Magazine Football

Le Mondial 2006 de football aurait été truqué

Publié le 03 septembre 2008 par Actubrulante
Zidane par Ian D
Crédit photo: Ian Dick / Flickr

Declan Hill, un journaliste canadien, sort un livre polémique qui fera vraisemblablement sortir le scandale sportif du siècle. Ce journaliste a enquêté sur le Mondial 2006 et la corruption et aurait découvert des manipulations de mafias asiatiques sur les résultats de certains matchs.

Rappelons que l’Italie l’avait emporté en finale contre la France, après une partie marquée par le coup de tête de Zinedine Zidane.

Voici quelques extraits du livre de Declan Hill “Comment truquer un match?”(Ed. Massot) qui paraît aujourd’hui en France :

“Le trucage de certains matches de la Coupe du monde de 2006 fut décidé dans un Kentucky Fried Chicken du nord de Bangkok. Ils étaient quatre assis à une table. Un grand Noir athlétique, habillé d’un tee-shirt moulant et d’un jean, et trois Asiatiques : Chin et deux jeunes Chinois. Ils s’étaient donné rendez-vous à 12 heures, le 25 mai 2006 et discutèrent pendant une heure et vingt minutes. À 12h10, un grand Blanc, qui portait une chemise froissée, s’assit à une table toute proche. Il avait l’air épuisé et semblait avoir des problèmes avec ses téléphones portables, il sortit plusieurs fois pour essayer de les faire marcher. Il y avait un tel décalage entre ce centre commercial anonyme au nord de Bangkok et ce que faisaient ces homme. Le grand Blanc, c’était moi. J’essayai d’enregistrer la rencontre avec mes téléphones dans lesquels j’avais installé du matériel adéquat. Mais, malheureusement, ma caméra cachée ne fonctionnait pas, j’en étais donc réduit à prendre des photos avec mon téléphone. Je dus demander au manager du KFC de baisser la musique pop que crachaient les haut-parleurs, pour pouvoir enregistrer quelque chose. Je faisais semblant d’avoir un problème de téléphone, ce qui me permettait d’essayer de faire des images des quatre hommes ensemble, sans me faire repérer ni par eux ni par leurs sbires qui étaient sûrement dans les parages. C’était un travail épuisant. Je faisais semblant de lire le journal tout en écoutant leur conversation, je regardais ma montre comme un homme d’affaires étranger qui attend un coup de fil. D’après ce que j’ai entendu et ce que Chin m’a dit ensuite, l’homme noir était le coursier d’une équipe et il disait qu’il y avait des responsables et des joueurs de son pays qui étaient prêts à considérer l’idée de saboter un match. Mais Chin et ses associés n’avaient pas assez d’argent pour le versement initial qui sert à s’assurer la confiance de l’équipe. Le coursier était prêt à travailler avec eux. Ils avaient déjà travaillé ensemble et ils avaient confiance. Mais il lui fallait “le pourboire” pour convaincre les membres corrompus de l’équipe. La somme dépend du niveau du match.
Pour une rencontre locale, ou un championnat junior, mille dollars par joueur suffisent. Mais pour une Coupe du monde c’est autre chose. Le coursier demandait au moins 100000 $, pour tout le réseau.Chin voulait le présenter à d’autres “investisseurs” qui auraient l’argent, il abandonnerait le trucage et prendrait une commission. Le coursier ne voulait pas. Il ne connaissait pas ces gens et ça allait être difficile de gagner sa confiance. D’un autre côté, le coursier disait que deux responsables de l’équipe voulaient faire partie du deal et Chin n’aimait pas ça. Ils disaient qu’ils avaient déjà travaillé avec cette équipe et qu’ils connaissaient les joueurs. Au stade où ils en étaient, ils n’aimaient pas du tout l’idée de faire participer les responsables. Ils examinèrent tous les cas de figure. Pendant ce temps-là, j’essayais d’écouter leurs arguments le plus discrètement possible, en essayant de rester dans mon rôle d’homme d’affaires débordé. On ne peut pas rester trop longtemps dans un KFC sans attirer l’attention. Je finis mon repas et je lus chaque ligne du tabloïd que j’avais acheté, deux fois. Tout à coup, un jeune couple vint s’asseoir entre leur table et la mienne. Je faillis leur taper dessus. Je me levai, passai devant eux et c’est à ce moment-là que j’ai entendu une conversation sur les gardiens de but. Je m’arrêtai devant la porte et commençai à prendre désespérément des photos du groupe. À 13h20, ils se levèrent et partirent. Chin s’en alla avec un des Chinois et l’homme noir avec le plus jeune. Il ne me regarda pas. J’essayais d’éviter de le regarder. Je regardai le Noir, en essayant de retenir un maximum d’informations.
