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"Daniel Auteuil... Dessine-moi un acteur!" : pour ses 40 ans de carrière, un doc inédit+une carte blanche sur Canal+Cinéma

Par Vierasouto
 
Daniel Auteuil
 Vendredi matin, direction Canal+, côté Issy-les-Moulineaux, pour une rencontre avec Daniel Auteuil. A vrai dire, il s'agit d'abord de découvrir, en sa présence, "Daniel Auteuil... Dessine-moi un acteur!" un docu-portrait (diffusion le 15 mars) sur un comédien comptant plus de quarante ans de carrière mais ayant jusque là toujours refusé l'exercice de se livrer. Daniel Auteuil n'a pas encore vu le film quand il vient le présenter vendredi, gêné d'être le sujet central de 50 minutes dont il craint qu'elle paraissent un peu longuettes à l'auditoire. Le doc s'insère dans Une "carte blanche à Daniel Auteuil" que programme Canal+Cinéma tout au long du mois de mars (chaque jeudi à 20h45) pour laquelle il a choisi avec éclectisme 6 films dont "True grit" des frères Cohen, "Caché" de Haneke, "Nous nous sommes tant aimés" d'Ettore Scola.
Le Daniel Auteuil que j'imaginais (assez vaguement, en fait), plutôt suffisant, content de lui, se sachant star incontournable du cinéma français (dans la lignée de certains acteurs issus du Splendid dont il n'a jamais fait partie, et, à l'époque, il l'a regretté), n'est pas au programme. Le doc donne le ton de l'homme d'aujourd'hui : un fils de saltimbanques qui n'a jamais oublié d'où il vient, un enfant dont toute la famille travaillait dans le spectacle, la plupart, chanteurs d'opéra. Des parents qu'il adorait, un père qu'il admirait, regardait se maquiller avant le spectacle, un maquillage où il puisait le regard adéquat pour le rôle, donc, pour l'enfance traumatique, on repassera. Fils unique, avec une bonne volonté touchante, le petit DA chante à pleins poumons mais il chante faux, s'essaye à la danse mais il est le seul danseur de la classe, il n'y que des filles, ça le complexe. Il insistera après la projection du doc qu'il n'est plus complexé! A 61 ans, il se considère avec humour comme un "jeune réalisateur" plein d'avenir : après "La Fille du puisatier", programmé aussi en mars, il va se mettre à "sa" trilogie Pagnol.
Après la projection du film, Daniel Auteuil s'est montré sympa, disponible, acceptant les photos, les questions sup près du bar, le point presse terminé, souriant, attentif, bien dans sa peau, comme on dit.
Il n'a pas soufflé mot de son film "La Mer à boire" qui sort le 22 février (il était au Grand Journal la veille pour cela), c'était élégant de sa part de nous faire grâce de la promo tous terrains, j'ai apprécié. Une chose m'a frappée dans le doc : Daniel Auteuil dit avoir pris soin d'avoir des rêves réalisables... Est-ce là le secret de sa réussite, de sa longévité?
   
  "Daniel Auteuil... Dessine-moi un acteur!"Daniel Auteuil et Astrid Berges-Frisbey dans "La Fille du puisatier"(2011)  (photo Pathé)Son entretien avec le réalisateur du doc, une seule prise de deux heures, a été ensuite mis en forme sur fonds de dessins naïfs dont celui d'un fauteuil où l'acteur siège assez maladroitement par effet de montage, et, pour ma part, je n'ai pas été emballée par ce mix de l'entretien avec des illustrations même si l'idée de "story-boarder" la vie de Daniel Auteuil était a priori sympa. Pour le reste, le plus intéressant est ce que dit Auteuil de lui-même, comment il se raconte avec pudeur mais sincérité. Passages, lus par Patrice Leconte, de son livre autobiographique "Il a fait l'idiot à la chapelle" (2004), témoignages de réalisateurs le connaissant bien : Nicole Garcia, qui l'a dirigé dans "L'Adversaire", Pierre Salvadori, Olivier Marchal. Pas mal d'extraits de ses films de "Clara et les chics types" à "La Fille du puisatier" en passant par la grande période Sautet ("Quelques jours avec moi", "Un Coeur en hiver") et Téchiné ("Ma Saison préférée", "Les Voleurs"). De Claude Sautet, il a appris à écouter, de Maurice Pialat, avec qui il a failli tourner un film, il a appris à regarder. Des réalisateurs qui ont saisi chez lui, transfuge de la comédie extravertie, sa part "cachée", opaque, et l'ont révélé à lui-même ; il dit que ces rencontres révélatrices d'un autre Daniel Auteuil ont été sa chance. Ensuite, il déclinera...
Le doc a cerné l'ancien fils unique : un faux solitaire à la lisière des groupes qui aurait tant voulu faire partie d'une bande. Tandis qu'il jouait dans des théâtres de boulevard, la troupe du Splendid créait un genre nouveau, il aurait aimé en être bien qu'il convienne que, au final, il ait joué dans leurs films, un par un, comme avec Balasko et Lavanant dans "Les Hommes préfèrent les grosses". L'écrivain Olivier Pourriol, intervenant dans le doc, le qualifie de "maverick"* (franc-tireur), ça lui plait et ça le pique au vif, il le dira lors du point presse, cet homme qui ne le connaît pas personnellement l'a finalement percé à jour mieux que d'autres.
* le terme "maverick" provient de Samuel Augustus Maverick (1803–1870), un éleveur texan à l'esprit indépendant qui refusait de marquer son bétail

