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Le blues de l’UMP

Publié le 05 septembre 2008 par Hmoreigne

dedj.1220606167.jpgLe PS ne va pas bien mais, l’UMP ne va guère mieux. Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, la machine de guerre s’est grippée, le laboratoire d’idées s’est arrêté. Alors quand le deuxième raille le premier, il y a de quoi sourire. Après l’université d’été PS de La Rochelle, le Campus UMP de Royan. La proximité géographique atteste des similitudes dans la difficulté des deux grandes formations politiques françaises. Si le décor et les acteurs changent, la pièce reste la même.

La rentrée s’avère morose pour l’UMP réuni en « campus » du 5 au 7 septembre à Royan, officiellement à l’invitation des Jeunes UMP. Derrière le titre trompeur de secrétaire général, Patrick Devedjian,  contesté en interne, n’est que l’homme de paille de Nicolas Sarkozy. Les décisions, toutes les décisions, sont prises à l’Elysée.

Efficace en temps de campagne électorale pour conquérir le pouvoir, le fonctionnement Bonapartiste de l’UMP est difficilement compatible avec celui de parti de la majorité. Transformé en parti godillot, simple exécutant des oukases présidentiels, l’UMP est confronté à une hémorragie de militants dont le nombre est passé en moins d’un an de 370 000 à environ 210 000. Le malaise lié à l’absence de débats et de vie démocratique est illustré par le député Hervé Mariton qui dénonce le mélange des genres : « un porte-parole doit exprimer ce qui se dit dans le parti, pas ce qui se passe dans l’exécutif. »

Faute d’idées et d’initiatives l’UMP est devenu un vaste marigot dans lequel l’occupation principale est la chasse au plaçou ou, de devenir vizir à la place de son voisin. « C’est avec des hochets qu’on mène les hommes » déclarait Napoléon créateur de la Légion d’Honneur. Nicolas Sarkozy applique la même recette en distribuant les places prestigieuses de la république. Des trônes fragiles. Donner et surtout pouvoir reprendre, quand bon lui semble, offre un pouvoir considérable au président qui assoit par cette méthode son autorité. Des maroquins aux perchoirs, sans oublier les investitures ou choix de têtes de liste, les faveurs de l’Elysée sont précieuses.

Le Secrétaire Général de l’UMP n’échappe pas à ce mode de gestion. Son sursis est permanent et sa marge de manœuvre doit être appréciée à l’aune des trois adjoints qui lui ont été imposés. Les mauvais résultats enregistrés aux dernières municipales habilement imputés à Patrick Devedjian exonèrent facilement l’UMP de sa responsabilité collective.

Comme dans tout marigot, il y a les vieux et les jeunes crocodiles. Malgré les différences d’âge, les claquements de mâchoires sonnent du même brut sec. Dans un mimétisme révélateur, les « jeunes pop », dénomination qui prête à sourire, se sont entredéchirés il y a deux semaines pour désigner leur nouveau président. Non sans mal. La liste malchanceuse a évoqué « magouilles » et « pressions ». Une bonne école, somme toute.

Après le style Sarkozy, qui a beaucoup choqué à ses débuts, les militants de l’UMP sont désormais ébranlés par la politique économique de leur champion. S’ils applaudissent des deux mains le dégraissage du mammouth étatique, la chasse aux fonctionnaires, ils s’estiment trahis par une redistribution qui semble ne profiter qu’aux classes les plus aisées. Qualifié de péché originel par l’opposition, le paquet fiscal suscite des interrogations de plus en plus massives au moment où le bouclier fiscal permet aux grandes fortunes de s’exonérer de verser tout écot pour le financement du RSA.

Les classes moyennes sont dans la seringue, prises entre 1,5% des riches protégées par le bouclier fiscal et 50 % des Français dispensés d’impôt. Face à des caisses publiques vides, elles savent qu’elles sont la dernière niche de recettes pour l’Etat quand la croissance promise, qui devait être arrachée avec les dents, fait défaut. La désillusion est grande pour cette frange de l’électorat qui a largement contribué à la victoire de Nicolas Sarkozy, et qui assiste impuissante à l’érosion de son pouvoir d’achat. Le risque de décrochage avec cette base est réel si la situation économique ne connaît pas une embellie rapide.

Nicolas Sarkozy, n’en a fi et compte sur la méthode Coué. Lundi le Chef de l’Etat a fixé la stratégie de communication à l’état-major de l’UMP réuni à l’Élysée : «L’UMP a un leader, elle a un projet, elle parle de la France. Le PS n’a pas de leader, pas de projet, et il ne parle que du PS.» Une ligne qui n’est pas sans rappeler l’air fredonner depuis plusieurs mois par Christine Lagarde, la ministre de l’économie :« tout va très bien… ». Fascinée par la décomposition et les déchirements du PS, l’UMP semble ne pas s’apercevoir qu’elle est porteuse des mêmes ferments.

Crédit photo : Marie-Lan Nguyen


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