Une carrière sans ambition préalable
Delitsdopinion : Tu as débuté comme actrice, puis chanteuse et enfin réalisatrice. As-tu d'autres aspirations ?
Jane Birkin : Étonnamment, je n'ai jamais nourri d'ambitions. À 17 ans, lors d'une audition pour une pièce, je ne m'attendais pas à être sélectionnée. Si cela n'avait pas fonctionné, je me serais probablement mari ée simplement et serais devenue femme au foyer, conformément aux attentes de mes parents.
Une nécessité de s'affirmer
Tu ne sembles pas du genre à te contenter de vivre dans l'ombre de quelqu'un, tu as besoin de te réaliser professionnellement...
Peut-être, mais je n'ai jamais entrepris de démarches pour devenir actrice. Les choses se sont faites naturellement. J'étais mal à l'aise sur scène et plus mon texte était court, mieux je me sentais.
La musique, une histoire de jalousie
Et la musique ?
En ce qui concerne la musique, tout a commencé par de la pure jalousie. Mireille Darc souhaitait enregistrer avec Serge une chanson destinée à Bardot et lui. J'avais entendu leur version très " hot ", et je craignais de perdre Serge. Tu connais la suite. À la trentaine, j'ai ressenti une frustration de ne pas réaliser mes propres projets et d'être souvent dans l'ombre de quelqu'un. Après le décès d'une amie, j'ai compris que je ne voulais pas mourir sans avoir accompli quelque chose de vraiment personnel. Jusque-là, j'étais cantonnée dans des rôles de poupée à la voix aiguë.
Vers la mise en scène
Comment as-tu fini par en venir à la mise en scène ?
J'ai commencé à écrire en 1987. Initialement, je pensais réaliser un court métrage, mais Jacques Doillon m'a encouragée à faire un film complet. Cela a toujours été les défis lancés par d'autres qui m'ont poussé à surmonter mes peurs.
As-tu trouvé une exaltation à te trouver pour la première fois dans la position de la personne qui dirige ?
Absolument. J'étais tellement absorbée par le jeu des acteurs et les aspects techniques du cinéma que je n'étais plus gênée par l'émotion. Je me sentais comme un chirurgien avec son équipe, et j'adorais cela.
En faisant de la mise en scène, tu as franchi un pas : faire en fonction de toi plutôt qu'en fonction du regard des autres...
Je le crois aussi, surtout que mon film pourrait ne pas plaire à tout le monde. Mais la perte simultanée de mon père et de Serge m'a aidée à avancer, car ils me permettaient de rester une enfant, étant donné qu'ils m'aimaient ainsi.
As-tu jamais vécu sans passion ?
Non, car j'ai toujours partagé ma vie avec quelqu'un.
On dit que lorsqu'on vit des années avec la même personne, la passion se transforme dans le meilleur des cas en amour plus tendre, plus calme, moins violent...
Je suis obsédée par une citation de Serge : " En amour, il y en a toujours un qui souffre et l'autre qui s'ennuie. "
Et toi, tu souffres ou tu t'ennuies ?
Je ne m'ennuie pas...
