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Femmes tristes, messieurs chics, l’Homme nu

Publié le 01 septembre 2008 par Magda

“Gotscho kissing Gilles (deceased), 1993″, photographie de Nan Goldin

Heures ensoleillées à créer des images et des mots qui vont ensemble pour faire des films. Je suis baignée d’un rayon de lumière qui passe à travers les boyaux monstres de Beaubourg, l’oeil tantôt sur le livre de Nan Goldin, tantôt sur la tour Montparnasse. Suspendue dans la lumière du premier septembre, assise à aimer ces images d’il y a vingt ans - femmes tristes, messieurs chics - sur lesquelles l’homme est à nu, déshabillé par l’objectif d’une femme frisée, Nan, la photographe qui porte trop de rouge à lèvres et trop de mascara.

Mon rapport à l’oeuvre de Nan Goldin est complètement silencieux. Tout dans les pages de ce gros livre de photos, I’ll be your mirror. Un livre terriblement émouvant et saturé de couleurs glauques, un livre épuisé, un livre qui ne s’achète pas, qui n’a pas de prix et que je retourne tout le temps feuilleter à la bibliothèque du Centre Pompidou.

Regarder ses amis mourir de la maladie des années 80. Au moins, en photographiant les copains couverts de lésions, rachitiques, bouffés par le virus, elle sauve leur âme, préserve leur identité à jamais. Ils étaient drags-queens, toxicos, chanteurs, ou simplement des amis ; ils meurent, et Nan les immortalise. Tous ces gens, comment s’appelaient-ils? David, John, Maria? Beaucoup d’entre eux sont morts du sida. Si Nan Goldin ne les avait pas photographiés, avec tout cet amour sans fard qui traverse le cadre, que resterait-il d’eux? L’image d’un travesti en perruque blonde sur une scène new-yorkaise. D’un bel homme androgyne aux lunettes fumées. D’une femme au regard perdu qui se maquille dans les toilettes d’un bar. Les travestis déguisent tout, sauf la mort.

Il y a seize ans aujourd’hui, j’ai perdu quelqu’un de cette maladie qu’on me cachait. Je n’étais qu’une enfant, et cet adulte était une lumière dans ma petite existence. Un être différent - même à onze ans on ressent cela, cette différence. Il n’y avait personne de la trempe de Nan Goldin autour de moi, pour me montrer que l’amour peut transcender les images les plus dures. Regarder cette photographie fait mal, mais blesse moins que l’ignorance, et c’est pourquoi, aujourd’hui, donc, j’ai choisi de vous la montrer.

Ci-dessous, quelques images volées avec mon téléphone portable dans le beau livre I’ll be your mirror.


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