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Les vignerons géorgiens sont-ils des sorciers ?

Par Eric Bernardin

saperavi

La réponse est peut-être. Voire sûrement. Car j'ai vraiment du mal comprendre comment il est possible d'obtenir le vin que j'ai bu ce soir avec les méthodes "archaïques" utilisées (amphore enterrée fermée hérmétiquement durant plusieurs mois) et un cépage teinturier qui ne serait bon qu'à faire un vin de table en France, le Saperavi.

Bon, il a fallu du temps pour qu'il se révèle. Je ne parle pas des 3 ans qu'il a passés en bouteille, même s'ils doivent avoir leur importance. Mais des trois jours d'ouverture et d'aération progressive que je lui ai fait subir. Au départ, je n'étais pas plus convaincu que ça. Le nez était assez revêche, et la bouche ne valait guère mieux ("on attend", me suis-je dit). Le jour suivant, c'est déjà mieux, mais pas encore d'une grande expressivité ("on attend", me suis-je redit).

Et puis là, la claque, alors que je ne m'y attendais pas. Je n'arrive pas à croire ce que je sens : un nez vif et frais sur le cassis et le cigare, avec une touche d'âtre de cheminée, m'emmenant sur la rive gauche bordelaise, entre Pessac Léognan et Médoc. Une bouche de grande ampleur, avec une matière dense et mûre, sans faiblesse, avec une fraîcheur incroyable qui tonifie et étire le vin jusqu'à une finale expressive, savoureuse et longue sur ces notes de cassis et de cendres légèrement fumées. J'ai l'impression de boire un grand Bordeaux dans un beau millésime, dans cette période "early matured" que j'apprécie tant. Il y a une classe incroyable, une rectitude que seul le Cabernet Sauvignon peut apporter (et le Sangiovese dans certains grands Toscans). J'avoue m'être re-servi à plusieurs reprises en me pinçant entre chaque gorgée pour être sur que je ne rêvais pas. Et à chaque fois, un miracle renouvelé, peut-être encore plus intense. Magique. J'ai réussi à me garder un fond de verre pour le lendemain pour voir s'il pouvait encore s'améliorer.

Le lendemain, donc, je me verse les 7 derniers centilitres de la bouteille. Le nez est toujours très pauillacais, encore plus complexe, et sans une trace d'oxydation. Par contre, la bouche a perdu un peu de son unité, faisant plus brouillonne. Mais il y a tout de même de beaux restes, notamment cette fraîcheur très "italienne" (oui, même si l'Italie est au sud de la France, ses vins sont souvent plus frais que les vins français, avec même parfois une acidité qui pourrait rebuter moultes de nos compatriotes). À la dernière gorgée, je constate que le vin est "brut de cuve" : il y a à boire et à manger (mais pourquoi cette expression me rappelle quelque chose ?...).

Reste l'accord culinaire avec ce vin. Sans doute aucun, une belle côte de boeuf cuite sur des sarments. C'est comme cela que j'ai pu apprécier au mieux des grands Bordeaux comme Léoville Las Cases 1986. Ca devrait donc le faire avec ce vin géorgien.

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