Le Grand Chariot // De Philippe Garrel. Avec Louis Garrel, Damien Mongin et Esther Garrel.
Le Garrel-Universe c'est quelque chose. Philippe Garrel (L'amant d'un jour, L'ombre des femmes, Un été brûlant) continue de faire jouer ses enfants au cinéma. Et ce qu'il y a bien là dedans c'est que ses enfants ont du talent (on n'est pas comme chez certains cinéastes qui font tourner leurs enfants et ces derniers sans talent). Malheureusement, Le Grand Chariot n'aura pas les honneurs pour moi. Le plus gros problème de Le Grand Chariot c'est que le film n'a pas grand chose à nous raconter et qu'il tombe ainsi rapidement dans une sorte de méandre où le récit tente de subsister tant bien que mal. La force, Le Grand Chariot la puise dans son casting qui tente tant bien que mal de se battre avec un scénario famélique. Si vous êtes réfractaires au cinéma de Philippe Garrel (et je peux comprendre), ce n'est clairement pas avec ce film qu'il va réussir à convaincre qui que ce soit de se convertir.
Le Grand Chariot est une constellation d'étoiles. C'est aussi un théâtre de marionnettes. C'est l'histoire d'une famille de marionnettistes, une fratrie, Louis et ses deux soeurs, Martha et Lena, leur père qui dirige la troupe et la grand-mère qui a fabriqué les poupées. Ensemble, ils forment une compagnie et donnent des spectacles de marionnettes. Un jour, lors d'une représentation, le père meurt d'une attaque, laissant ses enfants seuls.
Il y a une idée de départ mais c'est d'une nonchalance navrante. La voix off utilisée à outrance sur fond de transitions mal fagotées et Philippe Garrel tente alors de cuisiner une histoire de famille de marionnettistes avec l'héritage et la transmission comme trame de fond dans un avenir incertain. Cela fait facilement écho au monde du cinéma et la transmission que Philippe Garrel tente de faire à ses enfants. Au fond, Le Grand Chariot a quelque chose de très personnel à nous partager mais le réalisateur et scénariste le fait avec tellement de froideur qu'il est difficile de pénétrer ce monde. Un peu comme si le réalisateur se regardait lui et sa famille sans chercher à attirer le spectateur vers lui. La mélancolie est là mais ne permet pas de créer de vraies émotions. Le Grand Chariot a quelque chose de testamentaire mais difficile de se prendre au jeu quand tout est fait pour que l'on ne soit pas vraiment touchés par ce qui se passe.
Il faut bien avouer que l'écriture est le plus gros défaut de Le Grand Chariot. C'est intéressant mais fait avec tellement peu de spontanéité et d'énergie que le récit finit par coller à tout ce que je déteste chez Philippe Garrel. A la fin, Le Grand Chariot laisse totalement de marbre alors qu'il y avait largement de quoi nous offrir quelque chose de touchant et attachant. Philippe Garrel propose une sorte de chemin de croix, faisant le bilan de sa propre vie (en se basant notamment sur l'histoire de son propre père, l'acteur Maurice Garrel) avec ses enfants devant la caméra afin de parler filiation, héritage et testament. Les personnages sont bons car ils sont bien incarnés mais le film en lui-même est trop anecdotique pour permettre d'y voir quoi que ce soit de mémorable. Dommage. En espérant que Philippe Garrel revienne à ce qu'il sait faire de très bon au cinéma car on le mérite et lui aussi.
Note : 3/10. En bref, Le Grand Chariot laisse totalement de marbre, trop enfermé dans sa propre histoire personnelle qui ne parvient jamais à toucher le spectateur. Dommage.
Sorti le 13 septembre 2023 au cinéma - Disponible en VOD et DVD
