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Je t’aimais trop pour te blesser, et pas assez pour te sauver

Publié le 29 janvier 2025 par Batihouman @batihouman

t’aimais trop pour blesser, assez sauver

Il vivait désormais dans une petite chambre, loin de cette maison devenue trop grande, trop lourde, trop pleine d'elle. Une maison vidée d'âme, mais saturée de souvenirs. Il n'avait pas eu la force de rester. Chaque pièce résonnait encore de ses pas, de sa voix douce, chaque objet portait son parfum. Même l'air semblait imprégné d'elle, un fantôme invisible, mais omniprésent. Alors, il était parti. Non pas pour fuir - car on ne fuit pas l'amour perdu - mais parce qu'il ne savait plus comment exister entre ces murs sans elle.

Trois mois. Trois mois qu'elle s'était écroulée sous ses yeux, qu'un battement de cœur avait suffi à éteindre la femme qu'il aimait. Un instant, elle était là, et l'instant d'après, elle n'était plus. Foudroyée. Arrachée à lui par un infarctus impitoyable. Elle avait succombé entre ses bras, malgré son massage cardiaque désespéré. Il était resté figé, pétrifié dans un cauchemar sans fin.

Elle vivait dans une course effrénée, toujours préoccupée, toujours pressée, l'esprit tiraillé entre mille responsabilités, mille urgences. Le poids du monde pesait sur ses épaules. Et pour apaiser cette tension, elle fumait. De plus en plus. En cachette, parfois, pour qu'il ne le remarque pas, pour ne pas entendre ses reproches inquiets. Mais il savait. Il voyait ces mégots dissimulés, ces paquets enfouis au fond de son sac. Pourtant, il n'avait pas trouvé la force de la sauver d'elle-même.

Chaque jour, il marchait sur la plage. Les vagues venaient mourir à ses pieds, l'écume effleurait le sable, effaçant toute trace de son passage. Mais rien ne pouvait effacer son chagrin. Il traînait son deuil le long du rivage, incapable de le déposer quelque part. Le jour, il tentait d'exister. La nuit, il sombrait. Dans sa chambre, le silence hurlait son absence. Et cette phrase revenait, encore et encore : " Tu aurais pu la sauver. "

Un soir, alors qu'il faisait défiler les souvenirs sur l'écran de son téléphone, une photo apparut. Elle marchait au bord de la mer, le regard rieur, éclatante de vie. Tellement vivante. Le choc fut brutal. Il sentit son cœur se briser, son corps trembler sous l'assaut de la douleur. Et dans ce tumulte d'émotions incontrôlables, il s'assit devant son ordinateur et se mit à écrire.

Lettre à ma femmeDepuis que tu es partie, je ne suis plus qu'une ombre. Je n'existe plus, je me traîne. Chaque matin, j'ouvre les yeux et c'est un autre jour sans toi qui commence. Cette plage que nous aimions tant, qui était mon refuge, ne me réconforte plus. Elle murmure ton nom, elle me rappelle que je suis seul.J'aurais dû être plus fort, plus insistant, plus présent. J'aurais dû t'arracher ces cigarettes des mains, t'obliger à m'écouter, t'empêcher de t'épuiser dans cette course incessante. J'aurais dû te sauver.Mais je n'ai pas su. Tu étais tenace, passionnée, dévorée par l'amour de la vie. Et maintenant, il ne me reste que ces regrets qui m'étouffent et ces mots que je ne pourrai jamais te dire : pardon. Pardon de ne pas avoir su te retenir, pardon d'être resté là, impuissant, à voir la vie s'échapper de toi. Pardon de ne pas avoir été à la hauteur de l'amour que tu me donnais. Tu étais tout pour moi, et maintenant, je ne suis plus rien.Je t'en veux. Je m'en veux. Je t'en veux d'être partie en fumée, littéralement. D'avoir laissé le stress et la nicotine tisser leur toile mortelle dans ton cœur. Et je me hais de n'avoir pas osé t'affronter, de ne pas t'avoir crié que chaque bouffée nous volait du temps. Je t'aimais trop pour te blesser, et pas assez pour te sauver. Aujourd'hui, je vis dans le paysage aride de ce paradoxe.

Quelques jours plus tard, alors qu'il était assis sur le sable face à la mer, un vieil homme s'approcha. Il portait un chapeau de paille et s'appuyait sur une canne à pêche.

" Vous venez souvent ici, n'est-ce pas ? " demanda-t-il d'une voix calme et usée par le temps.

Il hocha la tête, incapable de parler. L'homme s'assit à ses côtés et, après un silence, ajouta :

" Tu as perdu ta femme qui venait toujours avec toi, n'est-ce pas ? Ta tristesse te trahit, même si tu ne dis rien... Tu sais, moi aussi, j'ai perdu quelqu'un. Il y a longtemps. Je viens ici parce que la mer m'aide à respirer. "

Ces mots le transpercèrent. Il ne répondit rien. Mais pour la première fois depuis trois mois, il ne se sentit pas complètement seul. Ils restèrent là, silencieux, à regarder les vagues effacer les empreintes sur le sable. Ce fut un premier pas. Le premier pas vers quelque chose qu'il n'osait plus espérer : un peu d'apaisement.

Les jours suivants, il retournait sur cette plage. Parfois, l'homme était là, parfois non. Mais au fil des marées, il comprit que son amour pour elle ne devait pas être un poids qui l'engloutissait, mais une lumière qui continuerait à le guider. Il ne l'oublierait jamais - jamais - mais peut-être, un jour, apprendrait-il à vivre avec son absence. À lui parler dans le vent. À lui sourire dans le ressac. À la laisser exister autrement, dans le creux de son cœur.

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