Magazine Le vin

"Enquête sur les grandes et petites arnaques du business vinicole"

Publié le 27 mai 2013 par Mauss

Ce reportage sur France 5 hier soir a abordé bien des sujets ± d'actualité.

Un point préliminaire : pour les lecteurs réguliers de blogs, forum, sites internet, il n'y avait vraiment rien de neuf, rien d'inconnu dans les 9 sujets traités. Manifestement, ce reportage s'adressait au "grand public", notamment celui qui est acheteur épisodique de vins, et en grandes distributions (la fameuse GD).

La conclusion : plus que jamais on se doit de recommander à tout un chacun l'importance de se renseigner avant achats sérieux, et cela, dans tous les domaines, tant les arnaques semblent pulluler un peu partout. 

Et de répéter qu'un outil de base existe annuellement : le GUIDE annuel, qu'il soit d'Hachette ou de B+D : publicité hélas non rétribuée :-)

Premier sujet : attribution de médailles

L'abondance de manifestations attribuant des médailles est inversement proportionnelle à leurs qualités intrinsèques. Même celles de Mâcon ou du Salon de l'Agriculture sont entachées de médiocrité et de marketing obligeant les jurés à attribuer des médailles d'or à des crus ne suscitant aucun enthousiasme même primaire !

En fait, le point essentiel à retenir : les bons vins, ceux qui se vendent, qui ont une clientèle, n'ont pas besoin de ces médailles. Peut-être ceux qui sont produits en volume majeur (>200.000 bouteilles) … et encore !

Conclusion : une médaille sur une bouteille, pour l'amateur sérieux, n'est en aucun cas un signe de qualité. CQFD.

Lire aussi l'article de David Cobbold sur le blog des 5 (<- de 18 ans) : ICI

Deuxième sujet : diverses étiquettes pour le même vin

On sait ici qu'un producteur, afin par exemple de ne pas froisser ses clients cavistes, met une autre étiquette sur le même vin qui sera vendu en GD. Ce doit être légal car c'est très répandu. Mais vue la politique de prix de la GD face aux cavistes, c'est quand même l'amateur qui est puni quelque part en payant éventuellement plus cher le même vin, s'il l'achète chez le caviste (quoique là, il a un service de conseil et surtout la possibilité de déguster le vin pour se faire une idée personnelle).

Troisième sujet : les guides payants du style Gilbert & Gaillard

On ne va pas être méchant, mais personne ne croit une seule seconde qu'un support papier n'est pas sensible, dans l'attribution de ses notes ou médailles, aux producteurs qui investissent en publicité sur leur support. On ne vas pas dire que c'est systématique, mais ce schéma de financement sera toujours marqué par un doute sérieux.

Quant au fait que Gilbert & Gaillard font payer les vignerons qui veulent être cités dans leur guide, au moins c'est franc : ils le disent. Et forcément, on ne voit pas de descentes en flèche de tel ou tel : ce serait se tirer une balle dans le pied. Mais surtout, ne pas oublier tous les crus non cités… simplement parce qu'ils n'ont pas voulu payer. Bref, c'est un guide réservé aux souffreteux ou inconscients du secteur. On oublie.

Bien sûr, d'autres guides aussi cherchent des financements dans le monde de la vigne. Le Figaro, B+D, GaultMillau, Espresso, RVF, Falstaff et tant d'autres ne vivent que grâce aussi aux financements publicitaires (ou salons de promotion). 

Pour l'avoir écrit sur ce blog à plusieurs reprises, notre souhait reste le développement d'outils de communication financés par les lecteurs, comme le WA de Parker ou le nouveau site d'Antonio Galloni. Au moins, c'est un peu plus clair… sans que ce soit parfait, bien sûr (c'est là que je devrai rajouter l'impératif des dégustations à l'aveugle, mais bon : je me retiens !).

Par ailleurs je reste très étonné que ce guide G&G a le droit d'attribuer de vendre des médailles servant à une douteuse promotion du vin alors même que la DG de la Répression des Fraudes (une dame très sympathique au demeurant) avait strictement interdit au GJE de permettre à des crus sortis en tête de nos dégustations, de le signaler par le logo du GJE, offert gratuitement, lui ! La loi a t'elle changé ?

