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Sarkozy de Tbilissi à Kaboul

Publié le 19 août 2008 par Danielriot - Www.relatio-Europe.com
Mardi, 19 Août 2008 15:59

Dix soldats français de l'Otan tués dans une embuscade en Afghanistan 

Sarkozy de Tbilissi à Kaboul
Mourir pour Kaboul ?

Par Daniel RIOT

Mourir pour Kaboul ? Dix de nos soldats, tués sous la bannière de l'OTAN, ne se posent plus la question. Et les 21 blessés recensés dans le même « accrochage » se la posent avec gravité. Comme leurs compagnons d'armes.. La mondialisation dont on  parle tant à tort et à travers est aussi, d'abord peut-être, la mondialisation des risques. Et de l'insécurité. Par une implosion des repères espace-temps. La « sécurité des Européens » dont Sarkozy parlait  juste titre dans sa tribune du Figaro à propos de Tbilissi se joue davantage hors de l'espace européen que sur le sol du « vieux » continent. C'est un fait. Confirmé.

D'où l'importance, sous-estimée dans notre « escargotisme » hexagonal, de ce que l'on appelle la « politique étrangère ». D'où l'impérative nécessite de doter l'Europe de  ce qui lui manque le plus : un corps et un esprit authentiquement politique, avec une vraie diplomatie commune et un véritable défense commune. D'où surtout l'impératif démocratique de  renouer avec de vrais débats, parlementaires et autres, sur les lignes géopolitiques et géostratégique à définir ou non.

Paradoxe français: dans la Suisse « neutre », les « questions internationales » occupent plus de place dans les médias que dans notre France « porteuse de messages universels »

Paradoxe européen : les promesses gâchées en 1954 et affichée dans le traité de Maastricht restent encore à honorer. Ce qui est « extérieur »n'est pas « étranger »

Telle est bien sûr la première leçon à tirer de l'embuscade meurtrière d'hier. Soyons plus attentifs aux évolutions du monde.

Sarkozy de Tbilissi à Kaboul

Ces dix corps  nous rappellent aussi, bien sûr, que la guerre n'est jamais « fraîche et joyeuse » et qu'il n'existe aucune mission de paix sans face à face avec la mort. C'est vrai pour les soldats, comme pour les volontaires des actions humanitaires (quatre ont été tués dans une embuscade aussi,  mardi dernier)

Le chef de l'Etat, en France, (on l'oublie trop pendant les campagnes présidentielles), est d'abord le chef suprême de notre diplomatie et de nos forces armées. Des forces qui sont appelées à se déployer de plus en plus à « l'étranger » pour assurer la protection de nos ressortissants et de nos intérêts et pour participer à ces missions de médiations qu la France et l'Europe assument pour tenter de rester fidèles aux valeurs proclamés

L'actualité qui n'a d'estivale que la saison, le confirme trop. Sarkozy qui n'a pas fini de jouer les pompiers dans le Caucase est condamné à endosser les habits des pompes funèbres en Afghanistan. Il sera dès ce soir à Kaboul.

Pendant la campagne, il avait dit que la France n'avait pas vocation à maintenir indéfiniment des troupes dans ce pays qui a vu l'Armée rouge être tenue en échec. Depuis, il s'est  ravisé. A-t-il eu tort ou raison ? Le débat trop escamoté va être relancé. Avec des clivages qui dépassent les lignes politiciennes Car la réponse n'a rien d'évident.

Comme n'a rien d'évidente la réponse à une autre question qui est plus évoquée que posée jusqu'à présent : la guerre d'Afghanistan assumée par l'OTAN est-elle bien menée ?

Les talibans connaissent bien les « Occidentaux » : « l'Occident » les a soutenus et armés au nom du principe si pervers : « les ennemis de nos ennemis sont nos amis ». Rarement vrai. Jamais durable.Toujours dangereux.

Nous devrions aussi bien les connaître. Savoir à quel point ils s'appuient sur une tradition guerrière qui n'a rien de légendaire (relire les cavaliers de Kessel !), sur un clanisme qui facilite la guerre « souterraine », sur une foi de « fous de Dieu » qui « renverse les montagnes ». Et sur des « entraînements » bien « encadrés » et très adaptés aux tactiques appliquées.

Là comme ailleurs, les services de renseignements de l'OTAN (donc des USA) pêchent par excès de confiance dans le virtuel, le technocratique et l'observation « technologique »...Peut-être parce que l'espionnage efficace nécessite une curiosité authentiquement culturelle...

Là plus qu'ailleurs, en raison du relief et des paysages, le rapport des forces est plus qualitatif que quantitatif. Les Soviétiques en avaient l'amère expérience dans ce qui reste un carrefour stratégique au cœur de l'Asie?

