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(Note de lecture), Laure Gauthier, je neige (entre les mots de villon), par Isabelle Alentour

Par Florence Trocmé

Je_neige_1ere_de_couverture_0Pour faire entendre une voix - pour rendre compte d’une œuvre, il y a me semble-t-il deux manières de procéder :
La première est de chercher à l’expliquer en la commentant, en produisant des discours additionnels qui remplissent les blancs et colmatent les béances à l’infini.
Un peu comme la peinture procède par rajouts.
Le risque étant de recouvrir cette voix par ses propres discours et ses propres complaisances, de l’étouffer, de l’ensevelir, de la trop com-prendre.
La seconde, qui est celle que nous propose Laure Gauthier pour évoquer (la vie et) l’œuvre de François Villon, s’apparente plus aux procédés propres à la sculpture, qui au contraire dégagent, déblayent des couches de matière, jusqu’à ce que se libère la forme, le mouvement.
Les mots de Laure Gauthier - leur mise en espace, sont ceux du souffle, du vent, de l’éphémère des flocons de neige, ce « froid presque silence ». Ils n’ensevelissent pas mais au contraire dévoilent ce qui parle en se faufilant entre les mots, et qui sourd, pulse, jaillit, rit, illumine, se révolte pour enfin exister en soi et par soi : « … alors avoir accepté d’être dans le murmure, murmurer ce que l’on n’a pas et être ce que l’on dit. »
Par sa propre écriture (poétique dans une première partie, plus théorique dans une seconde) et dans son évocation de Villon, la poète offre à entendre de ce que peut être une écriture dans son émergence, « cet impossible renoncement entre le son et la lettre », sans rien figer et sans jamais chercher à recouvrir ce qu’elle peut contenir d’incertain, de sorties de route, d’exils, d’abandons, et même d’inachevés.
« Je neige (entre les mots de villon) » de Laure Gauthier paru aux Editions Lanskine parle certes de la poésie de François Villon, mais au-delà, je l’ai lu aussi comme une invite à « désensevelir la voix qui parle en nous » et à prendre le risque de « jouer le mouvement de la vie en un verbe ».
Isabelle Alentour

Laure Gauthier, je neige (entre les mots de villon), éditions Lanskine, 2018, 72 p., 13€.
On peut lire des extraits de ce livre, en cliquant sur ce lien


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