Quatrième sujet : sites de vente avec 1855.com

Cela commence quand même à être connu, b… de b… !! Lire nos papiers précédents. Mais c'est bien qu'une telle émission, à une heure de grande écoute, en parle clairement. On se répète : n'achetez en primeurs qu'auprès de maisons ultra connues pour leur sérieux ou celles vous proposant un contrat d'assurances de bonne fin.

Lire aussi à profit le dernier papier de Nicolas de Rouyn : ICI

Cinquième sujet : fraude aux AOC

Bon, là aussi, on lit régulièrement des histoires de grosses boîtes se "trompant" sur des étiquettes et mettant une étiquette de "premier cru" ou "grand cru" sur un simple "villages". C'est comme le Dahu : cela revient régulièrement… mais dans des entités pas vraiment glorieuses. Bref, on ne risque pas de voir de telles histoires chez Bouchard, Jadot ou Faiveley.

Sixième sujet : Chasseuil

En décembre 2008, j'avais déjà écrit un papier sur ce Monsieur : ICI.  Je ne change pas une seule virgule, l'assumant toujours in extenso quand bien même certains membres du GJE m'ont morigéné d'avoir été aussi sévère.

Bref : ce que cet homme a construit pour sa propre gloire ne m'intéresse nullement. Je préfère mille fois un François Audouze qui n'a rien à lui envier mais qui lui, boit ses vins et les partage. C'est définitif.

Septième sujet : Laurent Ponsot et son Clos de la Roche

Ce qu'il faut creuser sur cette histoire des faux Clos de la Roche du domaine, qui, tout simplement, n'en produit qu'à partir de la décennie 80, c'est que le (les) faussaires travaillaient à une échelle quasi industrielle. Alors où ? En France ? En Asie ? aux USA ?

En tout cas, c'est grâce à la réactivité de Laurent Ponsot que les trafics des faux sont devenus un objet sérieux d'enquête au FBI.Le procès devrait apporter quelques surprises…

A rapprocher du sujet suivant :

Huitième sujet : Rudi

Je l'ai rencontré à Las Vegas lors d'une dégustation où autour de jeunes filles peu farouches, il avait une générosité du coude particulièrement remarquable. On susurrait alors que sa fortune venait d'un milliardaire indonésien qui l'avait pris sous sa protection. Attendons le procès de juillet qui offrira - n'en doutons pas - son lot de surprises.

Rudi Kurniawan

Dernière minute : je lis sur le site de Parker, où cette histoire est régulièrement commentée, que les avocats de Rudi ont réussi à reporter le procès en septembre… avec le but non avoué de rendre pratiquement impossible la venue comme témoins de Messieurs Ponsot et Aubert de Villaine (entre autres) pour lesquels, naturellement, les vendanges sont prioritaires. On parle alors de témoignages par vidéo : c'est plus délicat, moins fort et plus compliqué. Bref : à suivre !

Neuvième sujet : faux pinot noir du Languedoc

Encore une histoire de faux, là sur le cépage annoncé et non livré, et ce, par une grosse boîte du Languedoc, pour un total de plusieurs millions de bouteilles sur "x" années. J'ai toujours du mal à comprendre de telles fraudes, tant avec l'internet, il est si facile pour un employé qu'on voudrait licencier de dire un peu ce qui se passe dans la société qui l'aurait mal traité. Bref, le risque en vaut-il la chandelle ?

Conclusion

D'abord, félicitations pour ce reportage de belle qualité qui n'a pas eu trop peur d'appeler un chat un chat. Un peu dommage qu'il n'a pas cité suffisamment ceux qui travaillent honnêtement dans la communication du vin. On laisse trop le spectateur croire que tout est pourri.

Ensuite, (on boucle le cercle) que ceux qui veulent acheter intelligemment n'oublient pas qu'il y a des guides, des sites, des forums, des blogs honnêtes et surtout que l'essentiel est d'essayer, autant que faire se peut, de déguster les vins, de voir alors quel palais professionnel on peut prendre en référence. Il y a d'excellents cavistes proposant ce service, comme des clubs de dégustation qui sont, en ce domaine, un outil particulièrement convivial !


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