Chronique hip-hop et graffiti
Au milieu du chaos émotionnel que je traverse en ce moment, un éclair de vie et de lumière m’a pénétré en allant voir le spectacle La Haine, jusqu’ici rien n’a changé, à Rennes le 8 mars. 30 ans après la sortie du film La Haine, de Mathieu Kassovitz, un film culte pour ma génération, ce spectacle d’un nouveau genre, mêlant cinéma, théâtre, rap et danse, bouleverse par son élan de vie.
La première fois que j’ai entendu parler d’un spectacle musical autour de La Haine, j’ai cru à une blague. J’ai grandi avec le film de Kassovitz, ma première claque cinématographique. Le regard de Vinz au centre de l’affiche trônait sur la porte d’entrée de ma chambre d’ado. En classe de Première, j’ai réalisé un dossier d’études sur Mathieu Kassovitz, acteur et réalisateur, pour mes cours de cinéma. A l’université, j’ai étudié le découpage du film, notamment ses effets sonores qui rajoutent à la dramaturgie et à la comédie, pour les cours d’audiovisuel. Les CD des musiques du film et inspirées du film, rap et hip-hop, tournaient dans ma platine. La Haine, c’est un film intouchable. Sauf quand Mathieu Kassovitz himself y touche.
En 1995, Vincent Cassel, Saïd Tagmahoui et Hubert Koundé sont Vinz, Saïd et Hubert.Du spectacle vivant !
Car 30 ans après son deuxième film, « certaines choses n’ont malheureusement pas bougé », dit Mathieu Kassovitz. « Jusqu’ici, rien n’a changé », la nouvelle baseline du projet. Directeur artistique, il a voulu en faire un spectacle politique. Une vraie réussite ! Cette histoire de trois jeunes de banlieue, c’est aussi la nôtre. Celle de la rancœur, de l’envie de vengeance, quel que soit le côté de la balance, côté rue ou côté flics : on y parle toujours de Malik Oussekine, mais aussi de Georges Floyd et d’Arnaud Beltrame. Chacun symbole d’une violence aveugle. Pour redonner vie à son histoire et lui donner un ancrage 2025, Mathieu Kassovitz a choisi un autre medium : le spectacle vivant. Il s’appuie sur un nouvel élément essentiel et indissociable de l’évocation de La Haine, la musique.
La Haine, devenue une référence depuis 30 ans
Peu présente dans le film, la musique porte le spectacle. En 30 ans, pas moins de 212 artistes ont fait référence à La Haine dans leurs paroles, principalement dans le rap et le hip-hop comme Booba, Rohff, Médine, Kaaris et Jul. Sous la direction musicale de Proof, la bande son de ce nouvel ovni artistique est signé Akhenathon, Oxmo Puccino, -M-, Chico and the Gipsies, Angélique Kidjo, Médine, Youssoupha, Clara Luciani… Sur les rythmes hip-hop ou les envolées lyriques, le flow des paroles percute en plein cœur. La cité, celle de Chanteloup-les-Vignes dans les Yvelines, où a été tourné le film, est redevenue le théâtre visuel du spectacle. Les graffitis restent omniprésents tout au long de cette épopée artistique. L’artiste urbain JR, qui a vécu La Haine comme une première introduction de l’art au cinéma, a collaboré sur un des tableaux phares, celui des émeutes.

Trois nouveaux visages
Alivor, Samy Belkessa, Alexander Ferrario sont Hubert, Saïd et Vinz. Trois nouveaux visages pour cette nouvelle génération née bien après la sortie du film. Avec présence, hargne et humour, ils incarnent parfaitement leurs aînés. Ma fille de 15 ans, qui n’a pas encore vu le film, a été subjuguée par les mélopées dansées, la tonalité rap et hip-hop et les effets spéciaux rendus possibles grâce à un écran transparent en avant-scène donnant cette sensation de trois dimensions. Sans parler des acrobaties visuelles et techniques. Au fil de 15 tableaux mis en scène par Serge Denoncourt, La Haine est réinventée. De nouveaux points de vue s’offrent aux spectateurs qui deviennent réalisateurs. A l’instar du film de 1995, la montée en tension se fait progressive et implacable. Jusqu’à l’apothéose finale. C’est là toute la puissance et la force du spectacle, qui s’émancipe de l’objet cinématographique pour vivre sa propre histoire et nous dire qu’il n’y a qu’une chose qui compte vraiment : l’Amour.
Spectacle en tournée dans toute la France et de retour à Paris en novembre 2025
