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Le scandale permanent

Publié le 04 septembre 2008 par H16

Quand on n'a plus rien à dire, et qu'il faut exister, il ne reste guère que les vociférations. N'importe quel observateur, même l'alcoolique impénitent aux cuites prolongées, aura remarqué que le parti socialiste français n'existe pour ainsi dire plus. Et, de fait, pour continuer à occuper malgré tout une petite place dans l'actualité, les caciques du parti en sont réduits à remuer les affaires les plus triviales ou à réagir à contre-temps et dans la précipitations aux nouvelles quotidiennes... Cette rentrée 2008 n'échappe pas à la règle.

OK, il faut laisser quelque chose à ces socialistes en déroute : la méthode proprement consternante de communication de l'Elysée offre un boulevard de critiques à qui veut l'exploiter, ce qui explique que, à l'instar d'un menu gratuit qu'un pauvre hère ne peut refuser, le parti socialiste se jette à corps perdu dans des invectives pathétiques sur chaque petite miette d'actualité que leur offre le chef de l'Etat au travers de ses gesticulations incompréhensibles.

En clair, si les socialistes en sont au point où le caricatural de leurs critiques rejoint le pathétique de leur situation, il ne faut pas oublier non plus que de l'autre côté, tant à droite en général et pour Sarkozy en particulier, la gestion des affaires courantes laisse plus que perplexe sur la qualité des communicants ou la pertinence des stratégies auxquels la majorité fait appel : sans même évoquer la vaste bouffonnerie que fut et que continue d'être l'affaire russo-georgienne vue par le petit bout de la lorgnette diplomatique française, force est de constater que notre fabuleux président peut s'enorgueillir d'avoir assez souvent tout faux ou presque en à peu près tous les domaines dès qu'il s'agit d'ouvrir sa gueule. Et comme il l'ouvre très souvent, cela donne une avalanche de prétexte au PS pour tenter d'exister.

On peut ainsi se demander ce qui l'a poussé à s'expliquer pour le limogeage du responsable de la sécurité en Corse : qu'un fonctionnaire de l'état se retrouve muté (même pas viré, notez bien) parce que son travail n'a pas été fait correctement est quelque chose de finalement très banal.

A ce point de l'histoire, la réaction des socialistes, alimentée par cette pulsion animale qui les pousse, comme des bestioles un soir d'été, à se rapprocher de la lumière médiatique, est totalement disproportionnée d'une part, et complètement déplacée d'autre part.

Les bataillons de scribouillards médiocres qui suent péniblement leurs articulets quotidiens dans la presse nationale se sont jetés sur l'idée, au travers de ce non-événement, que ce limogeage aurait tout à voir avec l'amitié Clavier-Sarkozy et pas grand-chose avec le fait qu'après tout, en terme d'ordre et de sécurité, cette démonstration d'indépendantistes n'était pas exactement la marque d'un travail correctement mené par Dominique Rossi, le responsable limogé.

Peut-être. Mais après tout, quelle importance ? Le fait est que le travail de Rossi ne fut pas mené à bien et qu'il mérite sa sanction. Et le fait est aussi qu'absolument rien ne se passe quand ce ne sont des faucheurs d'OGM : quel préfet fut limogé pour avoir laissé l'hydrocéphale bio-moustachu détruire une propriété privée ? Et cette critique là, bien plus solide que les atermoiements faussement naïfs de socialistes hypocrites, on ne l'a pas entendue.

En somme, Sarkozy pêche ici soit par son action, soit par son inaction : il sera, de toute façon, coupable d'en avoir trop fait ou pas assez. Et de l'autre côté, les socialistes sont dans un bateau équivalent : ils ne peuvent pas réellement accuser le chef de l'état de n'avoir pas pris ses responsabilités devant l'échec patent des "actions" entreprises par le responsable de la sécurité, et ne peuvent pas non plus l'admettre sous peine de disparaître à nouveau de l'actualité et replonger mollement dans le bain à prouts que leur congrès semble être devenu à force de petites querelles intestin(al)es.

Alors ils utilisent "un angle", celui que la presse, bonne âme, leur fournit gracieusement.

On retrouve exactement le même mécanisme dans l'affaire Tapie / Crédit Lyonnais / Adidas : bien loin de proposer quoi que ce soit qui eût pu résoudre l'affaire en son temps (et alors que les socialistes étaient au pouvoir), ces derniers s'empressent de rouspéter sur l'issue jugée cavalière que l'affaire a trouvée.

On peut gloser longtemps sur ce qu'aurait eu Tapie toutes choses inégales par ailleurs, ce que ces mêmes socialistes, habitués du château en Espagne, n'oublient pas de faire, dans la bousculade brouillonne qui les caractérise. Il n'en reste pas moins que, manifestement, le Crédit Lyonnais avait réalisé une solide plus-value sur le dos de Tapie en toute contravention avec l'éthique de leur profession et le contrat qui les liait à leur client, et qu'il faudrait bien, à un moment ou un autre, payer les pots cassés. Mais là encore, laisser passer l'affaire et - surtout ! - ne pas monter en épingle les miettes récupérées par l'homme d'affaire, ç'aurait été retomber dans les petites querelles quotidienne, les guégerres d'appareil et les magouilles politico-politiciennes que ce parti entretient depuis deux ans comme un vieux couple ses dissensions pour montrer au quartier qu'il y a toujours de la vie dans le petit meublé.


Et le plus pathétique, dans tout ça, c'est que les borborygmes inintéressants du PS sont parfaitement en phase avec la vie politique française : on s'y intéresse de près aux excroissances abdominales de la ministre de la Justice, on s'interroge sur les accointances du président, on fustige les dénouements d'affaires vieilles de 18 ans, on analyse finement les micro-réformettes sur l'Edulcoration Nationale, bref, on entretient un petit parfum de scandale permanent en s'agitant bien fort pour exister un peu.

Et quand il faudrait hurler, on ira jusqu'à rouspéter mollement (en retard, mais tout de même) contre la mise en place d'EDVIGE, parfait avatar d'un état policier comme en rêverait une Angleterre sous caméras ou même une Amérique sous Patriot Act.

Alors, évidemment, quand il faut aborder les vrais questions, quand il faudrait prévenir tout le monde de ce qui couve, si l'on a pas trouvé le courage pour les sujets qui fâchent ou la lucidité pour éviter les sujets idiots, on ne risque pas de trouver quoi que ce soit pour le cœur du problème : alors que Wall Street décroche, que le CAC sent passer la tempête, et que l'avenir ne s'annonce pas rose ... du tout, voire carrément noir, on joue les petites combines, à gauche, comme à droite.

Lorsqu'on s'occupe l'esprit avec des billevesées pour ne pas voir les catastrophes, qu'on s'inquiète de la couleur des rideaux alors que la maison brûle, c'est que l'autisme politique en est arrivé à un point de non retour, et que ... ce pays est foutu.


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