Un fait est là : il y a  pour le moins enlisement.... « L'Afghanistan s'enfonce dans la guerre », notent plusieurs rapports  en décrivant l multiplication des actions de harcèlement, les attaques surprises, les attentats, les échanges de tirs. Dans plusieurs  régions: Coïncidence ? La situation s'est aggravée depuis que le Pakistan (en pleine crise politique) a engagé un processus de paix avec les groupes insurgés talibans sur son territoire...

Face à une telle évolution, le secrétaire à la défense américain, Robert Gates, a décidé, le 7 août dernier, de soutenir le projet du gouvernement afghan de doubler les effectifs de son armée d'ici à cinq ans, pour un coût de 20 milliards de dollars. Mais cela veut dire que la présence de l'OTAN va rester indispensable pour limiter les dégâts des insurgés, des talibans et des commandos d'Al-Qaïda

Sarkozy de Tbilissi à Kaboul

Ces troupes depuis 2002 ont des missions extrêmement diverses. Toutes sont risquées. Sécurité du transport de l'argent des fonctionnaires afghans, contrôles des routes, surveillances des chantiers, recherches d'insurgés, la protection des convois et des cibles potentielles...

Sans parler de ce qu'elles ne peuvent pas faire : la lutte contre les narco trafiquants dans ce pays qui est (de loin) le premier producteur d'opium de la planète et la recherche (vaine) des caches hypothétiques de quelques têtes de réseaux de la nébuleuse Al Qaïda...

« Mourir pour Kaboul ? » n'est sans doute pas la bonne question...Les soldats français de l'OTAN sont morts pour NOTRE sécurité. L'Europe n'est plus le « Centre » de la planète, mais rien de ce qui se passe sur ce globe ne nous est étranger. Raison de plus pour que l'Europe, riche des leçons de son passé, ne soit plus seulement un « espace » mais s'affirme comme puissance. Non pour nourrir quelques ambitions de domination (elle a trop donné et surtout trop payé) mais pour exercer un pouvoir d'influences sur le cours des événements dont elle subit directement et indirectement les contre coups.

Ce n'est pas l'Histoire qui va trop vite. C'est nous qui allons trop lentement.

Daniel RIOT

REPERES

3.000 Français engagés en Afghanistan

Ces pertes sont les premières depuis le renforcement de la présence militaire française en Afghanistan, annoncée par Nicolas Sarkozy lors du sommet de l'Otan à Bucarest en avril.

Environ 3.000 militaires français sont actuellement engagés dans le pays, au sein de l'Isaf, principalement à Kaboul et dans la province de Kapisa, au nord-est de la capitale. A Kaboul, l'ossature de la présence française est constituée par le Régiment de marche du Tchad, basé à Noyon (Oise, nord de la France). Le 5 août, la France a pris le commandement de la région "capitale", assuré à tour de rôle par la France, l'Italie et la Turquie, qui disposent chacun d'un bataillon déployé à Kaboul et dans sa région proche.

Les violences redoublent d'intensité

Depuis fin 2001 et sans compter les morts de lundi et mardi, quatorze militaires français sont morts en Afghanistan dans des accidents, opérations ou attentats. Le dernier en date avait péri le 21 septembre 2007, dans un attentat suicide à la voiture piégée à Kaboul.

Depuis le début de l'année, quelque 176 soldats étrangers sont morts en Afghanistan depuis le début de l'année, la plupart d'entre eux victimes de bombes improvisées.

Depuis qu'ils ont été chassés du pouvoir fin 2001 par une coalition internationale emmenée par les Etats-Unis, les talibans ont lancé une insurrection meurtrière.

Malgré la présence de 70.000 soldats de deux forces multinationales, l'une de l'Otan, l'autre sous commandement américain (Operation Enduring Freedom), les violences ont redoublé d'intensité depuis près de deux ans.

L'OTAN en Afghanistan

L'OTAN est un élément essentiel de l'engagement de la communauté internationale en Afghanistan où elle aide les autorités afghanes à instaurer la sécurité et la stabilité pour ouvrir la voie à la reconstruction et à une gestion efficace des affaires.

« Cette tâche est l'une des plus délicates que l'OTAN ait jamais eu à entreprendre, mais c'est une contribution essentielle à la sécurité internationale » - Jaap de Hoop Scheffer, Secrétaire général de l'OTAN.

L'Alliance a pour objectif de contribuer à créer les conditions qui permettront à l'Afghanistan - après des décennies de conflit, de destruction et de pauvreté - de disposer d'un gouvernement représentatif et de jouir d'un climat durable de paix et de stabilité.

L'OTAN joue un rôle clé dans le Pacte pour l'Afghanistan - plan quinquennal conclu entre le gouvernement afghan et la communauté internationale - qui fixe des objectifs relatifs à la sécurité, à la gouvernance et au développement économique du pays.

L'OTAN est engagée sur trois fronts :

   * Elle dirige, sous mandat de l'ONU, la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS), force internationale de quelque 52700 soldats qui aide les autorités afghanes à exercer et à étendre leur pouvoir et leur influence sur l'ensemble du pays afin de créer les conditions propices à la stabilisation et à la reconstruction.

