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Interview : Leopold Skin

Publié le 22 juin 2011 par Fabe33
Interview : Leopold SkinJe l'ai découvert et adoré avec son album I See Mountains dont vous pouvez lire ou relire ma chronique ici. Je vous laisse donc imaginer le plaisir que j'ai de partager son interview avec vous. J'aurais préféré qu'il soit réalisé physiquement comme c'était prévu mais les circonstances en ont voulu autrement. Cela n'a pas empêché Damien de se prêter au jeu :
Qui se cache derrière Leopold Skin ?
Derrière Leopold Skin se cache Damien Fahnauer, moi-même, et je crois pouvoir dire que ces deux personnes sont finalement assez semblables. Même après 6 ans de vie, je n'arrive toujours pas à savoir clairement si Leopold Skin est un nom de groupe ou un pseudonyme, si je suis Leopold Skin dès lors que je rentre sur scène, ou si Leopold Skin n'est pas plutôt une autre partie de moi, un refuge dans lequel je pourrais m'exprimer entièrement ou plutôt un personnage idéalisé. Au final, je crois que c'est un peu tout ça. Leopold Skin, c'est moi, mes amis qui m'entourent et qui font évoluer ma musique continuellement, ma famille, etc...
Peux-tu nous en dire un peu plus sur toi et ton parcours musical ?

J'ai commencé la musique assez jeune en apprenant la clarinette mais j'ai rapidement arrêté car les cours et les méthodes d'apprentissage étaient assez nulles et inadaptées. Mon professeur n'était pas tendre. Je n'ai jamais réussi à comprendre pourquoi l'apprentissage d'un instrument durant l'enfance, doit forcément passer par la rigueur et par le dégoût de l'instrument. Je lui en veux toujours je crois. J'ai commencé la guitare il y a 8 ans maintenant en jouant des chansons de Nada Surf. Les reprises m'ont ennuyé et j'ai senti le besoin d'écrire mes propres chansons, de m'exprimer. Leopold Skin existe depuis 2005 à peu près.
D’où vient ce nom de Leopold Skin ?
Ah! A l'époque, je cherchais un nom pour mon projet. J'ai cherché dans le dictionnaire, rien. J'ai cherché dans les livres, rien. Mon album préféré à l'époque, celui qui a changé ma vie est Blonde On Blonde de Bob Dylan. Il y a une chanson, que je n'aime pas vraiment d'ailleurs, qui s'appelle "Leopard Skin Pill-Box Hat". Leopard Skin faisait trop Brésil, string, plage, Bois de Boulogne etc... J'ai vu un groupe de surf rock allemand Leopold Kraus Wellenkapelle (je ne sais pas si ça s'écrit comme ça) et j'ai bien aimé Leopold. Leopold Skin. Voilà!

Qui t’accompagne sur le disque et sur scène ?
Ma formation change assez constamment, ce qui est, dans un sens, un problème car on n'arrive jamais à devenir très professionnels, mais en même temps, ça me permet de ne jamais m'ennuyer. Je détesterais jouer avec la même formation, jouer les mêmes morceaux tous les soirs. Je trouve qu'on a déjà trop d'habitudes dans sa propre vie et que faire de sa passion une habitude est absolument horrible et triste. J'aime jouer avec mes amis en tout cas, j'aime quand ils proposent leur propre vision du morceau. Je ne pense pas être très dictatorial. Sur I See Mountains, la base est Olivier, mon ancien batteur qui a un très beau projet qui s'appelle Garciaphone. Il y a François-Régis, qui joue un peu de tout, très talentueux qui est aussi le merveilleux compositeur et interprète des chansons de St Augustine. Puis il y a aussi Christophe Adam qui a enregistré le disque. Il a travaillé avec nous sur le premier disque, puis sur le deuxième, a joué la basse, a énormément apporté au son, à l'ambiance. Maintenant, je joue sur scène avec Grégoire, le bassiste des Glums, Clément de Dempster Highway, François-Régis de St Augustine et Zak... de Zak Laughed qui joue du clavier. Malheureusement, je pars à Portland pendant un an et il n'y aura pas beaucoup de concerts sous cette fantastique formation.
Je sais que tu es parti au Canada avant d’enregistrer ton disque, est-ce que cela a été une influence ?

