, une pluie d’un autre ciel,
une pluie obscure et âpre – orgues de litanies,
il pleuvait des litanies.
  
Je n’attends que la pluie et personne d’autre à ma porte !
Je n’attends personne à ma porte, que la pluie ; la pluie,
et le grésil jusque dans les yeux de lune, la chouette,
la pluie couleur de cendre et le vent, et la feuille morte –
le vent et la feuille morte –
je n’attends que la pluie et personne d’autre à ma porte.
  
Le passé comme un orage, la femme comme un orage,
pourquoi sont-ils venus sous la pluie, le vent – feuilles mortes,
pourquoi sont-ils venus sous la pluie, passant par ma porte,
par ma porte comme un orage ?
  
Pourquoi le passé est-il la pluie et la pluie le passé ?
Dehors, il pleut, il pleut –
pourquoi sont-ils venus vêtir de nouveau d’âme l’argile ;
d’une âme amère, l’argile,
pourquoi sont-ils venus en automne quand il geint, il pleut ,
  
Il pleuvait du vent, il pleuvait la grisaille, il pleuvait,
et cela grinçait dans la nuit comme une porte ouverte,
comme une porte ouverte par où l’on entre,
par où l’on entre avec la pluie et la cendre –
par une porte ouverte.
  
Le passé comme un orage, la femme comme un orage,
pourquoi sont-ils venus sous la pluie, le vent – feuilles mortes,
pourquoi sont-ils venus sous la pluie, passant par ma porte,
sous la pluie comme un orage ?
  
  Iaşi, X 1917
  
Benjamin Fondane, Poèmes d’autrefois, Le Reniement de Pierre, traduits du roumain par Odile Serre, Le Temps qu’il fait, 2010, pp. 62 et 63.
  
Benjamin Fondane dans Poezibao :
Bio-bibliographie, "Lecture" poésies du cri 1, extrait 1, extrait 2 (Poésies du cri), Benjamin Fondane ou la révolte existentielle, par Olivier Salazar-Ferrer ( présentation), Benjamin fondane et le mal des fantômes, par O. Salazar-Ferrer, extrait 3, Ou l’irrésignation, Benjamin Fondane (livre de Jérôme Thélot)  
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