À 13h59, je reçus un coup de fil. C’était Chin qui exultait : ils avaient résolu leurs problèmes. Le trucage allait se faire. J’étais resté en contact avec Chin durant l’hiver et le printemps 2006. Il avait parlé du trucage de la Coupe du monde et le pays qui revenait sans cesse était le Ghana. D’après lui, en 2004, aux Jeux olympiques d’Athènes, des personnes de son groupe avaient réussi à s’approcher de l’équipe du Ghana et leur avaient fait saboter leur dernier match, contre le Japon. Je ne savais pas ce que valait l’équipe du Ghana car je ne la connaissais pas, Chin se moqua de moi.
“Tu crois que le Japon aurait pu battre le Ghana ? Tu rigoles, c’est une bonne équipe. J’ai payé un joueur 15000 $ [en prépaiement]. Je sais tout de suite s’ils vont accepter un pot-de-vin ou non. S’ils disent qu’ils veulent bien me voir, c’est que c’est bon. Le match m’a coûté 550000 $.”
Le 12 juin, le Ghana rencontrait l’Italie. D’après Chin, ce match serait truqué, il dit que les joueurs corrompus de l’équipe le saboteraient. L’Italie devait battre le handicap (point spread), elle devait gagner d’au moins deux buts. Je courus chez moi, au nord d’Oxford, pour regarder le match. Depuis l’ouverture du championnat à Munich, je regardais les matches par pur plaisir. J’avais très envie de voir l’Italie, une grande équipe, mais qui avait aussi porté en son sein l’horrible Moggi et ses matches truqués et qui l’avait laissée se faire humilier par une petite équipe africaine. (…) La caméra venait de faire un panneau sur les bancs de touche de l’équipe du Ghana. Là, juste derrière l’entraîneur, Ratomir Dujkovic, parmi un groupe de responsables officiels, j’aurais pu jurer avoir vu l’homme du KFC de Bangkok. J’attendis, en espérant que le réalisateur recadre le banc, mais il ne le fit pas et je passai le reste du match à tourner la tête bizarrement, comme pour voir derrière le cadre de la télévision. Les Ghanéens jouaient bizarrement : parfois très élégamment, le milieu de terrain contrôlait le ballon, ils se faisaient de belles passes puis, arrivés devant le but italien, l’attaquant semblait toujours rater son coup ou bien mettait le ballon en touche.
L’esprit du jeu aussi était bizarre, ils ne se faisaient pas signe et ne se tapaient pas dans la main quand ils étaient sur le terrain. Leurs visages étaient morts. L’équipe avait 53% de possession de la balle, mais elle n’en faisait rien. Un joueur ghanéen faillit même, plusieurs fois, mettre la balle en touche dans les 35 mètres. Je pensais à ce que Chin m’avait dit sur la façon de perdre un match. Comment l’équipe corrompue devait garder le ballon, faire de petits trucs, puis la donner à l’autre équipe. Les buts italiens [2-0, ndlr] ne furent même pas dus aux prouesses de leurs attaquants, mais plutôt aux erreurs idiotes de la défense adverse. Après le match, les commentateurs de la BBC firent des remarques cinglantes sur le Ghana, surtout Martin O’Neill, ancien joueur et maintenant directeur d’Aston Villa de la Premier League anglaise et qui ressemble à un prêtre. Il fut particulièrement dur : “Ils n’ont aucune excuse”, dit-il à propos du premier but. “Ils ont eu des avertissements pendant toute la première mi-temps… Ils ont été punis.” C’était tellement subjectif. Peut-être que les joueurs étaient trop nerveux pour ce genre de championnat. Je n’avais jamais vu cette équipe jouer et peut-être que cette énergie avait toujours été la leur. Cela dit, le résultat était exactement celui que Chin avait annoncé : l’Italie avait gagné  par deux buts, assez pour enregistrer une perte sur le marché du jeu asiatique. Au jour d’aujourd’hui, je n’ai pas de certitude en ce qui concerne ce match, mais en le regardant, j’avais griffonné mon opinion sur un bout de papier en grosses lettres capitales : CE MATCH EST TRUQUE.
Je retournai dans ma chambre, loin de tout ce carnaval et j’appelai Chin. Il était de retour à Bangkok avec ses associés et nous nous appelions tous les deux jours. Le 25 juin, deux jours avant le match contre le Brésil [1/8 de finale, ndlr], nous nous parlâmes en regardant l’Équateur jouer contre l’Angleterre à la télévision.

