Clarification sur l'abaya et la laïcité
Delitsdopinion : On dit que vous voulez revenir sur l'interdiction de l'abaya à l'école. Est-ce vrai ?Rodrigo Arenas : Non, je ne souhaite pas revenir sur cette interdiction. Je veux simplement que l'on respecte le droit.
Que voulez-vous dire ?Gabriel Attal a instauré une circulaire et sollicité l'avis du Conseil d'État. Celui-ci a confirmé à deux reprises que l'abaya est un signe ostentatoire musulman. Dès lors, ce vêtement n'a pas sa place dans les écoles de la République.
Pensez-vous que la circulaire d'interdiction était superflue ?La loi de 2004 est essentielle. Elle complète la loi de 1905 en interdisant les signes ostensibles à l'école. Gabriel Attal avait raison de publier cette circulaire, mais elle devient superflue dès que le Conseil d'État a rendu son avis. La loi de 2004 s'applique désormais.
Sur l'entrisme islamiste
Y a-t-il un entrisme islamiste dans les écoles de la République ?Les faits concrets sont rares. Mais cela ne signifie pas que ces phénomènes n'existent pas. Il faut les affronter de manière appropriée. Les remises en question des enseignements ne se limitent pas à l'islam. De nombreux élèves contestent des connaissances pour des raisons identitaires religieuses. Je reproche à Emmanuel Macron et à ses gouvernements d'avoir supprimé les espaces de dialogue éducatif sur la place de la religion. Dès la maternelle, nous devons enseigner les valeurs de la République avec des pédagogies adaptées.
Définition de la laïcité
Quelle est votre définition de la laïcité ?Je défends la laïcité de 1905, celle d' Aristide Briand. La laïcité, c'est la séparation des églises et de l'État.
Êtes-vous isolé au sein de La France Insoumise avec ces valeurs ?Non. Tout le monde est laïc mais nous n'avons pas tous les mêmes moyens pour y parvenir. Depuis 2004, les temps ont changé. Nous vivons dans une ère numérique où l'accès aux connaissances est instantané. Nos enfants doivent trouver des réponses auprès d'enseignants qualifiés, pas de charlatans sur le web.
Accusations d'antisémitisme et de clientélisme
Admettez-vous qu'il y a un antisémitisme croissant dans La France Insoumise ?Non, je ne pense pas. Il est toutefois difficile de contrer une idée martelée par certains médias. Nous devons lutter contre l'antisémitisme par des actes concrets, non seulement en le dénonçant. Une action publique forte est nécessaire pour combattre toutes les discriminations, y compris le racisme et l'homophobie. Je regrette que nous nous soyons coupés du milieu associatif en milieu scolaire, qui pouvait aider sur ces questions.
Que répondez-vous à ceux qui accusent votre parti de clientélisme islamique ?La politique, c'est du clientélisme. Il y a du clientélisme avec les chasseurs, les femmes, et tous les pans de la société. Il y a du clientélisme avec ceux qui se considèrent victimes de discrimination, notamment nos concitoyens d'origine maghrébine. Beaucoup d'entre eux estiment que La France Insoumise les représente et les défend le mieux. Mais il est réducteur de limiter LFI à cela. Nous travaillons sur de nombreux autres sujets, notamment économiques, non toujours mis en avant. Résumer notre force politique à l'antisémitisme ou autres clichés est inexact.
Quel Premier ministre pour le Nouveau Front Populaire ?Celui qui le souhaite ! Je soutiendrai n'importe quel candidat désigné. J' ai un penchant pour la société civile car j'en viens. Nous devons agir rapidement pour ne pas désespérer l'électorat qui a fait barrage au Rassemblement National. Si nous échouons, le problème sera bien plus grand que le NFP. Si Macron continue à refuser la participation de La France Insoumise au gouvernement, il sera difficile de constituer un front républicain efficace contre Marine Le Pen.
Propos recueillis par Radouan Kourak
