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Marabout d'antan...

Publié le 01 septembre 2008 par Bababe

Il n’y eut aucun témoin de cet acte sauf...la lune effarouchée qui s’était vite cachée derrière un nuage.

L’image de Tierno Taana demeure dans les cœurs. Uniquement dans les cœurs. Jamais dans les bouches. Si vous vous inquiétez de ce qu’il était, jamais vous n’obtiendrez de réponse.

Quand les gens se souviennent de lui, c’est toujours à travers les mêmes images figées pour l’éternité : Tierno récitant pour eux un verset, préparant des talismans, essuyant les larmes d’un enfant ou mouchant son nez plein de morve.

On pouvait lire sur son visage que le sourire ne quitte jamais la sérénité d’une personne vivant en conformité avec les prescriptions divines. Tierno Taanaa était au service de Dieu et de Dieu seul.

Ainsi, ceux qui venaient solliciter l’aide de Tierno Taana n’étaient jamais paralysés par cette sorte de gêne propre à ce genre de démarche. Car ils savaient qu’avec Tierno Taana, il n’y avait pas de contrepartie.

L ‘acte de Tierno Taana accompli, les solliciteurs repartaient avec un cœur en déminaaré*, empli de tendresse pour le saint homme qu’ils laissaient derrière eux et dont ils savaient que le bonheur d’avoir servi Dieu et d’avoir soulagé ses créature quelles qu’elles soient et quelque soit leur condition lui suffisaient.

Les pieds ne vont jamais vers la tombe de Tierno Taana. Par contre, le public vient se recueillir massivement sur le mausolée érigé en l’honneur de son fils, marabout de renom, mort bien après lui.

Si les pieds des fidèles ignorent la tombe de Tierno Taana, de nombreux cœurs plein d’affection et de respect, se transportent tout seuls par des chemins invisibles vers sa dernière demeure au milieu d’autres tombes anonymes.

Le respect et la tendresse qui entourait Tierno Taana n’avaient pour origine ni sa naissance, ni une quelconque richesse matérielle mais plutôt une rare érudition , une sagesse née d’une longue expérience des faiblesses et des qualités humaines, ainsi qu’ une profonde et sincère humilité. Tierno avait atteint ce haut degré d’humilité et de tolérance après d’innombrables nuits de veille et de journées entières consacrées à recoudre les déchirures entre les uns et les autres.

Les plus anciens se rappellent l’une des plus graves décisions auxquelles Tierno fut confronté. Il s’agissait de l’affaire du cercueil de son père Ardo décédé en Suisse, dont la dépouille avait été rapatriée au village. Après l’enterrement, le cercueil* fut conservé à la mosquée. Dès le lendemain on constata sa disparition, mais de nombreux éclats de bois indiquaient qu’il avait été brisé à l’intérieur de la l’édifice. Quelques heures plus tard, on découvrit les restes calcinés du cercueil au bord du marigot sablonneux non loin du village. Il n’y eut aucun témoin de cet acte sauf peut-être deux ou trois chacals que les flammes avaient dérangés dans leur quête nocturne, et la lune effarouchée qui s’était vite cachée derrière un nuage.

Si les chacals savaient que c’était le cercueil d’un homme qui venait d’être brûlé sous leurs yeux, ils se seraient demandé qui étaient les véritables charognards.

« Tueurs de morts » avaient murmuré les frères, les sœurs et les cousins du défunt quand ils apprirent ce qu’il était advenu du cercueil. Et dans leur chagrin, ils n’hésitèrent pas à désigner des « coupables » qui selon eux ne pouvait être que des membres d’une concession voisine. Il faut dire que les deux familles se vouaient une vieille haine.

C’est dans ces circonstances tragiques que Tierno Taana révéla toute la grandeur de son âme. Au milieu des pleurs des femmes et des grognements de colère des hommes, il était plongé dans une profonde méditation. On le sentait en proie à une véritable tempête intérieure.

« Cet acte, se disait-il, est impardonnable. Le seul tort de père était d’être dominé par une passion exigeante de la vérité, le mépris de toute hypocrisie et des formules convenues. Les auteurs de cette ignominie méritent les feux de l’enfer. Mais que suis-je en train de dire ? Les coupables de cet acte sont mes voisins, mes proches et mes parents, et leur crime est aussi le mien. Ce sont des gens avec lesquels je partage la même foi, et leur sincérité dans la foi ne fait aucun doute. Certains d’entre eux peut-être maîtrisent-ils mieux que moi les préceptes de notre religion. Quels motifs ont guidé leur acte ? Ont-ils brisé et incendié ce cercueil parce que, pour eux, il profanait la mosquée. Quelle ignorance alors, et quel fanatisme ! Ont-ils agi ainsi pour humilier ma famille, à travers la dépouille de mon père ? C’est donc qu’ils restent enfermés dans le cercle de la haine.

Ces hommes et ces femmes qui m’entourent réclament, au fond d’eux-mêmes vengeance. Mais la voix du sang ne doit saurait étouffer l’exigence de vérité et de justice. De même, le fanatisme et l’intolérance sont les ennemis de la foi sereinement vécue. Je vis pour la foi vraie, et je dois fonder mes actes sur ce qui est juste et bon. »

Ayant compris que sa lutte contre l’ignominie et l’intolérance passait par une lutte contre lui-même, Thierno Taana sut trouver les mots de la vérité, ceux qui soignent les blessures et tissent les fils de la paix et de l’amour entre les humains. Et quand il parla, tous se sentirent apaisés et comme renouvelés.

  • Deminaare (printemps)

Et bon mois de ramadan à tous ceux qui l'observent et aux autres aussi.

A.S.O. BA


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