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(Anthologie permanente) Salvatore Quasimodo, "La Lyre grecque"

Par Florence Trocmé

Salvatore Quasimodo  La Lyre grecqueLes éditions Vagabonde publient La Lyre grecque de Salvatore Quasimodo (1901-1968), dans une traduction (de l’italien) de Patrick Reumaux.
« Redonner à des textes antiques valeur de voix poétique tel fut le défi que se lança Salvatore Quasimodo. Tenter d'approcher de façon vraisemblable le « chant » qu'ils véhiculent, la « cadence interne de la parole érigée en vers » créatrice de sens. Si cette approche déconcerta nombre de ses contemporains (ils finirent par céder devant tant d'éclat), aujourd'hui encore on peut ressentir le souffle constant qui anime ces pages lumineuses. » (Quatrième de couverture)
Alcée de Lesbos

La conchiglia marina
O conchiglia marina, figlia
della pietra e del mare biancheggiante,
tu meravigli la mente dei fanciulli.
La conque marine
Ô conque marine, fille
de la pierre et de la mer blanchissante,
tu émerveilles l'esprit des jeunes gens.
Già sulle rive dello Xanto
Già sulle rive dello Xanto ritornano i cavalli,
gli uccelli di palude scendono dal cielo,
dalle cime dei monti
si libera azzurra fredda l'acqua e la vite
fiorisce e la verde canna spunta.
Già nelle valli risuonano
canti di primavera.
Déjà sur les rives du Xanthe
Déjà sur les rives du Xanthe reviennent les cavaliers,
les oiseaux des marais descendent du ciel,
de la cime des monts
coule une eau fraîche comme l'azur et la vigne
est en fleur et poussent les roseaux verts.
Déjà dans les vallées résonnent
les chants du printemps.
Anacréon de Téos

Timore dell'Ade
Biancheggiano già le mie tempie
e calvo è il capo;
la cara giovinezza non è più,
e devastati sono i denti.
Della dolce vita ormai
mi resta breve tempo.
E spesso mi lamento
per timore dell'Ade.
Tremendo è l'abisso di Acheronte
e inesorabile la sua discesa:
perché chi vi precipita
è legge che più non risalga.
Peur de l'Hadès
Blanchissent déjà mes tempes
et chauve est mon crâne ;
l'aimable jeunesse n'est plus
et les dents sont des ruines.
De la douce vie désormais
peu de temps me reste.
Et souvent je me lamente
par peur de l'Hadès.
À frémir est l'abîme de l'Achéron,
inexorable, la pente:
quand on y est précipité
on ne remonte pas, c'est la loi.
Alcman de Sardes

Dormono le cime dei monti
Dormono le cime dei monti
e le vallate intorno,
i declivi e i burroni;
dormono i rettili, quanti nella specie
la nera terra alleva,
le fiere di selva, le varie forme di api,
i mostri nel fondo cupo del mare;
dormono le generazioni
degli uccelli dalle lunghe ali.
Dorment les cimes des monts
Dorment les cimes des monts
et tout autour vallées,
pentes et ravins ;
dorment les reptiles, ceux dont l'espèce
prospère dans la terre noire,
les fauves des forêts, diverses abeilles ;
dorment les générations
des oiseaux aux longues ailes.
Mimnerme de Colophon

Al modo delle foglie
Al modo delle foglie che nel tempo
fiorito della primavera nascono
e ai raggi del sole rapide crescono,
noi simili a quelle per un attimo
abbiamo diletto del flore dell'età
ignorando il bene e il male per dono dei Celesti.
Ma le nere dee ci stanno sempre a fianco,
l'una con il segno della grave vecchiaia
e l'altra della morte. Fulmineo
precipita il frutto di giovinezza,
come la luce d'un giorno sulla terra.
E quando il suo tempo è dileguato
è meglio la morte che la vita.
Semblables un instant aux feuilles
Semblables un instant aux feuilles qui naissent
avec les floraisons du printemps
et croissent rapidement sous les rayons du soleil,
nous profitons de la fleur de l'âge,
ignorant que le bien et le mal
sont un don des dieux.
Mais les noires déesses vont toujours rôdant,
l'une avec le signe de la lourde vieillesse,
l'autre avec celui de la mort. À la vitesse de l'éclair
passe le fruit de la jeunesse,
comme la lumière d'un jour sur la terre.
Une fois évanoui ce temps,
mieux vaut la mort que la vie.
Salvatore Quasimodo, La Lyre grecque, traduction de l’italien et postface de Patrick Reumaux, préface de Salvatore Quasimodo, édition bilingue, éditions Vagabonde, 2018, 216 p, 21,50 €, pp. 58/59, 76/77, 96, 132/133
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