   * Un haut représentant civil, chargé de faire progresser le volet politico-militaire de l'engagement de l'Alliance dans le pays, qui travaille en étroite collaboration avec la FIAS, assure la liaison avec le gouvernement afghan et d'autres organisations internationales, et entretient des contacts avec les pays voisins.

   * Un important programme de coopération avec l'Afghanistan axé sur la réforme de la défense, l'établissement d'institutions de défense et les aspects militaires de la réforme du secteur de la défense.

L'Afghanistan en chiffres et en bref

(Repris sur Wikipédia)

Capitale : Kaboul

Population : 31 000 000 habitants (en 2006). 0-14 ans : 44,6%; 15-64 ans : 53%; + 65 ans: 2,4%

Superficie : 652 500 km²

Densité : 47 hab./km²

Frontières terrestres : 5 529 km (Pakistan 2 430 km ; Tadjikistan 1 206 km ; Iran 936 km ; Turkménistan 744 km ; Ouzbékistan 137 km ; Chine 76 km)

Indicateur de développement humain (IDH): 0.247

Extrémités d'altitude : de +258 m à +7 485 m

Espérance de vie des hommes : 43 ans (en 2006)

Espérance de vie des femmes : 44 ans (en 2006)

Taux de croissance de la pop. : +2,67% (en 2006)

Taux de natalité : 46,6 ‰ (en 2005)

Taux de mortalité : 20,34 ‰ (en 2005)

Taux de mortalité infantile : 160 ‰ (en 2005)

Taux de fécondité : 6,7 enfants/femme (en 2005)

Taux de migration : 11,11 ‰ (en 2001)

Indépendance : 19 août 1919

Lignes de téléphone : 50 000 (en 2004)

Téléphones portables : 600 000 (en 2004)

Postes de radio : 167 000 (en 1999)

Postes de télévision : 100 000 (en 1999)

Utilisateurs d'Internet : 25 000 (en 2005)

Nombre de fournisseurs d'accès : 76 (en 2005)

Routes: 34 800 km (dont 8 200 km goudronnés) (en 2003)

Voies ferrées : 24,6 km

Voies navigables : 1 200 km (en 2001)

Nombre d'aéroports : 46 (dont 10 avec des pistes goudronnées) (en 2005)

La détérioration de la sécurité à travers le pays, avec la multiplication des attentats-suicides, a freiné les investissements et renchéri les coûts du développement. La croissance a cependant atteint 13 % en 2007 selon le Fonds monétaire international.

L'explosion de la culture du pavot, dont la récolte a atteint en 2007 le niveau record de 8 200 tonnes, fait toutefois que l'opium représente aujourd'hui, selon l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), l'équivalent de plus de la moitié du PIB afghan. La valeur des exportations d'opium a atteint en 2007 un total de 2,7 milliards d'euros, contre 2,1 milliards len 2006, soit l'équivalent de 53 % du PIB, évalué à 5,15 milliards d'euros par le gouvernement afghan, qui n'inclut cependant pas l'opium dans ce calcul. L'opium rapporte 3 560 euros à l'hectare contre 374 euros pour le blé.

Sept ans après l'instauration du nouveau régime du président Hamid Karzaï, l'Afghanistan demeure l'un des pays les plus pauvres du monde avec un revenu annuel par tête de 215,7 euros. L'espérance de vie, 42 ans, est inférieure de vingt ans à celle que connaissent les pays voisins, et l'analphabétisme reste extrêmement fort : jusqu'à 90 % des femmes dans les campagnes, et 65 % des hommes au-dessus de 15 ans dans le pays, ne savent ni lire ni écrire. Et plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Le budget du gouvernement est approvisionné à plus de la moitié par l'aide extérieure. Or, un rapport de l'Agence de coordination de l'aide à l' Afghanistan (Acbar) a révélé en mars 2008 que seuls 9,7 milliards sur les 25 milliards d'euros promis par la communauté internationale depuis 2001 ont été versés. Ces retards de paiement de l'aide internationale entravent sérieusement une consolidation institutionnelle, indispensable à la reconstruction du pays. Le gouvernement a toutefois fait des efforts pour accroître ses revenus, qui représentent en 2007, 4,5 % du PIB contre 3,2 % l'année précédente.

L'agriculture, qui représente 38 % du PIB et fait vivre 80 % de la population, reste toujours très dépendante des conditions climatiques et est encore très archaïque. Entraînée principalement par la reconstruction, la croissance actuelle n'est pas durable à moyen terme et le FMI table sur une croissance inférieure à 8,5% pour 2008.  Le gouvernement cherche à améliorer l'environnement des affaires pour développer le secteur privé et le commerce, mais ces objectifs sont irréalisables dans un fort climat d'insécurité criminelle et politique et alors que l'administration reste très corrompue. 80 % à 90 % de l'activité économique demeurent donc dans le secteur informel.

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