Oui, forcément. Je suis parti pendant un an. J'avais besoin de quitter Clermont. J'aime cette ville et en même temps je la déteste. J'ai l'impression qu'il est dur d'en sortir, qu'on en a envie mais qu'en même temps on est incapable de casser la routine; amis, bars, bières, amis, bars, bières. Partir est donc devenu un vrai fantasme pour moi. Les morceaux de mon premier album & The Blue House Dandelions enregistré juste avant mon voyage, rapportent un peu ce manque d'expérience, cette innocence et le désir de partir. J'ai réalisé mon incapacité à étudier dans cette ville, y vivre pleinement était impossible. Du coup, je suis parti pendant un an grâce à un Visa Vacances Travail et j'ai pu aller à Montréal voir mon ami Emmanuel (El Boy Die), vivre ma vie à Vancouver, dans la forêt au Nord de Vancouver où j'ai dormi dans une cabane dans un arbre en plein milieu de la forêt pendant un mois. Puis j'ai pris le bus à travers le Canada. C'était long mais incroyablement inspirant. Je ne me suis jamais senti aussi libre, aussi bien, aussi ouvert. Je passais mon temps à lire, à marcher, à rencontrer des gens. C'était très beau. Le retour à Clermont était encore plus difficile et j'ai donc décidé de vivre à Lyon pour continuer mes études. Je rentre à Clermont assez régulièrement car ma famille et mes amis y sont encore mais je me sens toujours incapable d'y revivre. Peut-être à 75 ans... En tout cas, sur I See Mountains, il y a 50 % de chansons écrites au Canada et 50% écrites dès mon retour, à Clermont puis à Lyon.
Si tu ne devais citer qu’une seule influence, ce serait qui ?
Il est absolument impossible de répondre à cette question ! Du coup, je pense que je vais créer un personnage imaginaire qui passerait son temps à voyager comme les personnages d'Herman Hesse, à lire de la littérature américaine, à en écrire, à marcher comme Henry David Thoreau ou Gary Snyder, à écouter la musique de Phosphorescent, Palace Bros., Tiny Vipers, Leonard Cohen, à parler aux gens, à boire des bières et du vin, fumer des cigarettes. Je ne peux pas réduire à une seule influence, à part dire « la vie » mais c'est bien trop cliché.
Où puises-tu ton inspiration pour tes textes ?

Mes textes sont vraiment autobiographiques... Ils parlent de moi, de mes peurs, de mes frustrations, de fantasmes, de rêves. C'est vraiment des textes très simples, pas super bien écrits mais je sens que je progresse de plus en plus, que j'arrive à être de plus en plus précis. J'étudie l'anglais et je lis beaucoup de livres en anglais, du coup, je sens que je peux commencer à faire quelque chose avec cette langue. Le choix de l'anglais est naturel. Je crois que le fait d'être français, chantant en anglais est une réaction assez contemporaine qui se traduit de plusieurs façons. La volonté de toucher « le monde » en est une. C'est un peu mégalo et ce n'est pas forcément mon envie première. Je sais que pas mal de groupes écrivent dans une autre langue, soit parce que leurs paroles sont vides et que du coup c'est par pure musicalité, ou parce que certains sont pudiques et qu'il est donc plus facile de chanter des choses que le public ne puisse pas comprendre.
Mon approche est un peu différente. Je crois que je suis en train de vivre une vraie crise identitaire. Je suis français, mais j'étudie l'anglais. Je suis fasciné par la littérature américaine, par la musique américaine. Joseph Conrad était brillant donc il n'est peut-être pas le bon exemple mais il a écrit Heart Of Darkness, dans sa troisième langue, l'anglais. C'est un peu pareil pour Nabokov. Adopter une autre langue pour écrire c'est la possibilité de s'affranchir des codes, de la tradition, de l'écriture systématique et de dépasser tout ça, libéré et sans poids.
J’ai eu l’occasion de chroniquer ton disque et pour définir ta musique j’ai employé le terme de « folk volcanique ». Cela te conviendrait si tu devrais définir ta musique ?
Oui, ça me va très bien ! Il y a l'écriture sincère de la musique folk et la tension, une explosion sous-jacente. J'aime les montagnes et les volcans. Le volcan a une beauté extérieure et une férocité intérieure assez impressionnante.

Ton album semble avoir reçu un bon accueil, est-ce ton ressenti ?

Oui. Je lis les chroniques reçues et je suis souvent assez touché par l'impression que le disque a laissé sur les gens. J'ai eu une chronique dans Noise Mag que j'ai trouvée très très belle, pas parce qu'elle était positive et flatteuse pour moi mais parce qu'elle était très bien écrite et vraie. Après, une fois que le disque est terminé, j'essaie de m'en affranchir le plus possible. Je veux que ce disque ne m'appartienne plus. C'est pour ça que je trouve ça dur de les jouer en live une fois le disque sorti...

J’ai l’impression que le label Kütu Folk est une vraie famille, tu le confirmes ?