Daniel Auteuil et Isabelle Adjani dans "Clara et les chics types" (1980)

Bien que ses parents soient originaires d'Avignon, Daniel Auteuil, né en Algérie (il le dira ensuite), a passé son enfance à Dijon où son père et sa mère, qui se déplaçaient de province en province, avaient posé leurs malles de costumes. Avignon, il y retournera ensuite, fera la connaissance d'un certain Florent qui va promouvoir un cours à Paris qu'il suivra. Enfant, il pousse la chansonnette, l'opérette, mais il n'a pas le don. En revanche, l'expérience de la scène lui fait découvrir qu'il s'y sent en sécurité, d'ailleurs, longtemps il a été p
lus léger en jouant que dans la vie, "compliquée". Les cours de théâtre vont lui apprendre à se débarrasser du "regard paralysant des autres" car, pour lui, il faut un minimum de technique pour faire l'acteur. Anecdote, il postule, enfant, au casting de "Fortunat", un drame (très beau film) avec Bourvil et Michèle Morgan, il n'obtiendra pas le rôle mais il fera l'apprentissage de l'attente chronique de l'acteur en attendant la réponse du réalisateur, cette lettre tardant à arriver...

Daniel Auteuil et Sandrine Bonnaire dans "Quelques jours avec moi" (1988)
Ses point forts, DA les connaît, un physique passe-partout auquel tous les spectateurs peuvent s'identifier, une capacité à "incarner", à faire passer à l'écran le personnage avant le comédien célèbre puisqu'il n'est pas une star objet de fantasmes. Il préfère qu'un réalisateur lui montre ce qu'il doit faire, "avec lui, pas besoin de psychologiser" dit Nicole Garcia. On dit qu'il ne travaille pas mais il démentira ensuite : il travaille beaucoup en amont mais sur le plateau, il arrive avec un rôle préparé, "clé en main", ne cherchant pas de l'aide, des explications, auprès des réalisateurs. Sur le succès, c'est plus ambigu, dans le doc, il déclare qu'il aurait fait n'importe quoi pour avoir du succès, ensuite, lors du point presse, il déclare qu'il adore se voir sur un écran! Je crois qu'il a ce mélange de pudeur, de réserve et d'exhibitionnismede l'acteur, comme si en s'exhibant, on dissimulait l'intime... une sorte de paradoxe du comédien avec montrer ce qu'on veut cacher. Aujourd'hui, Daniel Auteuil semble un homme heureux, trouvant la vie trop courte, et c'est naturellement qu'il s'est tourné vers la réalisation : il va bientôt entamer le tournage des deux premiers volets de la trilogie Marseillaise "Marius, Fanny, César".
Daniel Auteuil, Stéphane Charbit (réalisateur), Manuel Alduy (directeur du cinéma Canal+)

Daniel Auteuil
    
 


 Diffusion : 
CARTE BLANCHE A DANIEL AUTEUIL
Canal+Cinéma
du 1er au 29 mars 2012
tous les jeudis à 20h45 dans "Un Ticket pour deux"
1er mars
"Caché" de Michael Haneke
8 mars
"Somewhere" de Sofia Coppola
15 mars
SOIREE SPECIALE
"La Fille du puisatier" de Daniel Auteuil (20h45)
"Daniel Auteuil... Dessine-moi un acteur!" (doc) 23h25)
22 mars
"True grit" des frères Coen
29 mars
"La Vie des autres" de Florian Henckel Von Donnersmarck

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