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Les honoraires en roue libre

Publié le 17 juin 2008 par Guy Deridet
MĂŠdecine. Un collectif d'associations de malades met Ă  jour l'explosion des dĂŠpassements. Les honoraires en roue libre C'est le point le plus noir de la médecine libérale en France : les dépassements d'honoraires. Il y en a partout, de plus en plus. Et ils frappent en priorité les plus démunis, ceux qui n'ont pas de «bonnes mutuelles». Roselyne Bachelot a déclaré, hier au micro de RMC, «son intention de fixer à 80 euros le montant minimum obligeant un médecin à informer préalablement par écrit son patient en cas de dépassement d'honoraires au-delà des tarifs remboursables».

«80 euros ! Comme si c'était cela le problème», lâche, exaspéré, le Collectif interassociatif sur la santé (CISS) et son président (lire ci-dessous) qui vient de rendre publique une enquete passionnante sur l'état des lieux de ces dépassements en France. L'année dernière, déjà , l'Igas (Inspection générale des affaires sociales) avait tiré la sonnette d'alarme en montrant que les dépassements d'honoraires ont fortement augmenté dans les dix dernières années, représentant aujourd'hui 2 milliards d'euros sur les 19 milliards d'honoraires perçus au total par les médecins. Et l'Igas ajoutait : «Cela pose un grave problème d'accès aux soins.» Inventaire. L'enquete du CISS est complémentaire, car elle met en exergue la timidité extreme des caisses primaires d'assurance maladie (CPAM) devant ce phénomène alors qu'elles ont tous les moyens pour réagir. En avril dernier, le CISS a écrit aux 82 CPAM pour avoir leurs données sur les dépassements.

Problème : seuls 22 CPAM ont répondu et 9 ont pu fournir des données exploitables. Le résultat est néanmoins ahurissant. On dirait un inventaire à la Prévert des manquements à la légalité conventionnelle. Rappelons que dans la médecine conventionnée, il y a deux secteurs : le secteur 1, où les dépassements sont normalement interdits ; et le secteur 2, où le médecin peut demander un dépassement. Que voit-on dans l'étude du CISS ? D'abord, une énorme surprise : pour les médecins (généralistes et spécialistes) du secteur 1, on dépasse à tour de bras alors que cela est formellement interdit. En Saone-et-Loire, la CPAM note que «71,5 % des dépassements pratiqués par les médecins du secteur 1 ne sont pas autorisés». A Belfort, deux spécialistes en secteur 1 font des dépassements dont le montant est le double du tarif légal. A Longwy (Meurthe-et-Moselle), «les dermatologues totalisent, chacun, près de 8 400 euros de dépassements en 2007. Et dans cette meme ville, les rhumatologues pratiquent en moyenne près de 5 000 euros de dépassements». En Corrèze, «au cours du premier trimestre 2008, 2 338 actes réalisés par les généralistes ont déjà fait d'objet d'un dépassement sans motif». Dans la Drome, 96 % des généralistes facturent des dépassements d'honoraires non autorisés : «Les dermatologues, les gynécologues, les gastroentérologues, les ORL et les pneumologues ont tous cette pratique, interdite faut-il le rappeler… Et ces dépassements sont élevés, supérieurs à 30 euros pour les cardiologues et les neurologues.»

Et la liste continue. Dans la Meuse, pour les visites à domicile, le nombre de généralistes pratiquant des dépassements est passé de 26 en 2004 à 98 en 2006. Le secteur 2 maintenant. On savait la dérive généralisée, mais manifestement, cela s'amplifie. Dans le Gard, un neuropsychiatre demande un dépassement par acte technique de 325 euros. A Pau, le dépassement moyen est de 42 euros pour les ORL, de 99 pour les gynécos et de 130 euros pour les urologues. En Corrèze, tout s'envole : plus de 100 euros de dépassement par acte pour les ophtalmos, plus de 140 pour les cardiologues et cela va jusqu'à 400 euros pour les stomatologues. Quant aux chirurgiens, le dépassement est devenu la règle.

Toujours dans le Gard, aucun chirurgien n'exerce en secteur 1 ; en Haute-Vienne, le montant moyen du dépassement est de 106 euros pour les actes techniques. Ces chiffres peuvent paraitre anecdotiques ou éclatées. Il n'en est rien. Meme le très diplomate directeur de l'Union nationale de l'Assurance maladie (Uncam), Frédéric van Roekeghem, l'a reconnu : «Le taux de dépassement des spécialistes du secteur 2, qui était de 2 % en 1985, est aujourd'hui à plus de 50 %.» Moyens.

Telle est donc la situation aujourd'hui. Les CPAM ont pourtant à leur disposition tous les moyens - de l'avertissement au blâme, jusqu'à la mise hors convention du médecin fautif - pour réagir. Elles ne le font pas. Le directeur de l'Uncam vient d'etre mandaté «pour assurer une meilleure régulation des dépassements d'honoraires». Mais qui peut le croire, tant la situation est gangrenée ?

NDLR


Juste une question : pourquoi les Caisses Primaires ne font elles pas respecter la loi ? Que les médecins effectuent des dépassements d'honoraires on peut le comprendre, sinon l'admettre, mais qu'ils bénéficient des avantages du secteur 1, en se conduisant comme en secteur 2, cela s'appelle vouloir le beurre et l'argent du beurre. Et c'est inadmisiblble.

Quand au comportement des Caisses, intransigeantes avec les particuliers et plus que tolérantes avec les médecins, on croit rêver !

Elle est belle la France de Sarkozy !

Source : Libemobile du 17/06/08
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