Ouais. Le label fête ses 5 ans cette année. Le projet fondateur était 20206, un projet qu'Alexandre (du Delano Orchestra) et moi avons enregistré en hiver. Ça nous a pris quelques nuits et le disque est sorti en 2006 à 50 exemplaires, sur du papier rouge, cousu d'où Kütu. J'ai mis le ¨ sur le mauvais U. Je voulais faire « Koutu re(cords) ». Je reste toujours un peu nostalgique de cette époque, de l'excitation ressentie à ce moment. Maintenant, la structure a évolué. François-Régis et moi-même sommes moins impliqués car il est papa et moi je suis étudiant à Lyon. On continue à effectuer de petites missions mais c'est Alexandre et Bertrand de Pastry Case qui gèrent le label à 100% avec la précieuse aide de Laura. Sans Alexandre, on n'en serait jamais là aujourd'hui du coup nous lui devons tous beaucoup...
Tu as tourné avant sa sortie, tu tournes après bien sûr, j’ai l’impression que tu as fait pas mal de dates pour « I See Mountains », c’est le cas ? C’est important la scène pour ta musique ?
Oui, je considère avoir pas mal tourné quand même !
Je pense que la scène est très importante pour un artiste. Mais en même temps, je trouve ça un peu malsain de s'exposer comme ça et d'essayer de se faire accepter par un public. Bien sûr, cela flatte l' égo que de voir des gens applaudir après une chanson écrite sur la mort de son chien, mais en même temps, il y a un côté vraiment ridicule. Je n'arrive pas trop à expliquer pourquoi. Les grosses scènes me font peur et je ne prends vraiment pas beaucoup de plaisir. Parce que je ne suis du genre à faire taper le public dans ses mains, l'ambiance est souvent froide, on ne voit rien à cause des lumières, il fait chaud, c'est aseptisé. Je crois que c'est pour ça que les concerts où je prends le plus de plaisir sont dans les lieux atypiques, en compagnie de mes amis, et en face de gens qui sont calmes, pas venus pour "se mettre la caisse" mais plutôt pour découvrir. En tout cas, la scène permet de faire évoluer la musique. J'ai tourné avec les morceaux d' "I See Mountains" avant de l'enregistrer et ça m'a vraiment permis de les définir plus clairement, de les appréhender et de les sortir de la boîte qu'est ma chambre.
Quels sont tes plus beaux souvenirs de scène ? Lieu, artiste pour qui tu as joué en première partie ?
J'ai plein de beaux souvenirs de concerts. La meilleure découverte d'un lieu fut Un Brin Folk à Angers. J'y ai joué avec mon ami François-Régis de St Augustine, en duo. On a passé une soirée fantastique à parler de musique, manger du cheese cake. C'est un endroit magnifique qui me donnerait presque l'envie de vivre à Angers. Il y a Nico de Lille qui fait les Adhoc Sessions. Lors de ma tournée avec Evening Hymns, on a joué chez Nico dans sa maison et c'était fou. J'adore Lille... Je ne peux pas vraiment l'expliquer mais je sais que ressens quelque chose de très fort pour cette ville. Sinon, la soirée parfaite était à Sare pour le festival hiver d'Usopop. Le cadre est magnifique, l'équipe est extraordinaire (les gens les plus gentils), il y a des montagnes, des légendes sur les fantômes, un public intelligent, Anari, groupe Basque très très beau, Piano Chat, notre nouvel ami magnifiquement bon, mes amis François-Régis (encore) et Grégoire. Vraiment, la soirée était parfaite et je n'avais plus envie de rentrer. Je les remercie encore mille fois pour cette soirée. C'est rare de rencontrer des gens aussi passionnés, aussi vrais, mais je crois que le milieu indie folk français est quand même très sain finalement. La plus belle première partie, ou du moins celle dont j'étais le plus honoré était Beach House à Rennes et à Clermont. J'adore ce groupe depuis 4 ans, et quand j'ai appris que le groupe, lui-même, avait choisi sa première partie, je n'arrivais pas à y croire. Vraiment, ce fut une très très belle rencontre avec eux.
Ton prochain projet, ce sera avec d’autres membres de Kutu Folk ou tu partiras sur quelque chose de différent ?
Je ne sais pas vraiment. Je pars à Portland l'année prochaine pendant un an pour poursuivre mes études et je crois que ça va être une nouvelle expérience pour moi qui va me permettre d'écrire de nouvelles chansons. Peut-être que je vais m'affirmer encore plus, écrire de plus belles chansons, plus profondes, plus mûres, et peut-être que je vais rajouter encore plus électricité et de tension. J'ai envie de ça. En tout cas, je pense que ça sonnera toujours Leopold Skin...
Merci Damien.
Crédit photo : Jonas Bonnetta

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