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Le MoDem, un parti en transition

Publié le 05 septembre 2008 par Dominique Lemoine @lemoinedo
par Patrick Roger LE MONDE | 04.09.08
a mutation de l'ex-UDF, formation centriste arrimée à la droite, vers le Mouvement démocrate (MoDem), alliance regroupant des sensibilités venues d'horizons divers, est loin d'être achevée. Les élections locales du mois de mars, première échéance où le mouvement créé par François Bayrou se présentait sous ses propres couleurs, ont mis en évidence son hétérogénéité. Dans quel sens a-t-il pesé sur les résultats du second tour ? Quels sont les comportements électoraux de ses sympathisants ? Une étude inédite réalisée par l'IFOP sur la base des résultats des élections cantonales - plus pertinentes que le scrutin de liste municipal - permet de répondre à ces interrogations.


Dans les 534 cantons où le MoDem a présenté des candidats, il a recueilli un score moyen de 13,9 % : une performance appréciable pour une nouvelle formation dont les candidats ne bénéficiaient pas, dans la plupart des cas, d'une notoriété établie, dans un scrutin et un contexte politique qui ne lui étaient a priori guère favorables. Le score moyen du MoDem dans les 179 cantons où ses candidats n'avaient pas à affronter de candidat de l'UMP est de 21,3 %. Il est de 10,9 % dans les 355 cantons où un candidat de l'UMP était présent. Soit un écart moyen de 10,4 points.

A l'inverse, le MoDem réalise un score moyen de 15,4 % dans les 124 cantons où ses candidats n'avaient pas à affronter de candidat du PS et de 13,6 % dans les 410 cantons où un candidat du PS était présent. Soit un écart moyen de 1,8 point. Ce premier constat indique que le MoDem entre plus en concurrence avec la droite, et que le parti de M. Bayrou a plus de mal à capter l'électorat socialiste. L'analyse est confirmée par les résultats des candidats de l'UMP et du PS. Dans les 839 cantons où ses candidats n'avaient pas à affronter au premier tour un candidat du MoDem, l'UMP obtient un score moyen de 39,3 %. Celui-ci est de 32,7 % dans les 355 cantons où le MoDem était présent. Soit un écart moyen de 6,6 points. Le score moyen du PS dans les 1 017 cantons où ses candidats n'avaient pas à affronter un candidat du MoDem est de 35,8 %. Il est de 32,9 % dans les 410 cantons où le MoDem était présent. Soit un écart moyen de 2,9 points. Il ne fait aucun doute que l'électorat du MoDem mord plus sur le centre droit que sur le centre gauche.

Au second tour de l'élection présidentielle de 2007, les électeurs de M. Bayrou s'étaient reportés à 46 % sur Ségolène Royal, à 42 % sur Nicolas Sarkozy et 12 % s'étaient abstenus ou avaient voté blanc ou nul. L'IFOP a analysé les évolutions de voix à droite et à gauche entre les deux tours des cantonales dans les 721 cantons où avait lieu un duel gauche-droite. Partout où les candidats du MoDem avaient obtenu un score supérieur à 5 %, la dynamique de second tour a davantage bénéficié à la gauche qu'à la droite. Sans qu'on puisse parler d'un report massif des électeurs du MoDem vers la gauche. En regroupant les résultats en trois tranches selon les résultats du MoDem au premier tour (5 à 8 %, 8 à 11 %, au-delà de 11 %), le score de la gauche au second tour enregistre une progression comprise entre 5,4 et 7,3 points tandis que l'évolution des scores de la droite est comprise entre 2,3 et 6,9 points.

Le constat est sans ambiguïtés : le MoDem prend plus à la droite et redonne davantage à la gauche. "Le MoDem a affaibli la droite au premier tour en exerçant une concurrence plus efficace envers l'UMP qu'envers le PS. Et, au second tour, les reports ont majoritairement été orientés vers la gauche, même si la droite en a aussi reçu une part non négligeable, note Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département opinion de l'IFOP. Tout se passe comme si une fraction significative de l'électorat de centre droit et d'un électorat flottant, jusqu'à présent plutôt orienté à droite, s'était détournée au premier tour de l'UMP au profit du MoDem puis avait franchi au second tour un cap en basculant à gauche. Le vote MoDem aurait en quelque sorte servi de sas vers la gauche pour une partie de l'électorat centriste."

"GLISSEMENT VERS LA GAUCHE"

On peut toutefois estimer que ce "glissement de l'électorat charnière vers la gauche" est une des raisons de la défaite de la majorité présidentielle aux élections municipales et cantonales et explique en partie pourquoi elle avait enregistré au second tour des élections législatives de juin 2007 un moindre succès que ne le lui laissaient espérer ses scores du premier tour : ses réserves de voix se sont amenuisées.

L'analyse de l'IFOP sur le profil des sympathisants de l'UDF puis du MoDem permet de mieux cerner l'évolution de M. Bayrou et de son électorat. Elle éclaire son positionnement sur l'échiquier politique. Jusqu'en 2005, l'ancien président de l'UDF bénéficiait d'une meilleure cote de popularité auprès des sympathisants de l'UMP que chez ceux du PS. La tendance commence à s'inverser à partir de son refus d'approuver, fin 2005, le budget 2006. Quand il vote la censure déposée par l'opposition, en mars 2006, M. Bayrou recueille autant d'opinions positives (51 %) à l'UMP et au PS. Depuis, il est plus favorablement perçu à gauche qu'à droite, avec, selon la dernière enquête datant de juillet, 74 % d'opinions favorables chez les sympathisants du PS et 43 % chez ceux de l'UMP. Sa cote de popularité à gauche, après une brusque chute de 17 points au moment des municipales et des cantonales du printemps, a retrouvé son niveau d'avant les élections.

A l'inverse, la détérioration de l'image de M. Sarkozy chez les sympathisants du MoDem est tout aussi remarquable. Au lendemain de son élection à l'Elysée, M. Sarkozy bénéficiait chez les sympathisants du MoDem d'un capital de confiance élevé (68 %), supérieur à celui que lui accordait alors l'ensemble des Français (65 %). Il se produit un net décrochage à partir de décembre 2007 et, dès lors, la courbe de popularité du chef de l'Etat chez les sympathisants du MoDem passe en dessous de celle de l'ensemble des Français pour osciller, à partir de février, autour de 30 % - avec, cependant, une forte remontée (37 %) en juillet.

En annonçant entre les deux tours de l'élection présidentielle qu'il ne voterait pas pour M. Sarkozy, M. Bayrou avait dérouté une partie de son électorat et provoqué la fuite de ses élus. Il continue cependant de bénéficier d'un fort capital de sympathie, que n'ont pas affecté - au contraire - ses prises de distance répétées avec l'hôte de l'Elysée. Mais la sphère d'influence du MoDem n'est plus celle de l'UDF


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