Chin me dit qu’un de ses amis avait aidé à truquer le match. Le problème c’est que les Anglais étaient tellement nuls qu’il leur était même difficile de battre une équipe complaisante. Mais il avait des nouvelles du match Brésil-Ghana. Chin : “Oui, oui, mon ami m’en a parlé. Il m’a appelé et ils sont intéressés par le match Ghana-Brésil.
Hill : Le Brésil va gagner ?
Chin : Le Ghana va perdre. Ils vont s’arranger avec le Brésil.
Hill : Vraiment ?
Chin : Oui, c’est confirmé.
Hill : Confirmé, confirmé ?
Chin : Absolument. 100% confirmé.
Ils disent qu’ils veulent vraiment faire affaire avec le Brésil.
Hill : Mais je ne comprends pas
pourquoi ils feraient cela. Ils sont payés par l’Association de football.
Chin : Oui. [rires] Mais il faut que tu saches que parfois, au football, il y a des joueurs… qui veulent faire des affaires… Aujourd’hui mon ami m’a dit qu’ils avaient arrangé le match Equateur-Angleterre pour gagner 2 à 0.
Hill : Oui, je ne sais pas, je suis en train de regarder le match et les Anglais ont l’air bien moins bons que les Équatoriens. Ils sont bons, les Équatoriens.
Chin : Oui, les Anglais sont très mauvais… Ils jouent 4-5-1. C’est un trucage de merde, tu sais.
Hill : Mais pour le match Ghana-Brésil, nous avons plus d’informations, non? Nous avons des gens à nous dans leur camp, non ?
Chin : Oui, absolument. Absolument. Absolument, c’est vrai.”
Chin me disait deux choses. D’abord qu’un de ses associés avait des contacts avec des joueurs de l’équipe d’Équateur qui devaient perdre face à l’Angleterre. Mais l’équipe anglaise était tellement mauvaise que les Équatoriens avaient beaucoup de mal à les laisser marquer un but convaincant. L’Angleterre gagna 1 à 0, ce qui n’était pas le score que les truqueurs voulaient, mais Chin était assez content de lui et dit que quand il truquait les matches, il demandait souvent à l’équipe de jouer bien pendant la première mi-temps et mal pendant la seconde. Il pensa que c’était sûrement ce qui s’était passé avec ce match. Je ne suis absolument pas sûr de ce que j’avance, étant donné que je n’ai pas d’autres détails sur ce soi-disant trucage. Mais je cite cette conversation car je crois que le public a le droit de savoir. D’autre part, Chin garantissait que le Ghana “perdrait” face au Brésil, ce qui voulait dire, en langage de parieur, perdre avec une marge de deux buts. Cette conversation eut lieu deux jours avant le match. Il prédit que le Ghana perdrait d’au moins deux buts et il en était certain à 100% [le 27 juin, le Brésil gagna 3-0 face au Ghana, ndlr].”

Pour plus de détails, courrez acheter ce livre…


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Actubrulante 584 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines